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 Jean Teulé [XXe / XXIe s]

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Lydia
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MessageSujet: Jean Teulé [XXe / XXIe s]   Mer 26 Aoû 2015, 18:00



Ce fut le premier livre que j'ai lu de cet auteur. Et j'ai adoré ! Je ne peux que conseiller ce roman. Fausse autobiographie, le style est vif, incisif. L'auteur entre dans la peau de son personnage avec brio. Jean Teulé s'est documenté pendant deux ans si mes souvenirs sont bons.

Il n'était pas évident de s'attaquer à ce monument qu'est François Villon et surtout aux préjugés qui l'entourent : bandit, menteur, assassin.... Cependant, après la lecture de cet ouvrage, on voit les choses différemment : comment ne pas en vouloir à la société lorsqu'on a vu son père pendu pour le vol d'une chemise, sa mère se faire tout d'abord couper les deux oreilles pour avoir volé deux harengs et trois sous de tripes pour pouvoir nourrir son enfant, puis subir les pires sévices pour avoir été accusée injustement cette fois d'un troisième larcin ?

On y apprend le rôle de l'Abbé Villon qui a recueilli l'enfant à l'âge de six ans, peu de temps avant que sa mère ne soit condamnée.

Jean Teulé nous fait également découvrir, à travers le personnage, le Paris médiéval avec ses rues sales et malfamées, la société de l'époque et les différentes classes sociales, la violence avec notamment la mort par ébouillantage...
Ce livre a été mis en BD par Luigi Critone. À lire également ! Wink




Extraits :


Voici le début du roman. Il faut avoir le cœur bien accroché !


Le corps carbonisé fumait encore entre les chaînes du poteau fixé sur un haut socle de pierre. Sa jambe droite s'était écroulée, provoquant un curieux déhanchement. Le buste penchait en avant. Les volutes ondulantes, s'élevant du crâne, lui faisaient une drôle de chevelure verticale. Un souffle d'air, comme une gifle, lui emporta une joue de cendre, découvrant largement sa mâchoire où les gencives flambaient. Dans la boîte crânienne, le cerveau s'était effondré. On le voyait bouillir par les orbites oculaires d'où il déborda et s'écoula en larmes de pensées blanches. Le bourreau lança un petit coup de pelle latéral dans les hanches. Le bassin se démantela entraînant la jambe gauche dans un nuage de poussière et de débris d'os. De la poitrine restée enchaînée au poteau, les côtes flottantes pendaient. Le cœur y glissa et tomba, encore rouge. On versa dessus de la poix et du soufre. Il s'enflamma. Un autre coup dans le sternum et le reste dégringola. Les bras filèrent entre les chaînes...
Deux hommes d'armes de l'escorte anglaise s'approchèrent en cotte de mailles recouverte d'une tunique peinte d'une grande croix écarlate sur la poitrine.

******


— Donc, tu écris des poèmes… Et depuis longtemps ?
— J’ai commencé vers l’âge de quatorze ans.
— Ah bon ? Cela fait sept ans… Et pourquoi tu ne me l’as jamais dit ? Vous saviez qu’il écrivait des poèmes, vous, Trassecaille ?
— Non.
Lorsque le chanoine et son bedeau sont entrés dans la taverne flamboyante, pleine du cri des buveurs et du ricanement des ribaudes, moi, j’étais, de dos, debout sur une table. À vingt et un ans, clerc tonsuré le matin même – parce qu’en ce jour du 26 août 1452 j’ai enfin obtenu ma maîtrise ès arts… –, j’avais les jambes écartées dans ma nouvelle robe de bure et les bras étendus de chaque côté. Chaussé d’amusants souliers rouges qu’on m’avait prêtés, je m’étais coiffé d’un chapeau de fleurs et roulais des yeux sur un public tout acquis à ma cause. Il y avait là des ouvriers, des étudiants, des marins du port de Saint-Landry, des clercs de la Cité et des putains qui allaient reprendre en chœur le refrain de mon poème. J’avais tendu un doigt vers la blouse plissée d’un apprenti coiffé du calot des tailleurs de pierre et, d’un débit rapide et saccadé, lui avais assené le début de ma " Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie " :
— Car que tu sois faux pèlerin, tricheur ou hasardeur de dés, faux-monnayeur, et que tu te brûles comme ceux que l’on fait bouillir, traître parjure, déshonoré, que tu sois larron, chapardeur ou pillard, où s’en va le butin, que croyez-vous ?
La salle entière répondit :
— Tout aux tavernes et aux filles !

( ... ) Une fille m’apporte une volaille : " Voilà le canard que tu as étranglé sur les fortifications. " Je demande au chanoine et au bedeau : " Que voulez-vous boire ? Rien ? Mais si… Un lait de chèvre, de vache ? Plutôt non, dis-je à la servante. Sers-leur deux eaux de gingembre et pour moi un hypocras. "
Dans la salle, Tabarie circule de table en table et vend aux étudiants, aux clercs, des copies de ma ballade.
— Gagnes-tu quelques revenus avec ces " beaux diz " ? m’interroge mon tuteur. Tu parais ici aussi à l’aise qu’un brochet en Seine. Donc, au lieu d’étudier, tu écrivais des poésies et assiégeais les tavernes. Poète et ribaud tout ensemble, hein ! Fais attention de ne pas passer de la plaisanterie à la criminalité, jeune merle, continue-t-il devant l’eau de gingembre qu’on vient de déposer devant lui.
Il se lève. Gilles plisse les yeux, pommettes et lèvres épaisses remontées parce qu’il voit mal. Je me lève aussi :
— Maître Guillaume, ces cinq dernières années, Paris a perdu un quart de sa population. La peste a tant tué que je m’étonne de vivre encore. Et du sursis, je veux profiter.
— Deviens sérieux.
— Je n’en ai pas la moindre envie.
Et je les quitte tous les deux en dansant le pied de veau. Bras en corolle par-dessus mon chapeau de fleurs, je tournoie et emporte l’ironie atroce de ma lèvre. Le chanoine, suivi du bedeau, se dirige vers la porte d’entrée :
— Nous avons perdu en François un honnête homme mais avons gagné à jamais un grand poète…

_____________
"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).


Dernière édition par Lydia le Lun 21 Déc 2015, 17:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Ô Verlaine !   Mer 26 Aoû 2015, 18:06




Quatrième de couverture :


Alcoolique phénoménal, amant frénétique et désordonné, bigame maltraité par ses deux compagnes, Paul Verlaine oscilla jusqu'au tombeau entre l'ignoble et le sublime. C'est à la toute fin de sa vie, au moment de la pire déchéance morale et matérielle, au moment où les gloires de l'époque l'accablaient de leur mépris, qu'une soudaine vague de sympathie naquit en sa faveur parmi les étudiants et la jeunesse du Quartier latin. En quelques semaines, il devint leur idole. Fol amoureux de ce personnage magnifique et terrifiant, Jean Teulé a choisi de raconter cette période extravagante à travers le regard du jeune Henri-Albert Cornuty - un adolescent de Béziers qui monta à pied à Paris dans le seul but de rencontrer Verlaine...



