Promenades Culturelles


Venez en toute simplicité !
 
AccueilAccueil  PortailPortail  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Yann Kervran [XXe-XXIe s]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Lydia
Administratrice
Administratrice
avatar

Féminin Messages : 4276
Localisation : Dans les manuscrits
Emploi : Intéressant et prenant
Date d'inscription : 23/07/2015

MessageSujet: Yann Kervran [XXe-XXIe s]   Dim 07 Mai 2017, 18:14





Quatrième de couverture :

Automne 1156. Un bateau quitte Gênes pour la lointaine Terre Sainte. Le temps d’un voyage, le navire accueille hommes de lucre, marchands ambitieux, marcheurs de la Foi et soudards censés les protéger : autant d’histoires différentes qui se côtoient à distance respectueuse, pour autant que le permette un espace si limité, quand une première mort violente vient semer le trouble. On voit alors le monde clos du bateau s’agiter, soupçonner, et craindre, tandis que la Mort, elle aussi, poursuit son voyage : au rythme lent du navire, elle frappe encore, et la peur envahit les ponts, les coursives, les cabines. Ernaut, un solide jeune homme à la curiosité insatiable, va se mêler de ce qui ne le regarde pas. Il le devine, un fil mystérieux relie tous ces crimes, qu’il faut trouver et suivre. Mais le jeune Ernaut, dans l’inconscience de son âge, ne sait pas à qui il ose s’attaquer...

«  ... une silhouette s’effaça silencieusement après avoir assisté à l’agression, rejoignant l’obscurité discrète du passage. Le témoin muet restait là, à admirer la macabre scène, comme envoûté, oscillant entre plusieurs sentiments. Se frottant le visage en un geste inutile pour évacuer l’eau serpentant sur ses joues, il hocha le menton lentement, comme pour convaincre un invisible interlocuteur. Un appât, songea-t-il, un appât offert par Dieu ! »







Mon avis :


Quel titre bien choisi ! D'abord car il fait de suite penser à La Nef des fous, bien sûr, ouvrage médiéval de Sébastien Brant et tableau de Jérôme Bosch. Ensuite, pour l'histoire relatée. Résumons les faits assez brièvement :

À Gênes, à bord du Falconus, le bateau se rendant en Terre Sainte, des personnages au caractère bien trempé ont embarqué. Et comme souvent, surtout en cette période, on ne sait pas avec qui on voyage. Le jeune Ernaut, un Bourguignon, se trouve à bord avec son frère, Lambert. Ils comptent tous deux s'installer là-bas.

L'atmosphère, à Gênes, est pesante. Des crimes ont été commis. Ils font l'objet de discussions sur le bateau. Mais lorsque la mort vient rôder autour d'eux, ceux qui sont à bord commencent à avoir peur. En effet, un marchand, Ansaldi Embriaco, est retrouvé mort dans des circonstances étranges : " assis bizarrement sur sa chaise, les bras le long du corps, allongé sur son écritoire, le dos de sa cotte nimbé d'une large tache foncée ". Mais ce dernier ne sera pas la seule victime. Un deuxième cadavre sera retrouvé. A partir de là, commence pour Ernaut et deux de ses compagnons de voyage, Régnier et Herbelot, une enquête des plus passionnantes.

Mettre le nez dans ce livre est dangereux, surtout si vous n'avez que peu de temps devant vous... car vous ne le lâcherez plus jusqu'à la fin. Et ce, pour différentes raisons :

- L'intrigue est originale : nous sommes loin ici de certaines images d'Épinal. Mettre ainsi en exergue le monde marin n'en est que plus efficace pour provoquer l'adhésion du lecteur car peu de livres traitant de cette période l'ont fait (d'ailleurs, je me demande même s'il y en a eu un ? Je ne crois pas... Il y a certes des scènes, comme dans le Roman d'Apollonius de Tyr, mais pas, à ma connaissance, tout un texte axé dessus). Yann Kervran a même fait le dessin du Falconus et a mis des cartes du voyage afin que nous puissions visualiser l'histoire. Ce n'est peut-être qu'un détail, mais il a son importance.

- L'histoire dans l'histoire : Le début du roman commence dans un monastère. Un jeune moine se laisse conter ces aventures par un des patriarches, le chantre. Bien entendu, la visée est didactique.

- Les personnages sont attachants, notamment Ernaut, et, surtout, profonds. Celui qui est qualifié, à un moment donné, de "sanglier" ou encore de "pèlerin plus dévastateur que les plaies d'Égypte", sa force herculéenne et son physique impressionnant le quidam. Mais celui-ci est loin d'être une brute épaisse. Ses qualités et ses valeurs sont admirables. Sa gaucherie est presque touchante.

