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  Micheline Bail [XXe / XXIe s ; Québec)

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Lydia
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MessageSujet: Micheline Bail [XXe / XXIe s ; Québec)   Sam 29 Aoû 2015, 18:52



Tome 1 : La chaise d'Alphonse




Micheline Bail, que je viens de découvrir, nous transporte, pendant ces quelques heures de lecture, au Québec dans les années 30. Eugénie vient de perdre son mari, Alphonse. La papeterie qui l'employait refuse de reconnaître l'accident et donc d'indemniser l'épouse qui a huit bouches à nourrir et attend un neuvième enfant. La paroisse accepte de lui venir en aide en lui demandant de mettre ses enfants à l'orphelinat en attendant de pouvoir leur offrir une vie décente. Comme si le deuil ne suffisait pas, cette nouvelle anéantit la veuve qui se jure qu'elle récupérera ses enfants coûte que coûte et reconstituera sa famille.

J'ai adoré ce roman dont j'ai tourné les pages frénétiquement, oubliant tout ce qui m'entourait pendant quelques instants. Eugénie est une femme combative, au courage qui force le respect. Le contexte historique donne une atmosphère à ce roman : crise économique, place des femmes dans la société... Des éléments réels viennent se mêler au virtuel comme la société de textiles par exemple (la Dominion). On a l'impression, en lisant ce livre, que l'on a fait un bond dans le temps. On veut aller aider Eugénie, rabattre son caquet au vicaire ou à certaines bonnes sœurs revêches qui ont caché leur amabilité dans la cornette !

Allez, je vous laisse, j'attaque le tome 2 sans tarder !




Extrait :


Eugénie servit aux deux religieux un café bouillant et une pointe de tarte à la farlouche, dont il lui restait encore un peu. Le jeune vicaire Saint-Hilaire et la sœur Sainte-Marie acceptèrent de bon gré, même s’ils n’étaient pas venus pour faire des civilités.
— Hum… dites-moi, madame Dumais, combien d’enfants vivants avez-vous ? fit bientôt le jeune ecclésiastique, tout en mastiquant ses dernières bouchées.
— J’en ai huit, monsieur le vicaire.
— Huit enfants. Prenez bonne note de cela, sœur Sainte-Marie.
La religieuse opina la tête en sortant sa plume et un bout de papier de sa petite mallette. Elle s’accouda à la table et commença à écrire.
— Et quel âge ont-ils ?
— Les deux plus vieux, Estella et Albert, ont quinze et quatorze ans. J’ai un fils de neuf ans, Wilfrid, une fille de huit ans, Marie-Blanche. Simone a sept ans, Germaine a quatre ans, et Lisa, trois ans. La plus p’tite, Rachel, a juste un an et demi. Et… j’suis encore enceinte, monsieur le curé.
— Ah bon ? dit celui-ci d’une voix glaciale. Cela nous fera donc non pas huit, mais bien neuf enfants vivants, n’est-ce pas ? Notez, notez, sœur Sainte-Marie.
Le jeune vicaire promena sur Eugénie un regard plus soutenu. Aucune chaleur ne s’en dégageait, et elle ressentit une soudaine envie de pleurer.
— Et de quoi croyez-vous pouvoir vivre, ma bonne dame ?
— À dire vrai, monsieur le vicaire, j’sais pas.
Sur ce, Eugénie fondit en larmes. C’étaient les premières depuis la mort d’Alphonse et leur flot imprévu fut impossible à contenir. C’était un véritable raz-de-marée.
Sœur Sainte-Marie se leva et lui tapota le dos.
— Allons, allons, ne vous laissez pas abattre comme cela, ma pauvre dame. Nous sommes là pour vous aider.
Elle se leva et servit un café qu’elle tendit à Eugénie.
— Buvez, cela vous calmera.
Cette dernière se tenait la tête à deux mains et émettait de longs sanglots surgis des tréfonds de l’âme. On aurait dit qu’elle ne parviendrait pas à s’arrêter.
L’homme d’église ne bougea pas et attendit que l’orage passe. Il en avait vu d’autres, des veuves éplorées, et on ne l’attendrissait pas si facilement. Il finit pourtant par s’impatienter et, refusant de tenir compte de l’état de sa paroissienne, il enchaîna précipitamment :
— Bon… Dites-nous maintenant si votre mari avait des économies, des propriétés, quelque chose sur lequel vous pourriez compter pour assurer votre survie à court terme.
Eugénie releva la tête, un peu honteuse de s’être laissée aller devant des étrangers, et elle tira un mouchoir de sa poche.
— Pas à ma connaissance, en tout cas, reprit-elle d’une voix lasse, en reniflant.
Elle se moucha bruyamment, puis réprima ses derniers sanglots.
— On n’a rien et on vit à loyer depuis toujours. Mon mari est mort des suites d’un accident du travail, et les patrons de la papetière, des Anglais, ont dit qu’ils étaient pas responsables de son décès.
— Que voulez-vous, fit le curé sur un ton de prêche, la vie ici-bas est parsemée de difficultés et, de toute façon, elle n’est que passage. Nous le savons tous, n’est-ce pas ?
Eugénie ne se sentit pas réconfortée par les paroles de l’abbé Saint-Hilaire. Car si la vie n’était que passage, se dit-elle, celui-ci s’avérait pas mal plus ardu qu’elle ne l’aurait souhaité.
La religieuse, au contraire, affichait un air désolé. On la sentait compatissante. Elle prit la tasse et la mit dans la main d’Eugénie.
— Buvez, buvez, ma pauvre dame, cela vous remettra.
Le sourire de la bonne sœur lui fut comme un baume. Une grande bonté en émanait.
— Donc, si je comprends bien, nous aurons bientôt neuf personnes de plus sur l’assistance publique, soupira avec une grimace entendue l’homme de Dieu, comme si l’argent nécessaire à leur entretien allait être tiré directement de ses propres goussets.
Eugénie se renfrogna. Elle se sentait coupable de leur déchéance subite, comme si c’était sa faute.