Mon avis :


Généralement, lorsque nous pensons à Verlaine, nous avons en tête le poète dans son heure de gloire, l'auteur des Poèmes saturniens. Cependant, il existe également le poète maudit, le poète des coups de feu tirés sur son amant, Rimbaud, le poète déchu...

Jean Teulé, dans cette fausse biographie, romance les derniers mois de Verlaine. Bien entendu, il ne s'en cache pas. Cependant, et c'est ce que j'aime chez lui, son œuvre est très bien documentée. Ainsi, ce jeune adolescent que nous trouvons dès l'incipit, Cornuty, a bel et bien existé. Il était réellement monté à Paris afin de rencontrer son idole. Il passa les trois derniers mois de la vie du poète à son chevet pour son plus grand bonheur mais aussi son plus grand malheur puisqu'il subit les dégâts de l'absinthe et la folie s'en empara - cette même folie qui avait eu Verlaine. Picasso, l'hiver 1902-1903, en fit un portrait, associé à cet alcool qui faisait des ravages parmi les artistes.

Le style de Teulé peut ne pas plaire. En effet, il ne s'embarrasse pas de phrases ampoulées. Bien au contraire, son style est cru, vif, incisif, collant à ses personnages, que ce soit Villon, Rimbaud ou Verlaine (cf. ses autres œuvres). A la fin de son roman, l'envie nous prend d'aller faire des recherches, d'en savoir plus sur ce personnage somme toute énigmatique. Et c'est là que nous pouvons découvrir à quel point la biographie est peu romancée...

Je conseille vraiment ce livre.



Extrait :


Il entra dans une pièce de deux mètres sur trois puant le vinaigre et des odeurs de bazar. Une petite table bancale soutenait une cuvette et un broc. Aux murs, un papier peint à quatre sous le rouleau tombait en lambeaux souillés par des crachats et des déjections de toute nature. Des trous dans les murs étaient bouchés par des textes de chansons ordurières. Un journal à images, avec portrait d'un assassin célèbre, jonchait le sol près d'un pot de chambre en fer, plein de choses, et ça sentait mauvais. A la fenêtre, un petit jour de souffrance laissait monter les odeurs pourries de la cour.

Collée à une cloison, une couche, partiellement entourée d'un rideau rouge déchiré qui pendait du plafond.

L'enfant s'approcha d'une forme presque entièrement entortillée dans un drap. Sur l'oreiller, dépassant de la toile vulgaire, ce qu'il prit pour un énorme caillou... Des mèches s'en échappaient ressemblant à des herbes séchées. Il y courait des insectes. L'enfant aux yeux langoureux demanda à cette pierre de bord de chemin:

- Etes-vous Monsieur Verlaine ?

Les yeux paniqués s'enfuirent sous l'oreiller quand la pierre se rida.

- Aouh... Aouh... gémit une âme qu'on aurait réveillée pour lui rappeler un cauchemar.

- Vous êtes malade, maître ?

- Aouh... Aouh..., frissonna, de partout, un corps sous le drap.

- Vous êtes-vous couché tard ?

- Aouh... Aouh...

Sur la table de nuit, il y avait des manuscrits, un livre de François Villon et une lettre pleine de fautes d'orthographe: " Chère poête ! Ecri des poème damour sur moi car jais besoin de sous. Je temps brasse. Ton diable, Esther."

A l'autre bout du matelas, un soulier clouté de vagabond dépassait du drap près d'un pied bandé dans un chausson d'appartement. Et tout le corps se tourna pour aller se tasser douloureusement contre la cloison mitoyenne:

- Aouh... Aouh...

Le petit paysan contempla longuement ce poète jeté à l'oubli au bout du couloir de l'hôtel de passe d'un quartier de misère sordide.

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MessageSujet: Le Montespan   Mer 26 Aoû 2015, 18:08




J'ai lu ce roman juste après avoir lu L'Allée du Roi de Françoise Chandernagor. Ils se complètent. Alors je m'explique car j'en entends déjà certains hurler à l'hérésie, m'octroyant  un argument irréfutable :  le style est radicalement différent !  Certes, certes. Bien évidemment, on ne peut comparer l'écriture précieuse de Chandernagor, adaptée, pour l'occasion, aux fausses mémoires de Madame de Maintenon, à la truculence de Jean Teulé. A mon sens, ils se complètent car ils nous offrent deux visions de ces personnages importants. Dans le premier, Chandernagor, par le biais de Mme de Maintenon, nous dressait un portrait acerbe de La Montespan sans pour autant s'attarder sur l'époux de cette dernière. Teulé, lui, a voulu mettre en avant ce pauvre homme auquel Louis XIV avait "volé" la femme. La truculence est donc nécessaire ici car elle va de pair avec la facette du Montespan qui essaiera, fou amoureux de sa femme, de la récupérer coûte que coûte, faisant fi des coutumes de l'époque qui voulaient qu'un mari cocufié par le Roi profite de nombreux privilèges et se taise, content de son sort. Louis Henri ne l'entendait pas de cette oreille. Il ira même voir des femmes de mauvaise vie afin de se faire transmettre des maladies. Déguisé en femme, il parviendra jusqu'à la chambre de son épouse qu'il tentera de violer afin qu'elle soit contaminée et qu'elle puisse, à son tour, contaminer le souverain. On plaint finalement ce pauvre homme à qui rien ne réussit.

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MessageSujet: Le magasin des suicidés   Mer 26 Aoû 2015, 18:13





Quatrième de couverture :


Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre...



Mon avis :


Dans la famille Tuvache, je demande... le père, Mishima ? La mère, Lucrèce ? Vincent, le fils aîné ? Marylin, la fille ? Alan, le cadet, vilain petit canard de la famille ? A mi-chemin entre la famille Adams et la famille Groseille (La Vie est un long fleuve tranquille), ce roman tient le lecteur en haleine au moyen de différents facteurs : une famille totalement déjantée tout d'abord, aux doux prénoms de suicidés (!!!). Un thème qui ne l'est pas moins : Teulé ose tout et mettre en scène le passage de vie à trépas ne lui fait pas peur. Des descriptions cocasses, entre sorcellerie et inventions carnavalesques, on se régale de lire toutes les techniques que les clients viennent chercher pour mettre fin à leurs jours et on en oublie que le but est critique.
Le petit grain de sable dans l'engrenage de cette famille ? Alan, le petit dernier, venu au monde parce que ses géniteurs testaient les préservatifs troués. Ils sont punis puisque cet ovni est positif au possible, toujours joyeux et optimiste pour leur plus grande désolation.
Bien entendu, ce livre se lit à plusieurs degrés, ce qui permet de mieux en comprendre la fin. Je sais qu'il a été décrié mais j'avoue ne pas trop comprendre pourquoi. Lorsqu'on connaît le style de Teulé, rien ne choque. Et on s'attend toujours aux petites phrases assassines qui, personnellement, me mettent dans le même état que le petit Alan...