- Le style : fluide, il permet d'avoir une lecture très agréable, enrichie par le vocabulaire médiéval. Mais attention, rien de lourd ou de peu compréhensible. La langue médiévale est ici saupoudrée avec délicatesse pour le plus grand bonheur des lecteurs. Ajoutons à ceci un brin d'humour, et vous obtiendrez la recette parfaite d'un ouvrage qui va vous faire passer quelques heures de pure réjouissance.

Dois-je préciser que j'ai vraiment apprécié ce roman ? J'attends maintenant avec impatience le second tome !






Extrait : (P182-183)


" Grand pardon de vous interrompre, messires, mais moi aussi je pourrais m'avérer utile."

Régnier et Herbelot se retournèrent et découvrirent Ernaut, les mains sur les hanches, le sourire aux lèvres et le regard plein d'espoir. Et si Régnier fut amusé par cette vision, il n'en fut pas de même pour Herbelot, qui se renfrogna, mécontent d'avoir été coupé dans son élan. Il lança un œil noir à l'adolescent : "Pour ta gouverne, garçon, apprends qu'il n'est pas correct de s'immiscer de pareille façon dans une conversation. Je ne doute que chez toi cela puisse se concevoir, pas avec un clerc de la chancellerie de l'archevêque de Tyr, ou un chevalier du roi Baudouin."

Ernaut ne se laissa pas démonter par la rebuffade.

"Soyez assuré que les miens parents m'ont enseigné que cela ne se faisait pas. Mais il me semble important de me signaler à vous, même au prix d'une impolitesse. Il en va tout de même du meurtrissement d'un homme."

La réponse arracha un sourire à Régnier, vite effacé, au cas où Herbelot l'aurait regardé. Il s'efforça de prendre un air sérieux et autoritaire lorsqu'il répondit.

"A quel titre pourrais-tu être utile ? J'ai déjà valet.

- Il a un travail, ce me semble : vous servir. Moi c'est en tant qu'homme libre que je m'offre. Vous êtes tous deux notables de premier plan, on a tendance à se comporter différemment en votre présence. Moi, je ne suis pas grand-chose, alors je peux plus facilement guetter les gens..."

Herbelot leva les yeux au ciel, abasourdi de l'innocence du garçon qui pensait passer inaperçu malgré sa taille gigantesque. Le chevalier, lui, prit le temps de réfléchir à ces arguments. Le jeune homme n'avait pas tort.

_____________
"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
Revenir en haut Aller en bas
https://promenadesculturelles2.wordpress.com
Lydia
Administratrice
Administratrice
avatar

Féminin Messages : 4276
Localisation : Dans les manuscrits
Emploi : Intéressant et prenant
Date d'inscription : 23/07/2015

MessageSujet: Re: Yann Kervran [XXe-XXIe s]   Dim 07 Mai 2017, 18:17




Quatrième de couverture :


Jérusalem, Semaine sainte 1157. Tandis que la ville est submergée de pèlerins venus assister aux cérémonies dans le lieu même où le Christ est ressuscité, une sombre rumeur se propage : un fou sanguinaire rôde et s’en prend à des pèlerins, de préférence des femmes. Confrontées à ce qui s’avère être une réalité, les autorités tentent de gérer le mécontentement tout en ménageant la susceptibilité des puissants ordres religieux qui contrôlent certains quartiers. Ernaut, le jeune Bourguignon dont le talent s’est révélé au cours du voyage vers la Terre Sainte, va de nouveau céder à la curiosité. Alors, son âme même prendra peur devant ses découvertes et leurs conséquences... car jusqu’en ce royaume de Dieu sur terre, le mal se répand et pureté d’intention n’est point gage de salut pour les innocents. Mais nul ne peut prétendre sortir indemne d’un combat avec le Malin : s’efforçant de réparer les injustices, Ernaut mettra en péril ce qu’il a de plus précieux...




