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 Shalom Auslander [XXe / XXIe s ; Etats-Unis]

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Lydia
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MessageSujet: Shalom Auslander [XXe / XXIe s ; Etats-Unis]    Lun 31 Aoû 2015, 20:51



S'il en est un qui manie l'autodérision avec brio, c'est bien Shalom Auslander ! Élevé dans une famille juive orthodoxe, il défie, depuis son plus jeune âge, Dieu et ses préceptes. Pourquoi ? Pour punir sa famille dans un premier temps. Elle qui se veut exemplaire ne l'est en rien. C'est ainsi que le jeune Shalom va se bourrer de nourriture "trief", c'est-à-dire non cachère, toucher à l'électricité le jour du Shabbat ou encore tenter d'avoir des relations sexuelles. Bref, tout ce qui est interdit. Mais dans un deuxième temps, on se rend compte que s'il se met autant à l'épreuve, c'est peut-être tout simplement parce qu'il a peur. Peur de ce Dieu présenté comme celui qui punit. Peur de ne pas pouvoir dépasser tout ceci, peur de ne pas pouvoir se débarrasser de ce patrimoine qui lui colle à la peau.

Je vois dans ce roman bourré d'humour, où l'on rit ou sourit à chaque page, bien plus qu'une simple autobiographie. Elle pointe du doigt la lourde éducation religieuse - et imposée - inculquée dès le plus jeune âge et que l'on n'ose pas rejeter de peur d'être renié par ses proches et d'être maudit sur plusieurs générations. On pense ou pas comme l'auteur mais en tous les cas, il faut lui reconnaître le courage de coucher cela sur le papier !




Extraits :


Ma relation avec Dieu avait évolué. J'étais désormais las de Son chantage permanent aux mauvaises notes spirituelles et je me disais qu'il devait l'être aussi, fatigué de cette fastidieuse et perfide équation du péché et de la pénitence. Je m'étais mis à parler avec lui comme s'Il avait... existé pour de vrai, disons. Peut-être était-ce le résultat de toutes ces années de remords et de peur, ou de Rabbi Goldfinger m'informant dans ma prime jeunesse que j'étais comme un de nos ancêtres sa préparant à un voyage plein de périls ? Est-ce qu'Abraham n'avait pas marchandé avec Lui - ne Lui avait-il pas botté le train, pour être précis ? Et Moïse, chargé nommément par Dieu de conduire l'Exode, ne Lui avait-il pas dit de choisir quelqu'un d'autre ? Tous ces prédécesseurs avaient argumenté, polémiqué, questionné. Moi, je rouspétais, je Lui donnais des noms d'oiseaux, je Lui faisais des doigts d'honneur. J'étais sans doute moins attaché aux formes que mes ancêtres, plus révolté qu'eux, mais ceux-ci me semblaient avoir manifesté plus de respect que les croyants que je voyais autour de moi, avec leurs supplications et leur obséquiosité. (P 159)

******


Et puis un soir, Dieu en a eu assez. En rentrant du lycée, j'ai découvert ma mère dans ma chambre, assise au bord du lit. Elle était pâle, plus pâle que d'habitude, et elle avait la mine longue, plus longue que d'habitude. Elle a levé en l'air un emballage de hamburger McDonald's.
- Tu sais où j'ai trouvé ça ? a-t-elle dit d'une voix qui était à peine plus qu'un murmure.
La salive m'est venue à la bouche.
- Au McDonald's ?
- Dans ta voiture. Est-ce que tu es ... ?
Elle n'arrivait pas à articuler la suite. Quoi ? Un membre du Parti communiste ? Un nazi ? Un homo ?
- Est-ce que tu es ... non cachère ?
J'aurais tant voulu lui dire ... Si elle pouvait accepter que je sois comme j'étais, j'arriverais peut-être à m'en accommoder, moi aussi. Mais à la manière dont elle m'avait posé la question, au dégoût flagrant que lui inspirait ce seul terme, je voyais bien que c'était impossible. Elle allait crier, elle allait pleurer, elle allait me sortir l'Holocauste - " Tu sais combien de juifs sont morts aux mains des nazis pour que tu puisses continuer à respecter la cacherout ? " Le nom de Hitler allait être mentionné - j'étais pire que lui, affirmerait-elle. (P 167)

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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Shalom Auslander [XXe / XXIe s ; Etats-Unis]
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