Extrait :


- Je vous parle de ça, reprend Lucrèce, parce que je vous voyais tout à l'heure lever les yeux vers la frise de petits tableaux, tous à la même taille, que nous accrochons au mur, côte à côte sous le plafond.
- Pourquoi représentent-ils chacun une pomme ?
- A cause de Turing, justement. L'inventeur de l'ordinateur s'est suicidé d'une drôle de manière. Le 7 juin 1954, il a trempé une pomme dans une solution de cyanure et l'a posée sur un guéridon. Ensuite, il en a fait un tableau puis il a mangé la pomme.
- Sans blague !
- On raconte que c'est pour cette raison que le logo d'Apple représente une pomme croquée. C'est la pomme d'Alan Turing.
- Oh ben ça... au moins je ne mourrai pas idiote.
- Et nous, poursuit Lucrèce qui ne perd pas le sens du commerce, à la naissance de notre cadet, nous avons confectionné ce kit de suicide.
- Qu'est-ce que c'est ? S'approche la cliente intéressée.

Mme Tuvache lui fait l'article :

- Dans cette pochette plastique transparente, vous voyez que vous avez une petite toile montée sur châssis, deux pinceaux (un gros, un fin), quelques tubes de couleurs et bien sûr la pomme. Attention, elle est empoisonnée !... Et ainsi, vous pouvez vous tuer à la manière d'Alan Turing. La seule chose qu'on vous demandera, si vous n'y voyez pas d'objection, c'est de nous léguer le tableau. On aime bien les accrocher, là. Ça nous fait des souvenirs. Et puis, c'est joli toutes ces pommes alignées sous le plafond. Ça va bien avec le carrelage de Delft au sol. On en a déjà soixante-douze. Quand les gens attendent à la caisse, ils peuvent regarder l'expo.

C'est ce que fait la grosse cliente :

- Il y en a dans tous les styles...
- Oui, certaines pommes sont cubistes, d'autres presque abstraites. La pomme bleue, ici, était celle d'un daltonien.
- Je vais vous prendre ce kit de suicide, soupire la grosse dame au cœur battant une marche funèbre. Ça complétera votre collection.

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MessageSujet: Mangez-le si vous voulez   Mer 26 Aoû 2015, 18:16




Quatrième de couverture :

Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune Périgourdin intelligent et aimable, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin.
Il arrive à destination à quatorze heures.
Deux heures plus tard, la foule devenue folle l'aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.
Pourquoi une telle horreur est-elle possible ? Comment une foule paisible peut-elle être saisie en quelques minutes par une frénésie aussi barbare ?
Ce calvaire raconté étape par étape constitue l'une des anecdotes les plus honteuses de l'histoire du XIXe siècle en France.



Mon avis :


Âmes sensibles s'abstenir ! Ce roman est d'une violence... il donne presque la nausée. Mais attention, ce n'est pas la faute de l'auteur. Non, c'est surtout de penser que cette histoire est réelle. Le village de Hautefaye a, en effet, été le lieu d'une innommable barbarie. A l'heure actuelle, il y a encore une certaine honte. Une stèle commémorative ne sera d'ailleurs installée qu'en 1977, soit plus de cent ans après les faits...

Mais revenons un peu sur le déroulement : Nous sommes le 16 août 1870, un mois après la déclaration de guerre de la France à la Prusse. Les villageois, en ce jour de foire annuelle, commencent à apprendre que des défaites françaises ont eu lieu. Un des leurs vient de perdre son fils, mort glorieusement pour la Patrie. Le jeune Alain de Monéys, aristocrate en charge d'un domaine, se rend à la foire. Il trouve son cousin, Camille de Maillard, résume et commente les nouvelles, allant jusqu'à lâcher : « L'empereur est foutu. Il n'a plus de cartouches. » Son ton arrogant ne plaît pas. Il effraie la population. Aussi, on l'accuse d'avoir crié « Vive la Prusse ! » Le voyant poursuivi, Alain demande ce qu'il se passe et veut le défendre. Mal lui en prend :

- Eh bien, mes amis, que se passe-t-il ?...

- C'est votre cousin, explique un colporteur. Il a crié : « Vive la Prusse ! »

- Quoi ? Mais non ! Allons donc, j'étais auprès et ce n'est pas du tout ce que j'ai entendu. Et puis je connais assez de Maillard pour être bien sûr qu'il est impossible qu'un tel cri sorte de sa bouche : « Vive la Prusse »... Pourquoi pas « À bas la France ! » ?

- Qu'est-ce que vous venez de dire, vous ?

- Quoi ?

- Vous avez dit « À bas la France »...

- Hein ? Mais non !

- Si, vous l'avez dit ! Vous avez dit « À bas la France ».

Voici donc le point de départ du calvaire que va endurer par la suite Alain. Les villageois, rendus fous furieux par une haine insatiable vont le pourchasser et lui faire subir les pires tortures. Seuls trois ou quatre amis vont essayer de faire entendre raison, en vain, à cette horde déchaînée. On ne le reconnaît plus, lui qui était pourtant membre du conseil municipal et premier adjoint. On ne voit en lui qu'un Prussien, LE Prussien, celui qui va devoir payer pour le sang versé par leurs fils ou leurs pères. Teulé prend la peine, à chaque début de chapitre, de faire un croquis afin de nous montrer, suivant le déroulement des actes, où se trouve Alain. Ceci ressemble presque aux stations du Christ. Mais le pauvre homme ne finira pas sur la croix mais sur le bûcher, jeté à demi-mort dessus pour une ultime épreuve. Comble de la barbarie, les villageois feront couler sa graisse sur des tartines de pain et vont s'en délecter sauvagement et avidement. La femme de l'instituteur ira jusqu'à manger les parties intimes du supplicié, ce qu'elle appellera « les bonbons du baptême ». Quant au titre, « mangez-le si vous voulez », il vient de la phrase qu'aurait prononcé le maire.

Bizarrement, tout retombe soudain comme un soufflé (si j'ose employer cette métaphore culinaire). Le corps carbonisé du pauvre homme est mis entre deux draps dans l’Église. Le lendemain, les villageois semblent sortir de leur torpeur, comme s'ils se réveillaient d'un mauvais rêve. Mais toute une journée d'inhumanité, de barbarie sans nom laisse des traces. Bien entendu, ils seront jugés. Mais il est difficile d'instruire l'affaire... comment condamner tout un village ? On prend alors les cas les plus importants, les meneurs. Quatre seront condamnés à mort, neuf aux travaux forcés (dont un à perpétuité), six à la prison et un, âgé de 14 ans, à la maison de correction jusqu'à ses 21 ans.