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MessageSujet: Le petit soldat (Tome 2)   Sam 29 Aoû 2015, 18:53


Tome 2 : Le petit soldat




Nous retrouvons avec plaisir toute la petite famille réunie. Eugénie a finalement réussi à rassembler tout son petit monde... enfin, presque. Car il manque Wilfrid, échappé de l'orphelinat et porté disparu. D'autres sont venus s'ajouter à la fratrie : Florence, l'amie de Marie-Blanche, orpheline ; Olivar, compagnon d'Eugénie ; Dina, fiancée d'Albert. Un beau jour, une lettre de l'enfant prodigue arrive. Le cœur de mère d'Eugénie bat la chamade. Son instinct lui avait bien dicté que son fils n'était pas mort. Cependant, sa venue va en contrarier plus d'un, d'autant plus qu'il déboule avec sa femme enceinte jusqu'aux dents !  En ces temps difficiles où tout est rationné, tout le monde va devoir faire un effort. Mais Wilfrid est bizarre. Il parle un charabia moitié anglais - moitié français que seul Albert, son frère, arrive à comprendre. Il n'a pas l'air de prendre soin de sa femme, très maigre, et encore moins du futur bébé. Sa violence et son penchant pour l'alcool aggravent son cas. Comme si la famille avait bien besoin de ça ! Mais la vie réserve des coups durs et semble s'acharner, parfois...

On ne s'essouffle pas à la lecture de ce deuxième tome. L'écriture est toujours aussi fluide et l'on tourne les pages à toute vitesse car on se met à la place d'Eugénie ou de Marie-Blanche. On suit les évolutions de chacun, les mariages, les naissances ou les morts. L'analyse sociologique est fine. Les personnages ont une véritable personnalité et apportent au lecteur une véritable connaissance des us et coutumes de l'époque. De plus, le québécois venant s'immiscer parfois au détour d'une phrase, cela apporte une pointe d'exotisme qui nous permet de nous évader.

À suivre...  




