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 Marcel Pagnol [XXe s / France]

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Lydia
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MessageSujet: Marcel Pagnol [XXe s / France]   Sam 01 Avr 2017, 18:20




Angèle, fille de Clarius Barbaroux, rêve, comme toutes les filles de son âge et de sa condition(elle est la fille d'un fermier, certes aisé, mais l'agriculture n'attire pas vraiment l'adolescente), qu'un homme riche viendra lui demander sa main. Lorsque celui-ci, Louis, se présente à elle, elle ne se méfie évidemment pas, aveuglée par le conte de fée qui s'offre à elle et que le beau ténébreux lui a fait miroiter. Elle le suit sans avertir personne et ne donne plus de nouvelles à sa famille. Louis s'avère être un proxénète. Inévitablement, Angèle, qui est tombée dans ses filets, se retrouve sur le trottoir. Comble de malheur, elle est enceinte.

Saturnin, le domestique, s'inquiète pour elle. Il fait tout pour la retrouver, allant jusqu'à tuer Louis. Il ramène Angèle et son fils à la maison. Si la mère, Philomène, en pleure de joie, ce ne sera pas le cas de Clarius qui considère qu'Angèle a sali la réputation de sa famille. Il l'enferme, elle et le petit, à la cave. Heureusement, Saturnin, aidé de l'autre valet, Amédée, vont faire en sorte qu'elle retrouve son honneur en lui faisant épouser Albin, un homme simple au grand cœur.





Mon avis :


Eh bien, je croyais connaître Pagnol sous prétexte que j'avais lu Le Château de ma mère, la Gloire de mon père, Jean de Florette et Manon des Sources... je me trompais lourdement. Mais pourquoi, oui pourquoi n'avais-je jamais mis le nez dans ses pièces ? Peut-être parce que sa réputation le précédait ? En effet, généralement, lorsqu'on nous dit "Pagnol", on pense de suite à la Provence, à l'accent chantant... aux histoires "gentillettes" de cet auteur. Oui mais voilà, sous des dehors bien sympathiques, cet écrivain ne raconte pas que des histoires agréables qui font passer un bon moment de lecture. Et j'ai même l'impression qu'il se déchaîne un peu plus dans ses pièces de théâtre ou dans ses scénarios car le ton est plus acerbe. Alors certes, Angèle est tirée de l'œuvre de Giono, Un de Baumugnes. Le thème n'est donc pas de lui. Cependant, la mise en scène l'est et c'est avec une réelle conviction que Pagnol dénonce le proxénétisme, la société des années 20, les  filles-mères dénigrées etc....

J'ai acheté ses œuvres complètes. Comme quoi, on peut très bien (re)découvrir un auteur à tout âge !






Extrait :


Clarius : A qui est ce petit ?

Angèle : Il est à moi.

Clarius : A toi seule ?

Angèle : A moi seule.

Clarius : Maintenant, au moins, nous savons qu'il ne peut rien nous arriver de pire. (Un temps.) C'est un grand malheur que tu sois partie. C'est un autre malheur que tu sois revenue. Et c'est encore un malheur plus affreux que tu nous rapportes ce bâtard. Je ne te demande pas d'explications ; mais cet enfant, je ne le veux pas. Il n'est pas de chez nous. Si tu l'avais fait comme il faut, ça serait été, pour cette maison, le plus beau cadeau du Bon Dieu. Mais de la façon que tu l'as fait, ce n'est rien pour nous. C'est notre malheur qu'il respire. C'est une honte qui bouge et qui crie. Maintenant tu es revenue toute maigre et toute sale, tant pis pour toi ! Tu l'as voulu. Si tu veux partir, va-t-en. Si tu veux rester, toi, je veux bien vous nourrir tous les deux ; mais en secret. Ce que je t'offre, ce n'est pas une maison : c'est une cachette. C'est de ça que tu as besoin. Dis si tu veux rester...

Philomène : Oui, Clarius, elle veut rester.

Clarius : Alors, menez-la dans la cave de derrière, et rapportez-moi la clef. Et souvenez-vous que personne ici ne doit savoir cette honte qui nous vient de la ville. Allez, et ne m'en parlez plus jamais.