Les esprits chagrins et chafouins (cela va de pair en général) m'argueront qu'un tel sujet ne pouvait que plaire à Jean Teulé, qui se complaît souvent, par son style cru et enlevé, dans les descriptions des pires abominations. Certes. Mais en attendant, j'ai appris ce fait réel grâce à son livre. On ne l'enseigne pas (ou plus ?) dans les manuels d'Histoire, et pour cause....




Extrait :



Tout le monde se tord de fou rire. C'est long à brûler, un homme. Le soleil couchant s'effondre et pleure du sang. C'est fatal et tout le reste. Et les cendres éparpillées de cet être calciné, là et puis là et aussi là-bas, vont au vent qui les envole. Elles se glissent également sous les semelles de ceux qui s'éloignent, essuyant leur bouche luisante d'un revers de manche et satisfaits :

- Trop de Prussiens en Lorraine pour qu'on ait pu en supporter dans le bourg ! En voilà un qui brûle. Je crois que nous avons montré l'exemple.

Un autre, à côté, déclare :

- Je me fais gloire d'avoir lancé quatre coups de bâton dans les dents, et qui portaient bien, à ce de Monéys.

- À qui ?

- Au Prussien.

- Ah oui, moi aussi, je ne l'ai pas loupé, le Prussien.

À ceux qu'ils croisent, ils révèlent :

- Vous vous êtes privé d'un fameux rôti ! Il avait du gras comme trois truies, le Prussien. Il nous aurait bien fait la semaine !

Face à l'homme-ratier, au bord de la gerbe en les entendant donner des détails culinaires, les cannibales s'esclaffent :

- Oh, fais pas ton sucré, toi ! Tu manges bien du rat et du vieux en plus !

- Mais... c'était Monsieur de Monéys.

- Hein ?...

Le souffle de leurs haleines graisseuses, sur une épaule saupoudrée, projette un résidu de la combustion du fils de Magdeleine-Louise et Amédée de Monéys qui monte dans le ciel et file au sud. Ce soir, la lune est délétère. Des bagarres de feuilles en déroute tournoient sur le chemin qui mène à Bretanges. Un jeune homme, lanterne au poing, court vers la demeure encore loin. Une faible mère inquiète y est à la fenêtre ouverte du salon. Malgré la nuit, la chaleur reste égale. Elle rabat le couvercle du piano et découvre, au-dessus de Hautefaye, un filet de fumée qui moutonne dans la nuit étoilée. Le claquement des semelles de celui qui court – domestique Pascal – fait le bruit d'une averse sur la poussière. La mère s'en étonne :

- Pourquoi va-t-il si vite alors qu'il fait tellement chaud ?

- Madame de Monéys ! Madame de Monéys !

Pascal entre en trombe dans la maison du XVIe siècle :

- Alain, il a été...

Un cri terrible déchire tout le paysage et la nuit.

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MessageSujet: Charly IX   Mer 26 Aoû 2015, 18:23




Résumé :


Charles IX fut de tous nos rois de France l'un des plus calamiteux.
À 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint-Barthélémy, qui épouvanta l'Europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses.
Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous.
Pourtant, il avait un bon fond.



Mon avis :



Pauvre Charles IX ! Accéder au trône de France lorsque l'on est âgé de dix ans, voilà qui a de quoi traumatiser. Même si la régence est confié à sa mère, Catherine de Médicis, celle-ci ne va pas le ménager. Charles devient l'héritier de la couronne dans une période troublée : les guerres entre protestants et catholiques font rage. Catherine tentera de signer une paix entre les deux partis en faisant épouser sa fille Marguerite, avec un protestant, le futur Henri IV. Cependant, les huguenots sont encore trop violents et trop importants à ses yeux. Après l'attentat de ces derniers contre Coligny, elle tente de convaincre Charles IX, âgé alors de 22 ans de les éradiquer. Teulé met en relief l'atmosphère tendue.

Catherine va pousser son fils dans ses retranchements jusqu'à temps qu'il accepte et ordonne le massacre, cette boucherie dont il ne se remettra jamais. On sent bien l'être fragile qui souffrira de la préférence de sa mère envers le futur Henri III qu'elle appelle « ses chers yeux ». Catherine apparaît ici comme une maîtresse-femme qui sait ce qu'elle veut. Puissant stratège, elle fait fi de tout lien maternel. La couronne avant tout. Peut-on / doit-on lui en vouloir ? Le fait est qu'elle détruira ce fils qui n'avait besoin que d'une chose : être considéré. On le voit bien d'ailleurs dans ses relations avec les femmes. Il sera à la recherche de cet amour maternel qui lui a tant fait défaut.

Avec brio, Jean Teulé va faire rentrer le lecteur dans ce siècle et, surtout, dans cette période où il ne fait pas bon vivre et lui faire partager les sentiments et ressentiments des personnages. La lecture est aisée et agréable. On apprend énormément. Et même si, quelquefois, le sourire l'emporte, notamment en imaginant ce pauvre Charles, devenu fou, faire sa chasse à courre dans le palais, on plaint le plus souvent ce pauvre être naît à une mauvaise période.




Extrait :


Catherine de Médicis tente de faire comprendre à son rejeton royal qu'il doit accepter le massacre des protestants :


- Les huguenots Navarre et Condé devront être protégés, reine Catherine, rappelle le garde des Sceaux, de par leur appartenance à la descendance de Saint Louis...

- À condition que ces princes de sang abjurent leur religion hérétique ! exige la reine mère. Et ce sera à toi, Charles, de les en sommer. Dague sous leur gorge, tu devras demander : « Mort ou messe ? »

- Et s'ils préfèrent les prêches ?

- Tu les tues.

- Ventre-de-loup ! jure le roi que cette perspective n'enchante pas du tout. C'est une chose que je ne pourrai faire.

La langue de Catherine claque, intransigeante, entre ses dents :

- Un roi peut ce qu'il veut ! Et maintenant tout est suspendu à ton ordre : on le fait ou on ne le fait pas ?

Charles IX ressent dans les oreilles un bourdonnement d'abeilles.

- Agis comme tu veux, mamma. C'est ta décision...

- Ma décision doit être légalisée par toi pour être applicable. C'est donc sur ton ordre seul qu'on peut agir. Dis : « Je le veux. »

Le roi se défend de plus en plus faiblement :

- Bon, bon... Ah non, jamais... oui, non, bon, oui, non...

Il cède en disant qu'il ne cèdera pas.

- Allez, Majesté ! l'encourage Nevers. Et puis comme on dit, hein : « Au hasard de la fortune de Mars ! »

- Dis : « Je le veux », répète la mère, sinon moi, dès cette nuit, je trousse mon paquet et fuis vers l'Italie avec Mes Chers Yeux et toi, tu te débrouilles en France où tu n'auras même plus un village pour te retirer ! C'est ce que tu veux ?

- Non, mamma... pleurniche son fils fragile.