Extrait :



Ils étaient tous là : Olivar, Estella, Marie-Blanche, Florence, Germaine, Rachel et même Albert, qu’Eugénie avait averti en catastrophe. Simone était assise depuis des heures dans la chaise d’Alphonse, les yeux rougis et les traits bouffis par les larmes. Elle n’avait pas mangé et elle refusait obstinément d’ouvrir la bouche. Charlotte et Jacinthe, habituées de se faire bercer après le souper par tante Simone, avaient été repoussées par elle sans explication. Elles tournaient tristement autour d’elle sans comprendre leur soudaine défaveur. Eugénie, de son côté, n’avait fait que picorer dans son assiette, malgré l’insistance d’Olivar pour qu’elle finisse au moins sa viande. Elle était sous le choc et avait la mine longue et les traits ravagés par le désarroi dans lequel la plongeait cette terrible révélation.
Comme la conversation risquait d’être houleuse et que ce qui serait dit n’était pas pour des oreilles d’enfants, Estella s’était empressée de mettre ses filles au lit plus tôt que d’habitude. Lorsqu’elle redescendit, Eugénie lança le bal.
— On a vu le Dr Jubinville aujourd’hui, pis vous vous doutez bien, à voir nos têtes, que la nouvelle est pas bonne.
Elle n’avait pas eu besoin de leur faire un dessin pour qu’ils comprennent que la situation était plus grave que prévu et que cela nécessiterait des prises de décision douloureuses.
— Qu’est-ce qu’il a dit, le docteur, maman ? lui demanda Marie-Blanche.
Elle tenait sa tasse de café d’une main et elle semblait avoir peur de ce qu’elle allait apprendre.
— Il a dit que votre sœur était… tuberculeuse.
— Hein ? Il est sûr de ça ?
Estella était étonnée.
— Ç’a l’air que c’est ça. Il a entendu des râles dans ses poumons, qu’il dit, pis y aurait d’autres symptômes qui peuvent pas tromper. La fatigue, les fièvres, les crachats pleins de sang, l’amaigrissement, et tout, et tout. On va nous envoyer une infirmière du dispensaire pour lui faire passer des tests… pis… à nous aussi. On risque tous d’être atteints si…
— Si vous vous débarrassez pas de la pestiférée !
Eugénie échappa un petit cri de surprise. Elle reprit néanmoins, comme si elle n’avait pas entendu la remarque désespérée de Simone, tout en adoucissant quelque peu le message.
— Le docteur a poussé fort pour que Simone entre à l’Hôpital Laval, pour se faire soigner. Il dit que le sanatorium est nécessaire dans son cas. Sans compter le risque de… contagion. Ça s’attrape, la tuberculose.

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MessageSujet: Les secrets de famille (Tome 3)   Sam 29 Aoû 2015, 18:55

Tome 3 : Les secrets de famille




Cette fois, le récit va surtout se focaliser sur la vie de Marie-Blanche. Celle-ci est désormais mariée et mère de famille. Elle découvre le modernisme, les Trente Glorieuses ayant été bénéfiques pour le confort des ménages. Mais il ne faut pas croire pour autant qu'elle va mener une vie paisible. Le malheur est toujours là, à nous guetter et à nous sauter dessus au moment où l'on s'y attend le moins.  

J'ai terminé à présent cette saga familiale qui aurait pu s'intituler "chronique d'une vie ordinaire". En effet, Micheline Bail a choisi de camper ses personnages dans une classe sociale peu aisée mais c'est justement ce qui est intéressant. Si vous aimez Zola, alors vous aimerez cette romancière car on retrouve cette mise en relief de la société avec ses joies et ses peines, ses progrès, les événements marquants. J'ai essayé de freiner ma lecture pour ne pas avoir la déception de tourner la dernière page... car c'est le seul défaut que j'y trouve (on le lit trop vite). Mais ce qui me rassure, c'est que Micheline Bail a écrit bon nombre d'autres livres. Je ne regrette pas de l'avoir découverte !




