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 Octave Mirbeau [XIXe-XXe s / France ; document inclassable]

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Lydia
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MessageSujet: Octave Mirbeau [XIXe-XXe s / France ; document inclassable]   Lun 01 Mai 2017, 18:53





En 1907, Octave Mirbeau publie un récit intitulé La 628-E8, titre bien mystérieux correspondant, en fait, à la plaque d'immatriculation de sa voiture. Ce qui aurait pu être un récit de voyage bien anodin est un document inclassable dans la mesure où Mirbeau se fait fi de la réalité, de la véracité des choses et mêle allègrement le vécu et le fantasme. Au beau milieu de ce texte, se trouvaient les pages concernant la mort de Balzac. Là encore, la réalité ne l'intéressait pas. Il ne voulait pas, disait-il, en faire un document, un témoignage.

Oui mais voilà... ces pages (formant trois chapitres) firent l'effet d'une bombe. Mirbeau réglait ses comptes. Non pas avec Balzac pour qui il éprouvait une profonde admiration, ce qu'il indique d'ailleurs dans le premier chapitre : "J’adore Balzac. Non seulement j’adore l’épique créateur de La Comédie humaine, mais j’adore l’homme extraordinaire qu’il fut, le prodige d’humanité qu’il a été." Mais dès le deuxième, intitulé La femme de Balzac, cela se corse. Mirbeau était frustré et aigri par ses échecs amoureux. Il rejeta alors tout ce qui avait trait à Cupidon. Sa misogynie le poussa alors à transférer sa haine sur la pauvre Mme Hanska : "Et me voici au drame le plus et aussi le moins connu de la vie de Balzac : son mariage. (...). Ils revenaient mariés et ennemis. De tout ce grand amour, qu’avaient sur-exalté quinze ans d’absence, il avait suffi de quelques mois de vie commune pour qu’il ne restât plus rien… plus rien que de la déception, de la rancune et de la haine. On peut dire que leur véritable séparation date seulement de cet instant où ils entrèrent, rivés l’un à l’autre, dans la maison." Enfin, dans le dernier chapitre, il fait raconter la mort de Balzac par... l'amant de Mme Hanska, le peintre Jean Gigoux. Pendant qu'il rendait son dernier souffle, les deux tourtereaux étaient dans les bras l'un de l'autre...

Ces pages, on le comprend, firent scandale. La fille de Mme Hanska demanda le retrait de ces trois chapitres, ce qui fut fait. La Mort de Balzac se fit récit autonome en 1918. En revanche, le texte La 628-E8 ne sera réédité dans son ensemble qu'en 1937.





Extrait :
 

Il eut un sourire presque gai : – Mon cher, figurez-vous, le ministre Baroche, qui représentait le gouvernement et cheminait, dans le convoi, près de Victor Hugo, lui dit : « Au fond, ce M. de Balzac était, n’est-ce pas, un homme assez distingué ?… » Hugo regarda ce ministre – qui a une si belle presse dans Les Châtiments –, il le regarda, ahuri, scandalisé, et répondit : « C’était un génie, monsieur, le plus grand génie de ce temps… » Et il lui tourna le dos. Hugo a raconté cela quelque part… Rien n’est plus vrai. Je me trouvai à côté de lui quand cette petite énorme scène se passa… Mais ce que Hugo ne sut peut-être jamais, c’est que le ministre Baroche, s’adressant à son autre voisin qui avait, je me rappelle, de très beaux favoris, lui dit tout bas, à l’oreille : « Ce M. Hugo est encore plus fou qu’on ne pense… »
Et Gigoux se mit à rire franchement, d’un de ces rires comme il en avait, même très vieux, de si sonores.
Il ajouta :
– Aussi, plus tard, il en a pris pour son grade… Il ne l’a pas volé, hein ?…
Il dit encore :
– Ah ! savez-vous ce détail ?… Quand, le lendemain de la mort, les mouleurs vinrent pour mouler le visage de Balzac, ils furent obligés de s’en retourner… bredouilles, mon cher… La décomposition avait été si rapide que les chairs de la face étaient toutes rongées… Le nez avait entièrement coulé sur le drap…

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Octave Mirbeau [XIXe-XXe s / France ; document inclassable]
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