Mon avis :

On retrouve avec plaisir les aventures d'Ernaut, ce pèlerin du XIIe siècle. La trame de départ reste la même : l'histoire est racontée, mimétique de la tradition orale. Une large place est faite au personnage principal qui prend de l'ampleur et du caractère ; Lambert, son frère, étant à l'hôpital. On en apprend beaucoup sur l'Orient grâce à des descriptions minutieuses et détaillées telles que celle-ci : " Comme toujours, la rue était pleine de monde et il fallait jouer des coudes pour franchir la colonnade qui fermait au sud la placette donnant accès à l'église. En cette fin de journée, le soleil commençait à déserter l'endroit et les parties basses étaient désormais noyées dans l'ombre. Malgré tout, on y rencontrait, comme à toute heure, quelques camelots, installés à côté de leur natte, présentant des paniers de breloques et de babioles (P66-67)". On s'y croirait ! Et je ne parle même pas de la mention récurrente à la gastronomie (Ernaut étant un ventre sur pattes) qui donne l'eau à la bouche : brochettes de boulettes de poissons enrobées de sésame, rissoles... Tous nos sens sont en éveil !

Mais n'oublions pas le plus important : les meurtres parmi le groupe des pèlerins, meurtres horribles dont la violence fait penser à une bête sauvage s'étant acharnée sur les corps de deux pèlerines. Bien que leurs visages ressemblent plus à de la bouillie qu'à quelque chose d'humain, Ernaut parvient à connaître l'identité d'une des victimes. On lui demande alors de collaborer avec les autorités, représentées ici par Arnulf, vicomte de Jérusalem, et Ucs de Monthels, mathessep (sorte d'officier de police). Notre pèlerin va, à sa plus grande joie, et histoire de se donner également de l'importance, essayer de démêler cette affaire bien que Lambert le lui ait déconseillé. Mais il va bien vite déchanter, se retrouvant dans des situations impossibles. C'est ainsi qu'aidé du sergent Eudes, il va devoir descendre dans un charnier, sauver l'enfant d'une des deux femmes assassinées des griffes du mal, déjouer ses craintes et ses certitudes, notamment lorsqu'une troisième victime, un homme, puis une quatrième, que l'on pensait être le meurtrier, sont découvertes...

Encore une fois, l'Histoire est bien cadrée, très enrichissante. On retrouve l'humour fin qui caractérise ce cycle et qui permet une lecture très agréable. Le rythme permet de tenir le lecteur en haleine...

Eh bien, que dire de plus si ce n'est de demander la suite !




Extrait :

Un acquiescement général gronda, comme une sourde menace qui vrombissait alentour. Resté muet jusque-là, Ernaut fit face à l'homme qui venait de parler : "C'est ta femme qui a été meurtrie ?"

Le pèlerin fut un instant décontenancé par la question, puis inquiété par la taille de son contradicteur. Son élocution était plus hésitante lorsqu'il répondit :

"Non... Pourquoi pareille question ?

- Parce que si elle n'est point de ta parentèle, tu n'as nul droit de demander justice, crâne de puce.

- Que me contes-tu là ? Cela n'a rien à voir...

- Bien sûr que si. Tu es là à crier comme goret, à quémander justice. A-t-on touché les tiens ?" L'homme secoua la tête en dénégation et s'apprêtait à répondre mais l'adolescent ne lui en laissa pas le temps :"Alors laisse les hommes de la Cour du roi oeuvrer plutôt que chercher noise...

- Et qui va protéger mon épouse, ma fille ? Il y a un démon en cette cité et nous demandons au roi d'agir.

- Je suis aise d'apprendre qu'il te faut chevalier couronné pour mettre à l'abri ta parentèle. Il me semblait qu'un homme digne de ce nom saurait défendre les siens. Peut-être n'es-tu qu'un escouillé, en ce cas..."

La remarque arracha quelques rires alentour. Le provocateur accusa le coup, cherchant une répartie. Ne laissant aucune chance à son adversaire, Ernaut avança d'un pas, se tournant face à la foule pour faire front avec le sergent.

"Entendez-moi, j'ai nom Ernaut, j'ai pérégriné depuis Vézélay jusqu'en cette sainte cité. Comme vous tous, j'ai eu grand peine à la mort de la première marcheuse de Dieu. Et je suis touché de cette nouvelle meurtrerie. Mais j'assure devant vous que la Cour s'en préoccupe, et m'a questionné fort avant sur la première femme, que je connaissais quelque peu. Si des familiers veulent demander justice, je suis prêt à jurer qu'ils seront entendus par le vicomte et les bourgeois. Que quiconque pense que je parle de déshonnête façon avance et me fasse affront maintenant." (P 82-83)

_____________
"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
Revenir en haut Aller en bas
https://promenadesculturelles2.wordpress.com
 
Yann Kervran [XXe-XXIe s]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Promenades Culturelles :: PROMENADES LITTERAIRES :: Romans Français ou Francophones-
Sauter vers: