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 Claudien (Claudius Claudianus)

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Lydia
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MessageSujet: Claudien (Claudius Claudianus)   Mer 29 Juil 2015, 20:46

Claudius Claudianus (v. 370 - v. 408) est un poète né vraisemblablement à Alexandrie. Sa langue maternelle était le grec. Il apprit le latin dans les textes et commença à l'écrire après avoir visité Rome.

Parmi ses textes, on retiendra L'enlèvement de Proserpine ainsi que la Gigantomachie (ou le "Combat des Géants").



En voici quelques extraits :


L'enlèvement de Proserpine (traduction de M. Geruzez) :


La déesse découvre enfin, dans un obscur réduit du palais, Electre gisante, Electre, nourrice dévouée de sa fille, et la plus illustre des nymphes antiques de l'Océan. Sa tendresse égalait celle de Cérès. C'était elle qui la prenait de son berceau sur son sein caressant, qui la conduisait toute petite auprès du grand Jupiter, et faisait jouer la faible enfant sur les genoux paternels : elle était sa compagne, son gardien, et presque sa mère. Mais alors, les cheveux épars, déchirés et souillés de poussière, elle pleurait l'enlèvement de son divin nourrisson. En la voyant, Cérès donne un libre cours à sa douleur et à ses soupirs : « Que vois-je, s'écrie-t-elle, quel désastre ? quel est mon ravisseur ? Mon époux règne-t-il encore, ou les Titans sont-ils maîtres de l'Olympe ? Quelle main aurait eu tant d'audace en présence du dieu qui lance la foudre ? La tête de Typhée aurait-elle brisé les prisons d'Inarime ? Alcyonée, rompant la masse du Vésuve qui pesait sur sa tête, a-t-il traversé en courant les flots de la mer de Tyrrhène ? L'Etna, voisin de ces lieux, a-t-il vomi Encelade par son cratère ébranlé ? Peut-être Briarée aux cent bras et ses redoutables frères ont-ils attaqué ma retraite ? Hélas ! où est maintenant, où est ma fille ? Où sont allées les nymphes, ses compagnes, et Cyane ? quelle violence a chassé les Sirènes ailées ? est-ce là votre fidélité ? est-ce ainsi qu'on garde un dépôt confié ? »

A ces reproches, Electre a frémi, et la honte a fait place à la douleur. Elle voudrait, au prix de sa mort, n'avoir pas à supporter l'aspect de cette déesse désolée, et elle hésite longtemps à lui donner la certitude sur l'attentat, et le doute sur le coupable : cependant elle répond à grand'peine :

« Plût aux dieux que la fureur des Géants fût la cause de ce désastre : les malheurs qui nous viennent de mains accoutumées au crime sont moins sensibles. Mais des déesses, et ce qui est moins croyable encore, des soeurs, ont conjuré notre ruine. Tu vois des pièges dressés par des divinités de l'Olympe, des blessures faites par la jalousie de nos proches. L'Aether nous est moins funeste que Phlégra. Le calme faisait fleurir cette demeure ; ta fille n'osait en franchir le seuil : enchaînée par tes ordres, elle ne visitait jamais ces bosquets de verdure. La toile était son travail, les chants des Sirènes ses délassements ; elle goûtait avec moi les douceurs de la conversation et du sommeil ; l'enceinte du palais protégeait ses ébats, lorsque soudain, (qui l'avait instruite de notre retraite ? je l'ignore) soudain Cythérée se montre à nous. Pour écarter nos soupçons, elle avait pris pour compagnes Pallas et Diane. Aussitôt sa joie perfide éclate en transports : elle redouble ses embrassements, prodigue le nom de soeur, accuse de cruauté la mère qui condamne tant de grâces à l'obscurité dans un pareil réduit, et qui défend à sa fille l'entretien des déesses et la vue des astres paternels. Innocente, notre novice prend plaisir à ces paroles traîtresses, et l'on prépare un festin où couleront des flots de nectar. Tantôt elle prend les armes et les vêtements de Diane, et tend de ses doigts délicats la corde de l'arc ; tantôt, aux applaudissements de Minerve, elle cache sa tête sous le casque aux panaches flottants, ou soulève avec efforts l'immense bouclier. Vénus la première amène dans le discours, avec une adresse perfide, les campagnes d'Henna : elle loue la beauté des fleurs du voisinage, et, dans sa feinte ignorance, demande quelle est la nature de ces lieux. Elle ne croit pas que le froid respecte l'incarnat des roses, que le temps des frimas se colore des fleurs d'une autre saison, ni que les arbrisseaux du printemps bravent impunément la colère du Bouvier. Pendant qu'elle s'émerveille et montre son désir de visiter ces lieux, Proserpine se laisse séduire : âge frivole et facile à la séduction ! Que de gémissements, que de vaines prières n'ai-je pas fait entendre ! Elle s'échappe cependant, confiante dans l'appui de ses soeurs et protégée par le long cortège de ses nymphes. La troupe se répand à travers ces champs tapissés d'un gazon éternel, et cueille des fleurs aux premières lueurs de l'aube naissante, lorsque la campagne blanchit sous la rosée, et que la violette s'abreuve de ses perles liquides. Mais lorsque le soleil, au faîte des cieux, a fourni la moitié de sa carrière, une horrible nuit dérobe tout-à-coup le jour ; la Sicile chancelle, épouvantée, sous des pas de coursiers et sous les roues d'un char retentissant ; la main qui le dirige se dérobe à tous les yeux. Était-ce un génie homicide ou la mort elle-même ? L'herbe est devenue livide ; les ruisseaux sont desséchés, la rouille ternit les prairies : tout ce que le souffle impur a touché périt. J'ai vu pâlir le troène, se flétrir les roses, et le lis se pencher sur sa tige. Dès que les rênes se furent détournées, et qu'un bruit rauque eut annoncé la fuite, la nuit disparut avec le char qui l'avait apportée. La lumière est rendue au monde, mais les yeux cherchent en vain Proserpine. Les déesses, leur projet accompli, ont quitté ce séjour. Nous trouvons au milieu de la plaine Cyane expirante ; sa tête était penchée languissamment sous ses guirlandes flétries par les ténèbres : nous volons près d'elle, nous l'interrogeons sur le sort de sa maîtresse, car le crime s'était passé sous ses yeux. Quelle était la forme des coursiers, le guide du char ? Point de réponse. Un poison secret dissout le corps de la nymphe, l'eau découle de ses cheveux, ses pieds et ses bras se fondent en rosée, et bientôt elle coule sur nos traces en source transparente. Ses compagnes prennent la fuite : les filles d'Achéloüs, emportées par leurs ailes rapides, vont se placer sur le promontoire de Pélore, et leur ressentiment du crime qu'elles ont vu transforme leurs lyres en instruments de mort, qui désormais ne retentiront plus impunément. Leur voix caressante enchaîne les vaisseaux et arrête la rame dans la main des matelots. Pour moi, délaissée dans ce palais, je vais y traîner ma vieillesse dans le deuil et l'isolement ».