Catherine se lève devant le flambeau qui brûle derrière elle. Il faut la voir, à contre-jour en ce lustre ! Le jeune roi se trouve rejeté dans l'ombre gigantesque de sa mère, descendante de Laurent le Magnifique, qui lui lance :

- Alors dis : « Je le veux » si tu souhaites que je reste.

- Je le veux... murmure Charles d'une voix à peine audible.

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MessageSujet: Darling   Mer 26 Aoû 2015, 18:28





Quatrième de couverture :



Elle voulait qu'on l'appelle "Darling". Elle y tenait !
Pour oublier les coups reçus depuis l'enfance, les rebuffades et les insultes, pour effacer les cicatrices et atténuer la morsure des cauchemars qui la hantent.
Elle voulait que les autres entendent, au moins une fois dans leur existence, la voix de toutes les "Darling" du monde.
Elle a rencontré Jean Teulé. Il l'a écoutée et lui a écrit ce roman.
Un livre unique.
Derrière l'impitoyable lucidité de son humour, Jean Teulé célèbre le flamboyant courage de celles qui refusent de continuer à subir en silence la cruauté imbécile de la vie et des autres.



Mon avis :



Voici un roman de Jean Teulé un peu particulier. Entre biographie et interview fictive, il fait ici le récit de Catherine Nicolle, jeune femme qui a subi tout au long de sa vie les aléas vertigineux de l'existence. Rejetée par ses parents, des paysans se préoccupant plus de leurs deux garçons que de cette dernière bouche inutile à nourrir, la petite ne rêve que d'une chose : épouser un routier. Elle exècre l'agriculture, déteste le parfum des fleurs, au point d'en dessiner, telles des peintures rupestres, avec son sang menstruel sur les murs de sa chambre. Pourtant, Catherine aurait pu être heureuse : un couple sympathique, Chantal et Bernard Clément, tenant une boulangerie-pâtisserie, l'avait prise comme apprentie. Elle aurait pu avoir un bon métier. Le fils Blandamour, Vincent, en était raide dingue, prêt à l'épouser. Mais tel Perceval et le Graal, celle qui voulait qu'on l'appelle Darling n'a pas su saisir sa chance. L'appel des camions était plus fort que tout et lorsqu'elle trouva son Roméo, Joël Épine, elle s'empressa de le suivre. Éternel recommencement, elle eut à subir avec lui le pire : coups, viol, perversions sexuelles etc... La pauvre Catherine devint la victime quotidienne de ce routier qui, très vite, arrêta de travailler et sombra dans l'alcool et la violence en découlant. Et même lorsqu'elle le quitta, lorsqu'elle retrouva l'amour, la chance lui passa à côté...

Âmes sensibles s'abstenir ! Ce texte est non seulement poignant mais violent. Il vous remue jusqu'aux tripes, ne vous laissant aucun répit. La vie de Catherine vous impose la nausée. Entre cruauté et perversion, la pauvre avait peu de chance de s'en tirer. Un troublant hommage à toutes celles qui vivent l'enfer au quotidien.



Extrait : 


- On dit souvent que pour une femme, le plus beau jour de sa vie, c'est celui de son mariage. Eh bien, c'est des conneries ça.

Le samedi 17 mai 86, à quatorze heures trente, lorsque Darling est arrivée à la mairie, sa mère Suzanne, habillée en fermière, parlait à tout le monde :
- Vous savez que ma fille est une morue ? Si, si, je vous assure ? Il n'y a que le train qui ne lui est pas passé dessus ! Ah ça, j'ai beaucoup plus de satisfaction avec mon fils aîné...
Sur la place d'Heurleville, les invités endimanchés étaient tous très gênés. Mais Suzanne – mouche à merde – virevoltait de groupe en groupe et débitait la même rengaine dans un petit rire de fourmi :
- Vous savez que ma fille est une morue ? Si, si, je vous assure ? Il n'y a que...
- Tiens, v'là la putain ! dit Georges, les deux mains dans ses poches, en tenue de maquignon comme s'il allait visiter une étable.
Darling, enceinte de presque cinq mois, arrivait au bras de Joël au milieu de la place ensoleillée. Le docteur Coligny, debout sur les marches de la mairie, tapa dans ses mains :
- Allons, allons, puisque les tourtereaux sont là, on va pouvoir commencer ! C'est que, derrière, il y a le curé qui vous attend aussi...
Darling s'approcha de son père.
- Tu me prends le bras, papa ? C'est la tradition.
- Non. T'as voulu ça comme mari alors maintenant, tu te démerdes avec.

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MessageSujet: Les lois de la gravité   Mer 26 Aoû 2015, 18:30




Quatrième de couverture :


Dans trois heures, le lieutenant Pontoise pourra quitter son commissariat.
A cet instant précis, une femme entre dans le commissariat désert et demande a être arrêtée. Dix ans plus tôt, elle a poussé son mari par la fenêtre de leur appartement du 11e étage. Sadique, irresponsable, il la battait, elle et ses enfants. Elle a prétendu qu'il s'agissait d'un suicide et comme son mari sortait d'un hôpital psychiatrique après avoir plusieurs fois tenté de se tuer, tout le monde l'a crue.
Elle veut se dénoncer avant minuit parce qu'elle a des remords et que le lendemain son crime sera prescrit. Le lieutenant Pontoise n'en croit pas ses oreilles. Il se refuse absolument à arrêter cette femme. Pendant quelques heures, la meurtrière et le policier vont s'affronter avec une violence rare.



Mon avis :


Tous ceux qui n'aiment pas cet auteur pour son langage cru ou la violence des images devraient, à mon avis, commencer par ce roman.
Celui-ci se déroule pratiquement à huis-clos. Jimmy, homme antipathique, violent, battant comme plâtre sa femme, de dix ans plus jeune que lui, et ses trois enfants, est sorti de l'hôpital, la veille, pour une tentative de suicide aux barbituriques. Loin d'être calmé, lorsqu'il réintègre son appartement, il insulte sa femme et lui demande de l'argent. Devant le refus de cette dernière qui ne peut pas répondre à son attente (simple factrice, elle se bat seule pour payer le loyer, nourrir ses enfants), celui-ci menace une nouvelle fois de se suicider en sautant par la fenêtre, l'appartement étant situé au onzième étage. Que se passe-t-il alors dans la tête de son épouse ? Elle lui dit de sauter et le pousse alors qu'il était en équilibre précaire sur le rebord de la baie vitrée. La police en arrive très rapidement à la thèse du suicide est l'affaire est close.

Oui mais voilà.... la veuve a sa conscience qui la travaille. Elle a même l'impression que ses enfants, Jennifer, Cédric et David se doutent de quelque chose et lui en veulent. N'en pouvant plus, elle décide d'aller se rendre. Au commissariat, on lui dit de revenir le lendemain. Elle aurait pu réfléchir encore un instant, mais son honnêteté reprend le dessus. Le lendemain, elle retourne donc se livrer. C'est le lieutenant Gilles Pontoise qui la reçoit. Elle n'a que jusqu'à minuit pour donner ses aveux. Tout aurait dû bien se passer mais c'était sans compter sur les sentiments éprouvés par l'officier...

