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 Rémy de Gourmont [XIXe-XXe s / France ; journaux]

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Lydia
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MessageSujet: Rémy de Gourmont [XIXe-XXe s / France ; journaux]   Lun 08 Mai 2017, 15:31





Pendant l'orage ne relate pas une tempête... ou, du moins, pas le phénomène climatique. Rémy de Gourmont (1858-1915) nous propose ici une sorte de journal tenu pendant la Première Guerre Mondiale. A travers des petits chapitres très courts, mais intenses (on sent la "patte" du journaliste), il a voulu, selon Jean de Gourmont, son petit-neveu, faire comprendre l'état d'esprit dans lequel pouvaient se trouver les français à cette époque, et notamment ceux qui partaient au front. Pourtant, ce n'est pas vraiment ce que je retrouve en lisant ces courts écrits.

Alternant entre textes insouciants, mini-dissertations sur la littérature ou les arts, et réelle prise de conscience, Rémy de Gourmont donne l'impression d'être dans un rêve - devenant cauchemar au fur et à mesure - éveillé, même si cela est paradoxal. Il faut savoir que l'auteur, gravement malade en 1914, n'a pas été enrôlé. En revanche, il a vu tous ses camarades partir au front. Les événements terribles eurent un impact sur ce dernier qui regrettait de façon presque ironique l'absence de vie culturelle à cette période. Et c'est bien de cela dont il s'agit. L'auteur pleure sur ce vide qui l'anéantit.

Ce journal montre à quel point Rémy de Gourmont était érudit. Il n'y a pratiquement pas un chapitre sans que ne soit mentionné un lien culturel. A découvrir  !





Extraits :



L’Auxiliaire


30 octobre 1914.


C’était, avant la guerre, une position militaire sans éclat, mais de tout repos. L’auxiliaire, quel que fût son âge, était celui dont on n’a pas besoin. On le laissait donc vaquer paisiblement à ses affaires et, pourvu qu’il se présentât à certaines revues annuelles et même plus espacées, on se tenait pour satisfait. Cependant l’heure est venue où on a eu besoin de tout le monde et l’auxiliaire a été utilisé à toutes sortes de besognes, fort peu en rapport, la plupart du temps, avec ses occupations civiles. J’en connaissais un qui était professeur dans un lycée de province, myope, peut-être, mais robuste et de belle apparence. Mobilisé dès le premier jour, on le désigna pour l’emploi de fossoyeur et, depuis, mélancolique et sans gloire, à la suite des armées françaises, il creuse des tombes. J’allais dire que c’est une destinée shakespearienne, parce que je pensais à la scène d’Hamlet et du fossoyeur. C’est plutôt du Scarron ou du Lucien. C’est bien du Lucien, que la besogne qui est échue à un autre soldat auxiliaire, connu dans les lettres. Il fut soudainement mué en brûleur de café. Il fit ce que l’on voit faire dans les petites rues de Paris aux garçons épiciers : il tourne la manivelle parmi une odorante fumée. Cela dut lui paraître bien drôle les premiers jours. Je suis sûr qu’il pensait à Philippe de Macédoine devenu savetier aux enfers. Puis il languit à ce métier improvisé, devint malade, faillit mourir. Pauvre auxiliaire ! Un fusil, peut-être, lui eût mieux convenu.




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Nouvelles littéraires


14 décembre 1914.

Elles nous viennent maintenant des tranchées, des dépôts, des hôpitaux, des camps de prisonniers. Qui est mort, qui est blessé, qui est malade ? Le Bulletin des Écrivains, n° 2, répond à ces questions pour le mois qui vient de s’écouler. Il n’a pas été très meurtrier pour les lettres, d’où on peut en inférer qu’il a été le même pour l’ensemble des armées, malgré la fréquence des combats et la progression des lignes, mais il n’y a pas mal de blessés, quelques prisonniers et encore des disparus. Avec ces trois catégories, on ferait un excellent sommaire de revue ou de journal littéraire, on alimenterait une librairie. Que faut-il entendre par « disparus » ? On reporte toujours à cette liste le charmant du Fresnois. Hélas ! Quel espoir laisse-t-il encore ? Il est disparu depuis les premiers combats en Belgique. Serait-il blessé grièvement et prisonnier en Allemagne ? Triste perspective et c’est la meilleure. Il en est de même du jeune romancier Alain-Fournier. Cependant, son ordonnance aurait pu revenir sur le lieu du combat où il était tombé et reconnaître le corps. Il est donc peu permis, à moins d’une erreur inexplicable, d’avoir des doutes sérieux. Par prudence, les rédacteurs l’ont mis parmi les disparus. Ce serait une perte très sensible pour les lettres. En somme ce bulletin continue d’être un document très triste et très glorieux, quoique la gloire qui échoit à quelques-uns soit une gloire définitive et sans le lendemain qu’ils avaient rêvé. Mais les lendemains sont bien incertains et peut-être vaut-il mieux mourir en pleine force et en pleine jeunesse que d’en courir les risques. Il y a longtemps que les Anciens, si sages, avaient mis au premier rang des amis des dieux ceux qui meurent jeunes. Ce qui nous paraît une injustice du sort est peut-être un privilège. N’importe Il est douloureux pour ceux qui le contemplent.

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