La Gigantomachie (traduction de M. Nisard)


Déjà résonne la trompette des nuages. Le Ciel et la Terre donnent à la fois le signal : on s’élance ; la Nature confondue tremble encore une fois pour son maître : cette troupe puissante bouleverse l’harmonie des éléments. Tantôt l’île quitte la mer, tantôt la mer se cache dans les rochers. Que de rivages dépouillés de leurs digues ! que de fleuves égarés en des lits étrangers ! L’un, d’un bras vigoureux, a lancé l’Oeta ; l’autre fait voler de ses mains le Pangée dans les airs ; l’Athos glacé sert d’arme à celui-ci ; sous les efforts de celui-là, l’Ossa roule ébranlé : un autre arrache le Rhodope et la source de l’Hèbre, sépare des eaux jusqu’alors réunies ; et l’Énipée, soulevé avec sa roche sourcilleuse, arrose les épaules des Géants. Partagée entre ses fils, la Terre sans montagnes s’abaisse en vaste plaine : partout retentit un horrible fracas ; l’air seul sépare les combattants.

Contre cette horde formidable, Mars, le premier, pousse avec ardeur les coursiers de la Thrace, accoutumés à porter le désordre parmi les Gélons et le Gètes. L’or de son bouclier efface les rayons de la flamme : un brillant panache rehausse son casque. De son glaive lancé avec force, il perce Pélore à l’endroit où, par un monstrueux accouplement deux serpents s’unissent à ses flancs. Le même coup tranche à la fois trois vies. Puis, insultant à sa défaite, il écrase de son char les membres demi-morts, et fait jaillir, sous les roues, des flots de sang. Pour venger son frère, Mimas accourt, et, des ondes écumeuses, arrache la brûlante Lemnos, demeure de Vulcain ; elle allait fendre l’air, quand le javelot de l’Immortel ouvre la tête et répand sur la poussière la cervelle du Géant ; l’homme meurt tout entier ; mais les serpents sur lesquels il rampait lui survivent, et cette partie rebelle menace encore son vainqueur. Au combat s’élance Minerve, la poitrine couverte de sa brillante égide. Elle ne porte pas d’armes ; son aspect lui suffit ; qu’on la regarde, son triomphe est assuré. Pallante est le premier qu’elle arrête dans sa fureur ; elle le change en rocher : attaché sans blessure à la terre par des nœuds imprévus, il sent à peine son corps se durcir à ce coup d’œil mortel, et devenir immobile : « Quel est, dit-il, ce changement? Quel froid de pierre se glisse dans tous mes membres? Quel engourdissement me raidit et m’enchaîne captif sous le marbre? » A peine a-t-il parlé, qu’il est déjà ce qu’il a craint ; et tandis que le cruel Damastor cherche un trait pour repousser l’ennemi, c’est le cadavre pétrifié de son frère qu’il lance, au lieu d’un rocher. Étonné de cette mort, Echion veut, d’un trait fatal, en punir l’auteur ; mais, victime de son ignorance, il te regarde, ô Minerve ! toi qu’un mortel ne vit jamais deux fois, et son audace expirante reçoit son châtiment : c’est en mourant qu’il connait ta divinité. Emporté par la colère, Pallénée, l’œil menaçant, la rage dans l’âme, s’avance et veut porter sur la déesse une main sacrilège. La déesse, rapprochée du Géant, le frappe de sa lance : soudain le froid de la Gorgone glace les serpents ; et du même corps, une partie expire victime du fer, l’autre d’un regard.

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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Claudien (Claudius Claudianus)
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