Je le disais, ce roman est beaucoup plus en retenue que les autres. Bien entendu, il s'agit d'une fiction. On ne peut donc pas faire référence à un évènement précis. En revanche, le lecteur est torturé par les remords de cette bonne femme qui tente à corps et à cris de clamer sa faute.

Du Teulé d'un autre style !


Extrait :


- Tu veux sauter ? Eh bien, vas-y.
Ses bras enveloppés de laine se tendirent. Ses mains se posèrent sur le pantalon. Elle le poussa dans les jambes. Elle sentit le tissu quitter ses paumes, la chaleur du corps de son mari s'éloigner de ses doigts...
Puis ses mains se retournèrent brutalement d'elles-mêmes comme des serres contre son propre visage, lui cachant les yeux, et elle recula, recula sous leur poussée, jusqu'au mur de la salle à manger opposé à la fenêtre où elle vint se cogner le crâne.
Entre la porte du couloir menant aux chambres des enfants et celle, entrebâillée, donnant sur le lit conjugal, sous une photo encadrée, la femme, mains écrasées contre son visage, était en apnée.
Elle n'entendit pas le choc de réception du mari sur la dalle en béton du parking, mais bientôt le murmure du brouhaha d'un affolement en bas monta jusqu'à ses tympans.
Elle s'en assit sur un tabouret.
Elle eut ensuite envie de descendre, de dévaler l'escalier en criant : "Mais qu'est-ce que j'ai fait ?" Elle eut aussi envie de se jeter elle-même par la fenêtre mais elle avait peur, elle avait tellement peur et pensa aux enfants.

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MessageSujet: Longues peines   Mer 26 Aoû 2015, 18:32





Quatrième de couverture :


Enfermé entre quatre murs, qu'on soit prisonnier ou maton, la vie est presque la même. Pour tenir, il faut pouvoir s'évader, s'échapper de cet ennui poisseux. Certains abusent des humiliations, d'autres perdent pied, d'autres encore s'inventent des histoires d'amour. Dans cette maison d'arrêt, un petit monde se crée avec ses règles et ses rituels, en attendant le jour de la libération ou de la retraite. Des histoires de dingues, des histoires tendres, des histoires vraies.



Mon avis :



Encore une belle réussite du Sieur Teulé qui met ici en scène tout l'univers carcéral. Rien ne lui échappe, pas le moindre petit détail, et peu importe si le lecteur a le sentiment d'étouffer. Bien au contraire.

Comme à son habitude, c'est avec un franc parler et un style cru que Teulé va passer à la moulinette tous ceux qui gravitent dans ou autour de cet univers. Les prisonniers sont regardés à la loupe : du voleur au pédophile chez les hommes, différentes catégories de meurtrières chez les femmes. Les surveillants pénitentiaires ne sont pas exclus de l'histoire, du novice au vieux de la vieille (non exempt de faute d'ailleurs). Quant au directeur de la prison et sa femme, ce sont deux personnages qui haut en couleurs.

Tout y est : le parloir, les promenades, les douches et le danger de s'y faire abuser sexuellement, les différents manques (de sexe notamment), le courrier et les différentes correspondances...

Teulé ne censure rien et le lecteur profitera de tout : les peines, les souffrances, la folie s'installant insidieusement... Bref, l'horreur humaine concentrée.

À lire absolument !




Extrait :



Le nouveau cocellulaire de la cent huit, assis sur le lit de droite, aurait dû être surpris par ce qu'il entendait, mais Pierre-Marie Popineau semblait indifférent à tout, même à sa lèvre tuméfiée, même à ses côtes fêlées...
Kaczmarek, beau grand mec blond et athlétique allongé sur le dos, doigts croisés sous la nuque, tourna la tête vers Popineau - soixante-deux ans :
- Bon, qu'on t'affranchisse tout de suite, vieux. Lui, à la fenêtre, il a sans doute coulé trois femmes dans le béton. Moi, j'ai rendu une fille hémiplégique et tué son mec à coups de poing la veille de leur mariage. Et toi ?
Apprenant les délits commis par ses jeunes cocellulaires, Popineau, effaré, a regardé vers la porte pour s'enfuir. Comme elle était close et sans serrure, il a tourné la tête vers la fenêtre. C'est alors que Kaczmarek découvrit le pansement à l'oreille gauche de Pierre-Marie :
- Ah, d'accord, c'est ça... Alors toi, ici, vieux, tu vas pas t'amuser...
Popineau s'en était aperçu. Arrivé il y a moins d'une heure, il s'était déjà fait trancher l'oreille, battre dans la cour et jeter par-dessus la rambarde des coursives.


- Pourquoi, Benoît ?
- C'était un pédophile.
- Comment les détenus de la cour l'ont-ils su ?
- Son oreille... Quand plutôt que de conduire un nouvel incarcéré vers sa cellule, Bailhache l'amenait directement avec son paquetage chez le coiffeur, celui-ci n'avait pas besoin d'explications, il savait ce que ça voulait dire, ce qu'il devait faire. Il le marquait à l'oreille comme une bête destinée à l'abattoir. Et alors là, pour lui, la corrida pouvait commencer. Ça le dénonçait auprès des autres.

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MessageSujet: L’œil de Pâques   Mer 26 Aoû 2015, 18:35




Quatrième de couverture :


Le centre du monde est à Calais entre les falaises de craie et le trou dans le Channel. Le centre du monde où passent des orbites de planètes bien humaines.
Pâques, beauté métisse venue d'Inde joue le rôle du soleil. Chacune lui tourne autour attiré par sa chaleur. Depuis la nuit des temps, ces planètes sont appelées à se percuter pour faire jaillir des gerbes de bonheur lilas. Et pour que ce bonheur advienne un crime doit être commis.




Mon avis :


Attention, ce polar décoiffe ! Au premier abord, on se dit qu'on s'est trompé, que ce n'est pas l'auteur du Montespan ou du Magasin des suicides qui a écrit ça, mais un grand malade qui aurait usurpé l'identité de cet auteur en consommant ce fameux LSD si présent dans le bouquin, représenté par la chanson Lucy in the Sky with Diamonds. Mais la fascination est telle que l'on entre dans ce roman à petits pas et que les pièces du puzzle commencent à s'imbriquer au fur et à mesure des chapitres pour finir par donner tout son sens au titre. Car là, il faut quand même s'accrocher ! Pâques, cette jeune fille indienne atteinte d'une légère difformité (un oeil rose sans iris, sans pupille) à partir de laquelle toutes les ramifications partent et reviennent, tisse la toile de la trame. Pâques, qui n'a rien à voir avec l'île, bien qu'étant un élément totem dans ce roman, autour duquel vont graviter toutes les histoires. Pâques qui est peut-être la nouvelle Eve, la représentation même de cette terre au profil si apocalyptique...

