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 Denise Péricard-Mea [XXe-XXIe s / France ; Essais historiques]

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Lydia
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MessageSujet: Denise Péricard-Mea [XXe-XXIe s / France ; Essais historiques]   Sam 01 Avr 2017, 16:47





Quatrième de couverture :

Cet ouvrage emmène à la rencontre de neuf voyageurs des XVe et XVIe siècles. Ces pèlerins ont en commun d’être allés à Compostelle et d’en avoir laissé un récit : ils sont religieux, nobles ou militaires, et chacun révèle des intérêts, des inquiétudes et des objectifs bien différents. Cependant, l’objet de cette publication ne sera pas d’établir à partir d’eux un portrait du pèlerin-type qui aurait une valeur plus ou moins générale, et il s’agit plutôt de faire partager leur expérience.
Si ce livre est bien sûr destiné aux pèlerins d’aujourd’hui, qui souhaitent “mettre leurs pas” dans ceux de leurs lointains prédécesseurs sans toujours pouvoir vraiment les connaître, il s’adresse aussi, au-delà du monde pèlerin, à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et aux mentalités. Les narrations de ces voyageurs ont ainsi l’immense intérêt de présenter, outre le récit du pèlerinage accompli par son auteur, un remarquable fond historique montrant la situation politique de l’Europe au moment où ces pèlerinages ont été réalisés.





Mon avis :

Compostelle éveille en nous différentes images : le symbole tout d'abord, la fameuse coquille Saint-Jacques, bien sûr, et le bâton du pèlerin, deux clichés à la vie tenace. Le chemin, ensuite, dont la poussière n'a d'égale que l'effort. La religion, enfin et l'essor de la chrétienté. Mais soyons honnêtes, avons-nous un jour pensé à ces pauvres pèlerins de la fin du Moyen Âge, à leurs conditions, à leurs ambitions ?

A la lumière de cet ouvrage, nous pouvons très vite nous rendre compte qu'il fallait vraiment avoir de solides convictions pour surmonter tous les obstacles. Pour prendre un exemple, un des pèlerins, Hermann Künig Von Vach précise : « Après six lieues tu parviens à Bayonne, puis tu parcourras trente-six lieues sur la lande bordelaise qui fait bien souffrir les pauvres pèlerins. Approvisionne-toi en pain et aussi en boisson. Je te dis, celui qui y tombe malade est abandonné à son sort par les habitants. Ils enterrent bien des pèlerins le long de la route, morts de faim ou par manque de soins (...) ». Voilà qui fait froid dans le dos et augmente l'admiration pour ceux qui, un jour, ont entrepris cette véritable quête, quête du tombeau de l'apôtre mais quête intérieure également. A travers ces témoignages, nous partageons ainsi les sentiments de chacun, relatant tous ou presque (Nompar de Caumont n'en fera pas mention), les difficultés rencontrées (mais ils ne s'étendent pas dessus de façon larmoyante) et la joie à l'arrivée. Ainsi, un évêque arménien, nommé Martyr, nous fait part, tout en retenue, de ce bonheur en arrivant au lieu ultime après moultes souffrances : « De là, avec beaucoup de peine, soutenu par le secours de Dieu, très fatigué et affaibli, je parvins enfin jusqu'au temple et au tombeau de Saint-Jacques, tout saint, glorieux, et la lumière du monde. Le corps de ce saint est dans la ville de Galice. Je m'approchai de ce tombeau : je l'adorai la face contre terre, et j'implorai la rémission de mes péchés, de ceux de mes père et mère, et de mes bienfaiteurs ; enfin j'accomplis, avec une grande effusion de larmes, ce qui était le désir de mon cœur. » Et que dire de celui qui conteste tout, Andrew Borde ?

Le recueil de ces témoignages est une véritable mine d'or sur le plan historique, géographique voire sociétal. Et si nous pouvons suivre pas à pas ces hommes, la lecture en est d'autant plus facilitée par des cartes schématisant les différents trajets. Les nombreuses photos des lieux évoqués permet de voyager tout en restant dans son fauteuil. Voyage dans un autre temps, voyage spirituel, et, si le lecteur suit les indications de Jehan de Zeilbeke et ses « conseils aux pèlerins », peut-être un voyage tout court. C'est ce que nous propose ce livre dont l'intérêt et la qualité sont à souligner.





Extrait du récit d'Heinrich Schönbrunner.

Le lendemain, vers la dixième heure, nous étions sur le bateau et nous avions le vent en poupe. Le soir, nous avons pu voir des dauphins, ce qui n'intéressa guère les matelots car ils ne s'arrêtèrent pas. Mais dans la nuit une tempête s'éleva, elle arracha notre ancre et, pas très rassurés, nous allâmes où Dieu nous envoya.

Lorsque le jour se leva, nous étions près d'une île, sans pouvoir y accoster. On repartit donc pour La Rochelle, sur une mer très agitée. Nous fûmes serrés entre deux bateaux, et l'on eut pu penser que c'en était fait de nous. Mais grâce à Dieu et à Saint Jacques, notre bateau n'eut pas grand dommage. Nous attendîmes le bon vent. A une portée de flèche, un bateau coula qui était chargé de vin, mais la plus grande partie de la cargaison fut sauvée. Nous restâmes à La Rochelle jusqu'au 17 mars. Lorsque nous eûmes bon vent, nous partîmes et voilà qu'un bateau de pirates se mit à nous poursuivre, mais il ne parvint pas à nous rejoindre.