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MessageSujet: Re: Marcel Pagnol [XXe s / France]   Sam 01 Avr 2017, 18:24



Pièce en 4 actes et 6 tableaux.

Marius appartient à la trilogie marseillaise comprenant les deux pièces de théâtre Marius et Fanny et une adaptation cinématographique, César.


Au bar de la Marine, Marius, 23 ans, travaille avec son père, César, homme bourru qui reproche à son fils tout et n'importe quoi : d'offrir des cafés gratuits à la belle Fanny ou encore de ne pas savoir doser le fameux mandarin (picon-citron-curaçao). Ce dernier (parodie du marseillais - « je sais tout, j'ai tout vu ») lui montre comment faire mais lorsqu'il obtient 4/4, il obtient une remarque grinçante de son fils. Ceci dit, ces deux-là ont beau se chamailler, le lien père-fils est tout de même important. Les principaux clients sont M. Brun, le lyonnais, un érudit que l'on prend d'un peu de haut, ici, à Marseille, et Panisse, maître-voilier.

Dans ce bar, à l'intérieur, travaille également Fanny, fille d'Honorine, qui tient le stand de crustacés. Un beau quiproquo intervient lorsque Panisse vient parler à Honorine d'une chose sérieuse : le mariage. Ce dernier n'est veuf que depuis trois mois et les rumeurs vont bon train sur la rapidité de ce dernier à retrouver quelqu'un. Celui-ci se dit qu'à 50 ans, les commérages ne le touchent pas. Honorine pense que ce mariage lui est proposé et s'empresse de d'accepter dès que Panisse lui annonce que c'est une chose sérieuse pour lui. Cependant, lorsqu'il lui annonce qu'il convoite sa fille, celle-ci déchante.... peu de temps tout de même car la dot est importante. « Maître Panisse » a de l'argent, beaucoup d'argent, et soudain, marier sa petite de 18 ans à un homme de 50 lui convient.

Fanny révèle à Marius que Panisse veut l'épouser et qu'elle n'est pas contre car cela la mettra à l'abri du besoin. Marius, soudain, lui fait une crise de jalousie. Lui qui n'avait jamais révélé ses sentiments lui fait comprendre qu'il l'aime. Cependant, il lui annonce qu'il ne pourra jamais se marier. Il arrive à ses fins en faisant apercevoir à Fanny l'avenir avec un homme beaucoup plus âgé qu'elle.

Il semble que les conseils de Marius aient eu un impact sur Fanny puisque les deux tourtereaux roucoulent. Fanny a finalement refusé la proposition de Panisse. César pense, comme le lui avait fait croire son fils, que celui-ci rejoint, tous les soirs, une vieille maîtresse suicidaire et s'en amuse. Il sait que son fils ferme la porte de sa chambre à clé, de l'intérieur pour faire croire qu'il dort, et qu'il passe par la fenêtre. Lorsque la mère de Fanny arrive en pleurs au bar avec la ceinture de Marius, trouvée chez elle, les deux parents décident de les marier. César parle à son fils pour aller dans ce sens. Seulement voilà, si Marius avait dit qu'il ne pouvait pas se marier, c'était parce qu'il était attiré par une autre maîtresse : la mer. Il ne compte pas passer sa vie à laver des verres ou à servir des picons.

La dernière scène est importante car si, jusqu'à présent, on pouvait se croire dans une comédie, voire un vaudeville, on comprend dès lors qu'il ne s'agit pas de cela ici. On se rapproche pour ainsi dire de la tragédie grecque. D'ailleurs, à bien y regarder, tout y est ou presque : l'unité de temps est réduite (certes pas en 24h mais en 48h), le lieu est unique (tout se passe au bar de la marine), les actions sont peu nombreuses. Le pathos intervient, certes pas dans toute la pièce mais dans le dernier acte du moins. Et c'est justement ce qui fait la force du dramaturge ici qui engage son lecteur ou son spectateur dans une voie – l'humour – pour, finalement le faire réagir en dernier lieu.