J'ai parlé de polar mais ce n'est évidemment pas un classique du genre. Seul élément basique : un meurtre. La façon de mener l'enquête surprend. En même temps, si Teulé se mettait à faire un bon gros polar, ce ne serait plus du Teulé, n'est-ce pas ? Le lecteur est donc embarqué dans un voyage temporel partant de 15 millions d'années avant le crime à nos jours.

Ce bouquin est totalement farfelu, déjanté, mais croyez-moi, il fait passer un agréable moment. Alors, ouvrez l’œil (oui, c'était facile mais je n'ai pas pu m'en empêcher !)...



Extrait :


Amédée Ponte indique le corps de M.A Lucy Channel.
- Elle a eu un accident.
- Ben oui, je vois. Elle est toute bleue. A moins que ce ne soit un Schtroumpf, ce n'est pas sa couleur naturelle. Ha, ha !... Oh ! Et puis, dites donc, elle a le crâne percé d'un tunnel. Elle est défoncée comme moi. Raide défoncée, la naine... Autopsie ! La vie de cette femme est passée...
- Ben, curieusement, pas encore.
- Ah bon ? Madame ? Vous n'êtes pas morte ?
- Aaah...
- Qui a fait fleurir cette orchidée de chairs relevées sur votre crâne ?
- Le in-in !
- Quoi ? Hein ? Le... vilain ? Je ne vous demande pas un avis. Je vous demande son nom.
- Le in-in !
- Le vilain. Bon. C'est une conne.
- Non. Maintenant, c'est une morte.
- De quoi, docteur ?
- Overdose de tabouret. Regardez-la, avec son pauvre visage prognathe et déchiré? Vous ne trouvez pas qu'elle ressemble à une australopithèque ?
- Rien à foutre, baby-foot !
- ... Et puis, ce lustre en fausses pierreries, au-dessus de son lit. On dirait qu'elle est sous un ciel de diamants...
- Elle s'appelait comment ?
- Lucy. C'est une anglaise...
- Lucy in the sky with dia-amonds !... Comme la chanson ?
- Quelle chanson ?
- Lucy in the Sky with Dia-amonds !... L, S, D... Vous comprenez l'astuce ?

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MessageSujet: Bord Cadre   Mer 26 Aoû 2015, 18:37






Quatrième de couverture :


Un atelier de peinture fut le théâtre de leur coup de foudre. A quarante et cinquante ans passés, Marc et Léone n'y croyaient plus. Il n'y avait que l'art pour les réunir ainsi, miraculeusement. L'art et, leur ami Sainte-Rose, plasticien génial et entremetteur subtil. Or, Sainte-Rose ne hait rien tant que les belles histoires. Les belles histoires et le peintre Watteau, chantre des amours harmonieuses. Ce qu'il a fait, il peut le défaire. Il doit le défaire, pour son œuvre. Insidieusement, le bon maître offre à Marc, romancier de son état, un sujet en or : une histoire d'amour qui commencerait comme la leur. Et qui finirait mal, très mal. Voilà Marc et Léone engagés dans un dangereux jeu de rôles, créateur de désastre. Auteurs de leur propre vie, ils ont désormais le choix d'en faire une bluette, ou une tragédie...



Mon avis :



Lorsque je lis un roman de cet auteur, je ne fais pas attention à la chronologie. En revanche, je fais attention au style. Et je remarque que les deux derniers romans (dans mon ordre de lecture, hein, vous suivez toujours ?) ont une écriture qui ne ressemble en rien aux autres. Exit le style percutant qui vous prend aux tripes et bonjour la retenue, la pudeur. Ne cherchez donc pas dans Bord Cadre les vulgarités, il n’y en a pas (ou presque… oh eh, si ça dérange tant, il faut lire autre chose !) L’histoire de ce peintre, Sainte-Rose, qui manipule les sentiments amoureux afin d’en faire un tableau est à la fois empreinte de poésie et de cruauté. Poésie car il va faire se rencontrer deux amis qu’il a en commun, Marc, un écrivain qui va soudain, grâce à lui, retrouver l’inspiration et Léone, en mal d’amour. Cruauté car ce ne sont pas les sentiments qui intéressent le peintre mais bien le regard d’un être humain face à la séparation. Et Sainte-Rose ira donc jusqu’au bout pour arriver à ses fins, quitte à tout détruire.

Même si le style est différent, on retrouve tout de même la « patte » de Teulé dans cette espèce de perversité humaine qu’il sait dépeindre avec brio. Certes, ce texte reste imaginaire, mais les valeurs morales, elles, sont bien réelles et elles en prennent un sacré coup pour permettre à ce peintre fantasque de donner son dernier trait de pinceau.



Extrait :



Sainte-Rose était devenu célèbre grâce à cette longue série de tableaux cruels. Il en avait d’exposés dans presque tous les musées d’art moderne du monde, les vendait à la douzaine. Mais là, depuis quelques années, il avait changé de sujet. Il s’attaquait aux humains.
- Les fœtus de canards, c’était pour me faire la main.
Il avait remplacé les coquilles par des canapés en cuir rouge cloutés de cuivre – des meubles d’antiquité. Quant à ses personnages, assis aussi sur des bergères à confessionnal ou des duchesses à bateau, il les représentait, seuls, le corps à la torture dans des poses lugubres. On aurait dit des fantômes de fontaines. Ils semblaient être la proie d’eux-mêmes.
Mais de son ancienne manière, il avait quand même gardé un détail : tous les modèles du peintre étaient représentés avec des yeux de fœtus de canards morts. C’était là sa marque de fabrique, son cachet faisant foi.
C’étaient donc des hommes hantés sur des canapés, des chaises ottomanes. Il y avait aussi des femmes seules, assises sur des lits de repas. Alors tous les tableaux de Sainte-Rose semblaient être, dans son atelier, un dialogue de miroirs abandonnés.
Sur un monumental chevalet inondé par la lumière des verrières, une toile inachevée représentait une femme habillée.
Tout à l’heure, il accentuait l’éclat d’un reflet de corsage lorsque le fax, à côté, a tiré vers le peintre une langue de papier – la préface pour le catalogue de sa prochaine expo à Cologne.
Il l’avait lue une première fois en faisant crisser sous ses doigts sa très courte barbe blanche puis il était allé nettoyer ses pinceaux. Il entreprit ensuite de la lire une seconde fois : « Il n’y a pas de limites à la mélancolie humaine et la peinture de Sainte-Rose est à placer sur la pyramide des larmes… »

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MessageSujet: Fleur de tonnerre   Mer 26 Aoû 2015, 18:40




Fleur de tonnerre, surnom donné par ses parents, se nomme en fait Hélène Jégado. En bonne Bretonne, elle est nourrie des légendes et mythologies celtiques. Il en est une cependant qui va déterminer toute son existence, et croyez-moi, le mot n'est pas trop fort : celle de l'Ankou. Était-elle déjà fragile psychologiquement ? L'Histoire ne nous le dit pas mais le fait est qu'Hélène va se croire investie d'une mission : elle sera l'Ankou ! Et quoi de mieux pour tuer un maximum de personnes que d'être cuisinière ?