Extrait :


Marie-Blanche ne pouvait pas se plaindre. Elle avait conscience d’être privilégiée. Elle adorait sa maison et sa nouvelle vie, et le voisinage avait l’air agréable. Elle avait déjà noué un début de relation avec Mme Legris, sa voisine de gauche, ainsi qu’avec celle d’en face, Mme Filiatrault. C’étaient de jeunes familles de deux à trois enfants, avec lesquelles elle croyait pouvoir développer une complicité. Anna et Pamela avaient pris l’habitude de venir chaque soir, à l’heure du bain des enfants, pour avoir le plaisir de les sécher et de les cajoler un peu. Elles apportaient un carré aux dattes ou un morceau de chocolat pour Simon, qui les appelait « nana » et « lala » et courait se jeter dans leurs bras dès qu’elles paraissaient. La vie semblait lui sourire désormais. Elle était sur le point de glisser voluptueusement dans le sommeil quand elle sursauta au bruit de la sonnette. Elle alla répondre, se demandant bien de qui il pouvait s’agir.
C’était Anna. La tête qu’elle faisait indiquait qu’il y avait quelque chose de grave. Elle pénétra dans le vestibule en catastrophe.
— Marie-Blanche, c’est ta mère au téléphone. Elle veut te parler de toute urgence. C’est à propos de ta sœur Simone. Va à la maison la rappeler, je reste ici avec les enfants. Pamela va te donner le numéro du magasin général d’où elle a appelé.
— Mon Dieu, qu’est-ce qui se passe ? Elle vous a rien dit d’autre, Anna ?
— Va, va, j’en sais pas plus !
Marie-Blanche sentit son cœur s’emballer. Qu’est-ce qui se passait encore avec Simone ? « Pourvu qu’elle n’ait pas fait de bêtise », se dit-elle en se hâtant d’endosser son manteau et de chausser ses bottillons. Puis elle partit en vitesse, pour ne pas trop faire attendre sa mère. Un malaise indéfinissable s’éveilla dans son estomac sous l’effet de l’inquiétude. La dernière lettre de sa sœur n’était pourtant pas plus sombre que d’habitude… Elle parcourut au pas de course la distance la séparant de la maison d’Anna. Heureusement que sa tante avait le téléphone. C’était encore rare dans les environs, à cause du coût prohibitif. Elle grimpa les marches deux à deux et se retrouva tout essoufflée sur le pas de la porte. Elle n’eut pas besoin de frapper, Pamela l’attendait.
— Viens, viens, ma fille. Y faut appeler ta mère à ce numéro-là. Tiens.
Et elle lui tendit un bout de papier sur lequel était griffonné un numéro à plusieurs chiffres. C’était un interurbain, et il fallait passer par la téléphoniste. Marie-Blanche le composa. Après trois sonneries, on décrocha. La téléphoniste la mit en contact avec le marchand du magasin général, qui accepta les frais d’appel. Il tendit ensuite le combiné à Eugénie.
— Maman, qu’est-ce qui arrive ?
La voix d’Eugénie était lointaine. Marie-Blanche lui demanda de parler plus fort, car elle l’entendait mal ; il y avait de la friture sur la ligne. Sa mère haussa la voix.
— Simone va pas bien du tout, lui répondit-elle rapidement, consciente que la communication était tarifée à la minute et que ça coûtait cher. Je l’ai vue à matin. Elle était couchée, blanche comme un drap, pis elle parlait plus. J’ai essayé de savoir ce qu’elle avait. J’ai posé des questions, mais elle répondait pas. On aurait dit qu’elle était plus là. Ses yeux étaient comme fous. J’ai peur, Marie-Blanche, de ce qu’elle peut faire… Elle me voyait pas, on aurait dit. Y a juste toi qui peux lui parler. Elle a confiance en toi. Tu pourrais pas prendre le train pis t’en venir à Québec tout de suite ? Je vais te payer ton voyage. Mon Dieu, si tu pouvais faire ça pour ta petite sœur…
Marie-Blanche n’hésita pas longtemps.
— Oui, maman, je vais venir, je sais pas si ça peut changer quelque chose, mais je m’en viens. Arrêtez de vous inquiéter, là. Je vais prendre le train, mais y va falloir que vous me remboursiez parce qu’on est pas riches, riches, nous autres. Pis va falloir trouver une gardienne, mais je fais le plus vite que je peux.
— Inquiète-toi pas, lui répondit Eugénie, soulagée. J’ai ce qu’y faut. Je t’attends, ma fille. Fais attention à toi, hein, pis apporte-moi des photos des enfants, si t’en as.
La communication fut interrompue.

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