Si certains détracteurs de Pagnol avancent le fait que ses œuvres sont « gentillettes », ne servant qu'à mettre en relief la Provence, il convient de regarder un peu plus avant ces dernières car Pagnol fait passer des messages. Certes il ne s'agit pas d'un écrivain engagé, mais il entend tout de même faire comprendre les problèmes de société.






Extrait :



CÉSAR
..Tu ne sais même pas doser un mandarin-citron-curaçao.
Tu n'en fais pas deux pareils !

MARIUS
Comme les clients n'en boivent qu'un à la fois,
ils ne peuvent pas comparer.

CÉSAR
Ah ! Tu crois ça ! Tiens le père Cougourde, un homme admirable qui buvait douze mandarins par jour, sais-tu pourquoi il ne vient plus ?
Il me l'a dit. Parce que tes mélanges fantaisistes risquaient de lui gâter la bouche.

MARIUS
Lui gâter la bouche ! Un vieux pochard qui a le bec en zinc.

CÉSAR
C'est ça ! Insulte la clientèle au lieu de te perfectionner dans ton métier ! Eh bien, pour la dixième fois, je vais te l'expliquer, le picon-citron-curaçao. (Il s'installe derrière le comptoir.) Approche-toi !
(Marius s'avance et va suivre de près l'opération. César prend un grand verre, une carafe et trois bouteilles. Tout en parlant, il compose le breuvage.) Tu mets d'abord un tiers de curaçao. Fais attention : un tout petit tiers. Bon. Maintenant, un tiers de citron. Un peu plus gros. Bon. Ensuite, un BON tiers de Picon. Regarde la couleur. Regarde comme c'est joli. Et à la fin, un GRAND tiers d'eau. Voilà.

MARIUS
Et ça fait quatre tiers.

CÉSAR
Exactement. J'espère que cette fois, tu as compris.
(Il boit une gorgée du mélange).

MARIUS
Dans un verre, il n'y a que trois tiers.

CÉSAR
Mais, imbécile, ça dépend de la grosseur des tiers !

MARIUS
Eh non, ça ne dépend pas.
Même dans un arrosoir, on ne peut mettre que trois tiers.

CÉSAR (triomphal)
Alors, explique moi comment j'en ai mis quatre dans ce verre.

MARIUS
Ça, c'est de l'arithmétique.

CÉSAR
Oui, quand on ne sait plus quoi dire, on cherche à détourner la conversation. Et la dernière goutte, c'est de l'arithmétique aussi ?

MARIUS
La dernière goutte de quoi ?

CÉSAR
Toutes les dernières gouttes ! Il y en a toujours une qui reste pendue au goulot de la bouteille ! Et toi, tu n'as pas encore saisi le coup de la capturer. Ce n'est pourtant pas sorcier ! (Il saisit une bouteille sur le comptoir, et tient le bouchon dans l'autre main. Il verse le liquide en faisant tourner la bouteille.)

MARIUS
Tu verses en faisant un quart de tour, puis, avec le bouchon, tu remets la goutte dans le goulot. Tandis que toi, tu fais ça en amateur. et naturellement, tu laisses couler la goutte sur l'étiquette... Et voilà pourquoi ces bouteilles sont plus faciles à prendre qu'à lâcher !

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MessageSujet: Re: Marcel Pagnol [XXe s / France]   Sam 01 Avr 2017, 18:30

La fameuse partie de cartes



Il est 9 heures du soir. Dans le petit café, Escartefigue, Panisse, César et M. Brun sont assis autour d'une table. Ils jouent à la manille. Autour d'eux, sur le parquet, deux rangs de bouteilles vides. Au comptoir, le chauffeur du ferry-boat, déguisé en garçon de café, mais aussi sale que jamais.

Quand le rideau se lève, Escartefigue regarde son jeu intensément et perplexe, se gratte la tête. Tous attendent sa décision.



Panisse, impatient :
Eh bien, quoi ? C'est à toi !

Escartefigue :
Je le sais bien. Mais J'hésite...

Il se gratte la tête. Un client de la terrasse frappe sur la table de marbre.

César, au chauffeur :
Hé, l'extra ! On frappe !

Le chauffeur qui faisait tourner la roue du comptoir tressaille et crie.

Le Chauffeur :

Voilà ! Voilà !