Le dimanche matin nous vîmes la terre avec joie, le vent nous était contraire mais nous arrivâmes de nuit à La Corogne où nous voulions aller.

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MessageSujet: Re: Denise Péricard-Mea [XXe-XXIe s / France ; Essais historiques]   Sam 01 Avr 2017, 16:49





Quatrième de couverture :


Saint Jacques Matamore… « Tueur de Maures »… de l’espagnol matar (tuer) et Moro (Maure)… Cette étiquette pour le moins agressive, accolée au nom d’un saint chrétien, ne laisse pas de surprendre.
Cet ouvrage a donc pour but de montrer comment on est passé progressivement du saint Jacques évangélisateur au saint Jacques combattant : ainsi de son usage par Béranger de Landore, archevêque français à Compostelle entre 1318 et 1330, un dominicain qui a conquis son siège l’épée au poing, aidé par saint Jacques, et à propos duquel on trouvera ici la traduction intégrale en français de ses « faits et gestes » rapportés par un contemporain. Mais au-delà, ce livre met aussi en évidence les diverses utilisations de ce puissant et étrange patronage au cours de l’Histoire, depuis le premier Matamore jusqu’aux années les plus récentes (guerre d’Irak), en passant par les années de la guerre civile qui virent s’affronter les armées du général Franco et celles de la République. On verra également que le "concept" s'est exporté, en Europe, en Amérique, où le Matamore se fit tueur de Turcs ou tueur d'Indiens.
Mais de quand datent exactement cette appellation et ses nombreuses représentations iconographiques ? C’est à cette question, entre autres, que cet ouvrage très largement illustré s’efforce de répondre.




Mon avis :


Le sérieux et l'objectivité de Denise Péricard-Méa n'est plus à démontrer. Cette historienne, qui n'en est pas à son premier essai, s'intéresse cette fois à la figure du Matamore. Ce terme, synonyme très souvent, pour nous, de « fanfaron », cliché que l'on a pu notamment retrouver au théâtre, que ce soit dans la Commedia dell'arte, chez Shakespeare ou encore chez Corneille, prend ici une tout autre envergure. On découvre ainsi qu'il s'agit d'un saint, saint Jacques notamment, et qu'il endosse différentes personnalités. De Jacques le Mineur à Jacques le Majeur, de l’Évangéliste au guerrier, ce personnage hors du commun a réussi à traverser les siècles.

Cette étude très sérieuse nous montre, avec une structuration précise aidant à la compréhension, le glissement des différentes facettes de saint Jacques ainsi que le rôle qu'on a pu lui attribuer. Saint Jacques de l’Épée Rouge, autre nom du Matamore (terme donné tardivement d'ailleurs), devint alors un symbole qui traversa les siècles. L'image de cet ardent défenseur de la chrétienté qui se démarqua par l'Ordre de Santiago fut ainsi repris dans des luttes modernes où il est intéressant de voir que le but avéré n'est plus du tout la cause chrétienne.

Cet ouvrage est, je le disais, non seulement sérieux mais encore utile. En effet, on peut voir à quel point l'image moderne que l'on peut se faire du personnage est galvaudée. L'auteur insiste, à juste titre, sur ce nom moderne de Matamore et sur le glissement sémantique dont il a été l'objet. Les nombreuses photographies permettent de renforcer les points abordés et rendent la lecture agréable. Qui plus est, la langue n'est pas jargonnante. Le style se veut volontairement clair, compréhensible aussi bien par le néophyte que par le chercheur.

Je conseille vivement ce livre où chacun pourra y trouver son compte. Que ce soit l'historien ou simplement le curieux, la richesse du texte et des sources, le travail sur l'étymologie, l'Histoire et la sémantique, permettront à tous de découvrir cet être fascinant et fabuleux.





Extrait :

Aujourd'hui, si certains pèlerins sont soucieux de comprendre les représentations choquantes d'un saint combattant, d'autres ne veulent rien voir ni rien savoir, car « ce sont des affaires espagnoles très anciennes qui ne nous regardent pas, nous Français. » C'est oublier que le Matamore n'est pas « mort ». On peut ainsi se souvenir des paroles du Premier ministre espagnol prononcées en 2003, rapportées par El Mundo des 24-25 juillet :
« Les troupes que le gouvernement espagnol a envoyées en Irak défileront en Terre Sainte avec la croix de saint Jacques Matamore, visible sur leurs bannières et drapeaux. »
Pour d'autres, son souvenir est tellement cuisant qu'il convient d'en effacer même les représentations. Dès 1997, les paroissiens de Valcarlos ont estimé indécent de prier saint Jacques devant le Maure qu'il écrasait sous les sabots de son cheval. En accord avec le curé, ils ont enfoui le cadavre sous une mousse plastique qu'ils ont peinte en forme de rocher. Là où le prêtre a tiqué, c'est quand ils ont remplacé l'épée par la croix brandie d'un air menaçant !

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