Une fois de plus, Jean Teulé s'intéresse à une personne ayant marqué l'Histoire pour en faire une biographie romancée. L'écriture est toujours très agréable et j'ai avalé ce roman en très peu de temps. L'histoire (avec un petit 'h' cette fois) fait froid dans le dos et on se demande encore comment cette empoisonneuse a pu tuer autant de personnes sans que personne ne lève le petit doigt ! Il faut dire qu'elle avait des alliées de poids : en ce XIXe siècle, les épidémies de choléra faisaient rage...

Comme il s'agit ici d'une biographie romancée, Jean Teulé joue, bien entendu, avec les pensées et sentiments de ses personnages, qu'il s'approprie avec brio, comme à son habitude (vous le savez, j'en suis fan - donc peu objective - mais quand même...). Il conviendra donc de déceler le réel de l'imaginaire, sachant quand même qu'il se base sur bon nombre de documents.



Extrait :


- Ah mais ne cueille pas ça, Hélène, c’est une fleur de tonnerre. Tiens, c’est ainsi que je devrais t’appeler dorénavant : « Fleur de tonnerre » ! Ne tire pas sur cette tige non plus, c’est celle d’une fleur à vipère. On raconte qu’une femme qui en avait confectionné un bouquet est devenue venimeuse et que sa langue s’est fendue en deux. À sept ans, est-ce que tu vas finir par comprendre ça ?! Ne cours pas, mollets nus, vers ce champ, les pétales de coquelicot sont suceurs de sang, et ne marche pas là-dedans, tu vas souiller tes sabots, fleur de bouse ! Ne porte pas ces brillantes boules noires à tes lèvres, les baies de belladone sont poison mortel. Oh, avoir une fille comme toi !... C’est qui, celui-là au loin, venant sur la lande ? On ne le connaît pas. Et derrière lui, les roues en l’air près d’un petit bonhomme, ce n’est pas la karriguel de l’Ankou au moins ? File nous chercher deux aiguilles, ouste, Fleur de tonnerre !
Après avoir écouté ce discours maternel articulé en dialecte celtique, Fleur de tonnerre – très jolie petite Hélène blonde décoiffée comme un pissenlit et aux pattes maigres sous son jupon violet – cavale, sabots dans une mare où pourrissent des ajoncs et des pailles, vers une misérable ferme couverte de chaume et aux murs en pierres sèches.

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MessageSujet: Héloïse, ouille !   Mer 26 Aoû 2015, 18:43





Monsieur Teulé, je suis déçue. Il n'est pourtant pas dans mes habitudes de l'être lorsque je lis un de vos romans. Je serais même plutôt une de celles qui vous défendrait bec et ongles car j'aime votre style, votre humour. Mais là... Que vous est-il passé par la tête pour faire d'Abélard un pervers qui ferait rougir de honte Rocco Siffredi et d'Héloïse une vicelarde qui ferait peur à un prisonnier s'étant abstenu des années durant ? Mais enfin, si je veux lire un bouquin porno, je prends un bouquin porno. Là, sous la couverture (excusez le jeu de mots) "roman historique" se cache des pages et des pages de sexe à tout-va. Alors, oui, bien sûr, on retrouve votre humour, certes... La question du moine Fulbert à sa petite protégée, concernant les cours de son précepteur : "est-ce que ça rentre ?" est à retenir, de même que la réponse de cette dernière, fabuleuse : "Oui, oui, ça rentre. Plus facilement que cela aurait été avec d’autres en tout cas". Malheureusement, cet humour n'est que trop rarement présent à mon goût dans ce livre...

J'attendais bien mieux. Nul doute que vous vous rattraperez, Monsieur Teulé, du moins, je l'espère.

Extrait :


— Oh, vous savez déjà tout ça à dix-huit ans ? Je ne vous pensais pas aussi experte. Seriez-vous non seulement la fille la plus jolie, mais également la plus savante de France ? sourit le bientôt quadragénaire.
La main trop caressante d’Abélard remonte le long du bras de la filleule de Fulbert, lui masse une épaule et se perd sous la chevelure ondoyante qu’il empoigne doucement alors la nuque d’Héloïse bascule en arrière. L’élève qui paraît si sensible au charme, à la voix grave de cet homme, contemple aussi ses yeux très bleus. Cependant le maître dérouté par la scolare se ressaisit, retire brutalement sa pogne pour la croiser, crispée, avec l’autre dans son dos professoral qui se redresse :
— Afin que je découvre votre écriture, prenez ce pugillare destiné aux exercices et un stylus.
— Bon, mon stylet en os de volaille, s’interroge Héloïse, où est-il passé, lui ?
Elle cherche dans une boîte puis une autre et finalement le découvre dans la corne de vache excavée qui sert de réservoir d’encre, heureusement vide, fixée à droite du pupitre :
— Évidemment, je n’aurais pas cru l’avoir rangé là. Des fois, c’est assez surprenant.
— Ça y est ? s’impatiente en souriant le précepteur qui assiste à la scène. Choisissez un verbe à conjuguer.
La nièce du chanoine, sur une planchette d’ivoire portable enduite d’une fine couche de cire blanche, commence à inciser la pellicule molle à l’aide de l’extrémité taillée en pointe d’un os de poulet qui laisse ainsi apparaître le fond noir de la tablette. Creusant une première lettre bien dessinée, consciente du trouble qui règne dans sa chambre, elle propose :
— Le verbe « Aimer » par exemple. Amo, amas...  J’aime, tu aimes... Est-ce que je poursuis à la troisième personne ?
— Non, ce sera suffisant ! Je ferai avec, déclare Abélard.
Tandis que la scolare, après avoir retourné l’os de volaille du côté de la tête arrondie de l’articulation, se met à lisser la cire pour pouvoir récrire au même endroit, le précepteur lui soulève la main :
— N’effacez pas ça ! Sinon, vous prononcez le latin sans doute comme à Argenteuil plutôt qu’à la romaine...
Se penchant sur la gauche de la demoiselle dont il retient toujours en l’air la main qui écrivait, il approche son visage du sien et introduit une demi-phalange de pouce entre les lèvres d’Héloïse qu’il écarte au bord d’une commissure :
— Il faut bien ouvrir la bouche lorsqu’on dit le « A » d’Amo, j’aime...
A...mo, répète l’élève en sentant contre sa langue le pouce doux du maître qui le retire pour lui frôler la gorge pendant que ses lèvres s’approchent des siennes puis restent là, en suspension, si près. Les mains s’effleurent. Les peaux se touchent. Les souffles se mêlent. Et dans la chambre, ce ne sont plus des paroles mais des soupirs qu’on peut entendre.
— Ouh, là, là !

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Jean Teulé [XXe / XXIe s]
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