Il saisit un plateau vide, jette une serviette sur son épaule et s'élance vers la terrasse.

César, à Escartefigue :
Tu ne vas pas hésiter jusqu'à demain !

M. Brun :
Allons, capitaine, nous vous attendons !

Escartefigue se décide soudain. Il prend une carte, lève le bras pour la jeter sur le tapis, puis, brusquement, il la remet dans son jeu.

Escartefigue :
C'est que la chose est importante ! ( À César.) Ils ont trente-deux et nous, combien nous avons ?

César jette un coup d'œil sur les jetons en os qui sont près de lui, sur le tapis.

César :
Trente.

M. Brun, sarcastique :
Nous allons en trente-quatre.

Panisse :
C'est ce coup-ci que la partie se gagne ou se perd.

Escartefigue :
C'est pour ça que je me demande si Panisse coupe à cœur.

César :

Si tu avais surveillé le jeu, tu le saurais.

Panisse, outré :
Eh bien, dis donc, ne vous gênez plus ! Montre-lui ton jeu puisque tu y es !

César :
Je ne lui montre pas mon jeu. Je ne lui ai donné aucun renseignement.

M. Brun :
En tout cas, nous jouons à la muette, il est défendu de parler.

Panisse :
Et si c'était une partie de championnat, tu serais déjà disqualifié.

César, froid :
J'en ai vu souvent des championnats. J'en ai vu plus de dix. Je n'y ai jamais vu une figure comme la tienne.

Panisse :
Toi, tu es perdu. Les injures de ton agonie, ne peuvent pas toucher ton vainqueur.

César :
Tu es beau. Tu ressembles à la statue de Victor Gelu.

Escartefigue, pensif :
Oui, et je me demande toujours s'il coupe à cœur.

À la dérobée. César fait un signe qu'Escartefigue ne voit pas, mais Panisse l'a surpris.

Panisse, furieux :
Et je te prie de ne pas lui faire de signes.

César :
Moi je lui fais des signes ? Je bats la mesure.

Panisse :
Tu ne dois regarder qu'une seule chose : ton Jeu. (À Escartefigue) Et toi aussi.

César :
Bon.

II baisse les yeux vers ses cartes.

Panisse, à Escartefigue :
Si tu continues à faire des grimaces, Je fous les cartes en l'air et je rentre chez moi.

M. Brun :
Ne vous fâchez pas, Panisse. Ils sont cuits.

Escartefigue :
Moi, Je connais très bien le jeu de la manille et je n'hésiterais pas une seconde si j'avais la certitude que Panisse coupe à cœur.

Panisse :
Je t'ai déjà dit qu'on ne doit pas parler, même pour dire bonjour à un ami.

Escartefigue :
Je ne dis bonjour à personne. Je réfléchis.

Panisse :
Eh bien ! réfléchis en silence... Et ils se font encore des signes ! Monsieur Brun, surveillez Escartefigue. Moi, je surveille César.

César, à Panisse :
Tu te rends compte comme c'est humiliant ce que tu fais là ? Tu me surveilles comme un tricheur. Réellement, ce n'est pas bien de ta part. Non, ce n'est pas bien.

Panisse, presque ému :
Allons, César, je t'ai fait de la peine ?

César :
Quand tu me parles sur ce ton, quand tu m'espinches comme si j'étais un scélérat, eh bien, tu me fends le cœur.

Panisse :
Allons, César...

César :
Oui, tu me fends le cœur. Pas vrai, Escartefigue ? Il nous fend le cœur.

Escartefigue, ravi :
Très bien !

Il jette une carte sur le tapis. Panisse la regarde, regarde César, puis se lève brusquement, plein de fureur.

Panisse :
Est-ce que tu me prends pour un imbécile ? Tu as dit : " II nous fend le cœur " pour lui faire comprendre que je coupe à cœur. Et alors il joue cœur, parbleu !

César :
...

Panisse, il lui jette les cartes au visage :
Tiens, les voilà tes cartes, tricheur, hypocrite ! Je ne joue pas avec un Grec ; siou pas plus fade qué tu, sas ! Foou pas mi prendre per un aoutré ! (Il se frappe la poitrine.) Siou rnestré Panisse, et siès pas pron fin per m'aganta !

