Promenades Culturelles


Venez en toute simplicité !
 
AccueilAccueil  PortailPortail  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Erling Jepsen [XXe-XXIe s / Danemark]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Lydia
Administratrice
Administratrice
avatar

Féminin Messages : 4094
Localisation : Dans les manuscrits
Emploi : Intéressant et prenant
Date d'inscription : 23/07/2015

MessageSujet: Erling Jepsen [XXe-XXIe s / Danemark]   Dim 07 Mai 2017, 18:54





Voici un auteur dont je ne connaissais même pas l'existence et que je ne connaîtrais pas si l'on ne m'avait pas offert ce livre et sa suite (Sincères condoléances) à Noël. Et je ne peux que remercier la personne en question car ce livre est un petit bijou. Mais modérons quand même ce propos car il s'agit d'un roman noir, extrêmement noir ! On découvre, à travers un petit narrateur de 11 ans, la vie quotidienne d'une petite ville danoise. Le père tient une épicerie et est confronté à la concurrence puisque Frisk a agrandi la sienne et en a quasiment fait un magasin dans lequel les gens peuvent se servir eux-mêmes. La famille doit donc subir les aléas financiers. Le père du narrateur fait également de belles oraisons funèbres, ce qui, en général, fait fructifier par la suite ses ventes. Jusque-là, le lecteur suit le cours de cette petite famille constituée des parents, du narrateur, de sa sœur, Sanne, et du grand frère qui ne vit plus à la maison, Asger. Pour des raisons qui échappent au garçonnet, ses parents se disputent à cause d'un discours du père. Celui-ci dort alors sur le canapé. Les enfants, qui l'adorent, ne veulent pas le laisser seul, pleurant dans son coin. Sanne le rejoint et se colle à lui, réflexe d'enfant... Mais pourquoi, lorsque son petit frère le lui demande à une autre reprise, ne veut-elle plus dormir avec son père ? Pourquoi se met-elle à trembler de tous ses membres ? Et pourquoi Asger, prévenu, frappe t-il son paternel ?

C'est à cet instant précis que le lecteur se prend une claque magistrale ! Toute cette pudeur, toute cette finesse lui avaient masqué l'essentiel, la noirceur qui se cachait derrière cette famille qui semblait sympathique au demeurant. Et c'est en ce sens que je dis que ce livre est vraiment une perle. Il dénonce ainsi ce mal qui s'insère dans certaines familles, que personne n'a remarqué mais qui brise à jamais, tant sur le plan physique que moral, d'innocents enfants qui ne seront plus jamais les mêmes.




Extrait :

Pendant toute la matinée du dimanche l'atmosphère est tendue ; nous nous croisons dans la maison sans trop savoir que faire et nous ne nous disons pas grand-chose. Papa ne se lève même pas.

Je suis un peu inquiet, peut-être qu'Asger l'a frappé si fort qu'il ne parvient plus à tenir sur ses jambes. Asger dit qu'il reste au lit parce qu'il a honte.

"Pourquoi, qu'est-ce qu'il a fait ?

- Il n'a rien fait du tout", me répond maman.

Asger ricane méchamment alors je ne sais pas trop... Sanne doit savoir mais elle ne dit rien.

Je monte au grenier et j'espionne mon père par le trou de la serrure, ce n'est pas si souvent que j'ai l'occasion de le voir avoir honte de lui. Il est en train de lire Le Journal de Mickey. Nous avons un abonnement au Journal de Mickey et tous les mardis nous recevons le dernier numéro à la maison. Dès que papa l'a lu nous avons le droit de le lire aussi. Mais en général cela prend un peu de temps. Il en a toute une pile dans sa chambre, il les lit plusieurs fois avant de les lâcher. C'est normal parce que c'est lui qui les paye. Je suis content qu'il ne se soit pas laissé mourir.  

_____________
"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
Revenir en haut Aller en bas
https://promenadesculturelles2.wordpress.com
Lydia
Administratrice
Administratrice
avatar

Féminin Messages : 4094
Localisation : Dans les manuscrits
Emploi : Intéressant et prenant
Date d'inscription : 23/07/2015

MessageSujet: Re: Erling Jepsen [XXe-XXIe s / Danemark]   Dim 07 Mai 2017, 18:56





Cet opus est la suite de L'Art de pleurer en chœur, petit chef-d'œuvre de cet auteur danois. On retrouve le narrateur, Allan, qui est devenu un homme. Il a désormais la quarantaine, est marié, père d'une petite fille. Il est écrivain. On le retrouve au moment où son père est mort. On apprend qu'ils s'étaient disputés. Allan n'a pas revu ses parents depuis quelques années. Il accepte cependant d'aller voir sa mère. On pouvait s'attendre à ce que la mort du père soit un soulagement. Pourtant, il n'en est rien. Si sa sœur, Sanne, et son frère aîné, Asger, semblent prendre les choses avec philosophie, Allan se met à enquêter sur le décès qui ne lui paraît pas normal.

Le premier roman était déjà noir. Celui-ci l'est, à mon sens, encore plus car il montre un être torturé. Allan se bat à la fois contre l'idée de la mort et contre ses vieux démons qui, soudain, jaillissent du placard sans crier gare. On nage en plein malaise. Là où, généralement, le trépas ressoude les familles, on se rend compte ici que c'est l'angoisse, la rage, la haine qui font office de fil conducteur. Le lecteur referme le livre sans plénitude aucune. Ce huis-clos est abouti. Je le répète, je ne connaissais pas du tout cet auteur mais je vais m'intéresser de plus près à ses romans.




Extrait :

« Tu viendras juste me le dire quand il sera mort. »

Cela pouvait passer pour de l’indifférence, surtout aux yeux d’une personne extérieure, mais Trine savait ce qu’il en était. Mardi, vers six heures du soir. Allan calcula quel jour on était. Jeudi. Il y avait deux jours donc. C’était quand même un peu bizarre. Son père était mort depuis deux jours, et on ne venait le lui dire que maintenant ? Charlotte s’approcha doucement du divan, et s’assit sur le bord.

« Ça va ?  

- Oui, oui. »

Bien sûr que ça allait, il s’était préparé. Et il savait quelle attitude adopter : il ne se laisserait pas émouvoir. Une fois que c’était fait, il voulait en être informé, et rien d’autre. Mais il revenait sans cesse sur un détail :

« Mardi ? dit-il. Et là on est jeudi soir. C’est-à-dire que ça fait deux jours ? Plus que ça même. Pourquoi est-ce qu’on ne me l’annonce que maintenant ?

- On a dû penser que cela ne t’intéressait pas. »

Oui, bien sûr, c’était une explication, mais on se trompait dans ce cas. Pourquoi cela ne l’aurait-il pas intéressé de savoir quand son père était mort ? Il n’avait jamais dit ça. C’était son père quand même ; quand son père meurt, on est supposé être au courant !

_____________
"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
Revenir en haut Aller en bas
https://promenadesculturelles2.wordpress.com
 
Erling Jepsen [XXe-XXIe s / Danemark]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Promenades Culturelles :: PROMENADES LITTERAIRES :: Romans Etrangers-
Sauter vers: