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 Othilie Bailly [XXe-XXIe s / Etats-Unis ; témoignages]

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MessageSujet: Othilie Bailly [XXe-XXIe s / Etats-Unis ; témoignages]   Dim 13 Nov 2016, 18:11






Petit Jean a cinq ans. À l'âge où tous les petits garçons s'amusent comme des petits fous avec insouciance, Petit Jean doit faire attention à tout car le monsieur qui vit avec sa maman ne le supporte pas et que les punitions pleuvent. Aïe, voilà qu'un jour, l'enfant fait pipi au lit. On l'enferme alors avec son ours, Martin, dans le placard sous l'escalier. Petit Jean se dit que ce n'est que l'affaire de quelques heures... Pauvre enfant naïf ! Ce placard sera désormais sa chambre, sa salle de jeu, sa demeure. Sa grand-mère se plaint de ne plus le voir mais les "parents" lui racontent qu'il est en vacances dans la belle-famille. Puis la mère tombe enceinte. Petit Jean voit là un espoir de sortir de cette prison exiguë et sale qui a fait de lui un petit être n'ayant plus que la peau sur les os car on ne le nourrit que quand on y pense... mais son espoir est vite déçu.

Comment peut-on faire ça à un petit ange innocent ? Le récit est insoutenable. Othilie Bailly laisse la parole à Petit Jean qui nous raconte ainsi tous ces moments passés à vivre ce calvaire avec ses mots et ses yeux d'enfants. Insoutenable, oui, et pourtant, ce n'est pas une fiction.




Extrait :


LE TRENTIÈME JOUR



- Maman, dis, maman...
Elle est seule. Petit jean l'entend-voit dans la cuisine, je peux lui parler.
- Maman... tu ne voudrais pas me laver ?
La voix de Petit Jean a changé. Ce n'est plus la même d'avant quand il allait au square avec mémé et qu'il riait en jouant avec les cloportes. C'est une voix monotone, monocorde, une voix murmurée qui ressemble à la vie claquemurée entre trois murs et une porte. Elle n'est même pas triste, non, sans intonation, s'économisant parce qu'il n'y a pas beaucoup d'air dans le placard, juste ce qu'il faut pour respirer.
- Ça fait plusieurs - il compte sur ses doigts - cinq plus cinq plus... - je ne sais pas, mais longtemps que je n'ai pas été lavé.
Argument décisif :
- Je sens très mauvais.
Maman soupire. Je l'ai fâchée. Non c'est un soupir pas comme d'habitude quand elle va crier. Triste.
- C'est vrai ça ! Pauvre petit bonhomme. Paul exagère...
- Le papa qui n'est pas mon papa est toujours fâché contre moi ? Pourtant je suis bien sage. Je ne fais plus pipi au lit mais dans le pot.
Maman ne répond pas. Peut-être que...
Mais si le papa a emporté la clé du placard elle ne me lavera pas. Je ne verrai pas la cuisine, je ne pourrai pas embrasser maman.
C'est cela surtout qui lui manque : être lavé est une excuse.
La clé tourne dans la serrure et le cœur de Petit Jean bat au rythme de la vie retrouvée :
- Mamaman !
- C'est vrai que tu es sale. Non, ne me touche pas ! Je vais d'abord te mettre sous la douche, tu en as besoin.
Il faut traverser la salle à manger pour aller dans le cabinet de toilette.
La cuisine, la salle à manger... Il va à pas menus pour profiter le plus longtemps possible de son extase, et puis ses jambes ont perdu l'habitude de marcher et de courir.
On a enlevé mon lit. Il y a un divan à sa place... maman l'a-t-elle remis dans sa chambre comme autrefois ?
- Dis, maman...
- Allons, dépêche-toi un peu, tu vois bien que je t'attends.
L'eau tiède ruisselle. C'est l'avant revenu : Maman, la douche, la salle à manger...
- Maman, pourquoi mon lit ?
- Tourne-toi, tu as grandi... et maigri aussi, on te voit les côtes. C'est de ma faute, je suis tellement préoccupée que j'oublie... à force de ne pas te voir. Il faut réclamer, petit Jean, quand je ne te donne pas à manger. Mais pas quand papa est là. Tu sais qu'il n'aime pas.


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Othilie Bailly [XXe-XXIe s / Etats-Unis ; témoignages]
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