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MessageSujet: Re: Marcel Pagnol [XXe s / France]   Sam 01 Avr 2017, 18:39




Comédie satirique en quatre actes.



Topaze est un modeste professeur, honnête mais naïf, employé par M. Muche. La fille de ce dernier, Ernestine, dont il aimerait bien s'attirer les faveurs, profite de sa gentillesse tout en le méprisant : elle lui donne ses copies à corriger mais le rabroue sans cesse. Topaze est méprisé par cette famille mais il doit bien gagner sa croûte. Heureusement, ses camarades Tamise (professeur, également, à la pension) et Le Ribouchon (surveillant) le soutiennent.


M. Muche fait partie de ces "petites gens" qui se donnent une importance capitale alors qu'ils ne sont finalement pas grand chose. L'hypocrisie est de mise chez lui. Ainsi, lorsque Topaze lui apprend qu'il veut faire rentrer un élève, à qui il donne des cours particuliers à domicile, à la pension, Muche se fâche, lui avançant comme argument qu'il a lui-même refusé le fils d'un ministre par manque de place. Ceci est bien évidemment faux mais faire passer sa misérable pension pour une école de prestige reste son passe-temps. Cependant, lorsqu'il apprend que la mère de cet élève, Mme Courtois, est prête à payer tout ce qui sera nécessaire et même le superflu, il se radoucit. Lorsque Suzy Courtois vient visiter la pension, Muche ne tarit pas d'éloges sur celui qu'il dit être son "collaborateur".


Néanmoins, l'aspect miséreux de l'établissement fait reculer Mme Courtois qui propose à Topaze d'augmenter ses heures de cours particuliers. Sur le coup, celui-ci refuse, son emploi du temps étant chargé... Fausse excuse en fait, Topaze éprouvant toujours de l'émoi à la vue de cette jeune femme, il préfère éviter de se retrouver trop longtemps avec elle. Voilà la véritable raison. Muche fulmine. Sur ce, arrive une mère d'élève, la baronne Pitart-Vergniolles. Après les salamalecs d'usage, les compliments de rigueur, Topaze comprend que la baronne est venue pour faire rectifier le bulletin de son fils, un horrible cancre. Bien entendu, le brave professeur, droit dans ses bottes, ne cède pas. Il est renvoyé immédiatement par le père Muche qui lui précise également, ayant eu vent des sentiments de son employé envers Ernestine, qu'il ne lui donnera jamais la main de sa fille.


Topaze se voit contraint d'accepter la proposition de Mme Courtois pour donner des cours au petit Gaston. Cependant, le père de l'enfant , de passage le lendemain doit l'emmener avec lui. Mais elle va lui offrir un autre poste : homme de confiance de Régis Castel-Bénac, conseiller municipal. Bien entendu, Topaze ne se méfie pas. Il va devenir le prête-nom de cet homme véreux. Mais Topaze va finir par sortir de cette torpeur naïve et devenir plus malhonnête qu'eux. Muche, devant l'ascension sociale de son ancien employé, reviendra le voir, à plat ventre, pour lui proposer la main de sa fille. Cette dernière s'aplatira également, faisant ainsi ressortir son appât du gain. Topaze tient là l'occasion de se venger. Et lorsque son ami Tamise vient lui rendre visite, Topaze l'engage à faire comme lui, à tomber dans la malhonnêteté.


Cette pièce, présentée en 1928, intervient dans un contexte de crise économique. Nous sommes à la veille de cette année terrible que sera 1929. Pagnol présente de façon originale le vieux thème du pouvoir financier. Il démontre à quel point même les gens les plus honnêtes peuvent se laisser happer par les sirènes de l'argent, quitte à laisser au placard leurs idéaux et leurs illusions. Bien entendu, le faire de façon satirique donne encore plus d'impact à la pièce et au message à faire passer. Pagnol se révolte ici contre cette société qui oublie ses valeurs et sa moralité.

A lire et à relire !





Extrait :


MUCHE. - Vous avez retrouvé l'erreur ?

TOPAZE. - Mais non... Il n'y a pas d'erreur...

MUCHE, impatienté. - Voyons, voyons, soyez logique avec vous-même !... Vous croyez Mme la baronne quand elle vous dit que vous aurez les palmes et vous ne la croyez pas quand elle affirme qu'il y a une erreur !

TOPAZE. - Mais, madame, je vous jure qu'il n'y a pas d'erreur possible. Sa meilleure note est un 2... Il a eu encore un zéro hier, en composition mathématique... Onzième et dernier : Pitart-Vergniolles...

LA BARONNE, elle change de ton. - pourquoi mon fils est-il dernier ?

MUCHE, il se tourne vers Topaze. - Pourquoi dernier ?

TOPAZE. - Parce qu'il a eu zéro.

MUCHE, à la Baronne. - Parce qu'il a eu un zéro.

LA BARONNE. - Et pourquoi a-t-il eu zéro ?

MUCHE, il se tourne vers Topaze. Sévèrement. - Pourquoi a-t-il eu zéro ?

TOPAZE. - Parce qu'il n'a rien compris au problème.

MUCHE, à la Baronne, en souriant. - Rien compris au problème.

LA BARONNE. - Et pourquoi n'a-t-il rien compris au problème ? Je vais vous le dire, monsieur Topaze, puisque vous me forcez à changer de ton. (Avec éclat) Mon fils a été le dernier parce que la composition était truquée.

MUCHE. - Était truquée !... ho ! ho ! ceci est d'une gravité exceptionnelle...

Topaze est muet de stupeur et d'émotion.

LA BARONNE. - Le problème était une sorte de labyrinthe, à propos de deux terrassiers qui creusent un bassin rectan­gulaire. Je n'en dis pas plus.

MUCHE, à Topaze, sévèrement. - Mme la baronne n'en dit pas plus !

TOPAZE. - Madame, après une accusation aussi infamante, il convient d'en dire plus.
MUCHE. - Calmez-vous, cher ami.

LA BARONNE, à Topaze. - Nierez-vous qu’il y ait dans votre classe un élève nommé Gigond ?

MUCHE, à Topaze. - Un élève nommé Gigond ?

TOPAZE. - Nullement. J'ai un élève nommé Gigond.

MUCHE, à la Baronne. - Un élève nommé Gigond.

LA  BARONNE, brusquement. - Quelle est la profession de son père ?

TOPAZE. - Je n'en sais rien !

LA  BARONNE, à Muche sur le ton de quelqu’un qui porte un coup décisif. - Le père du nommé Gigond a une entreprise de terrassement. Dans le jardin du nommé Gigond, il y a un bassin rectangulaire. Voilà. Je n'étonnerai personne en disant que le nommé Gigond a été premier.

MUCHE
, sévèrement. - Que le nommé Gigond a été premier. (À la Baronne en souriant) Mon Dieu, madame...

TOPAZE, stupéfait. - Mais je ne vois nullement le rapport...

LA BARONNE, avec autorité. - Le problème a été choisi pour favoriser le nommé Gigond. Mon fils l'a compris tout de suite. Et il n'y a rien qui décourage les enfants comme l'injustice et la fraude.

TOPAZE, tremblant et hurlant. - Madame, c'est la première fois que j'entends mettre en doute ma probité qui est entière, madame... qui est entière...

MUCHE, à Topaze. Calmez-vous, je vous prie. Certes, on peut regretter que le premier en mathématiques soit précisément un élève qui, par la profession de son père, et par la nature même du bassin qu'il voit chez lui, ait pu bénéficier d'une certaine familiarité avec les données du problème. (Sévèrement) Ceci d'ailleurs ne se repro­duira plus, car j'y veillerai... Mais d'autre part, madame, (la main sur le cœur) je puis vous affirmer l'entière bonne foi de mon collaborateur.

LA BARONNE
. - Je ne demande qu'à vous croire. Mais il est impossible d'admettre que mon fils soit dernier.

MUCHE, à Topaze. - Impossible d'admettre que son fils soit dernier.

TOPAZE. - Mais, madame, cet enfant est dernier, c'est un fait.

LA BARONNE.
- Un fait inexplicable.

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