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 Philippe Pratx [XXe / XXIe s]

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Lydia
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MessageSujet: Philippe Pratx [XXe / XXIe s]   Lun 07 Sep 2015, 12:17





Quatrième de couverture :


Alors qu'il met en ordre les éléments épars d'une possible future biographie d'une star du cinéma muet qu'il a fréquentée dans sa jeunesse, un écrivain reçoit la visite d'une étrange journaliste qui le presse de lui en dévoiler davantage sur la fameuse Eve Whitefield, plus connue sous le nom de Lilith... Dès lors, filmographie, notes manuscrites, souvenirs brumeux se mêlent pour tisser un canevas qui ne parvient pourtant pas à dresser un portrait fidèle d'un personnage hors du commun, jusqu'à ce que la journaliste dévoile à l'auteur une facette inconnue de l'actrice...



Mon avis :


Je vais être honnête, lorsque l'auteur m'a contactée pour me demander si j'acceptais de lire son livre et d'en faire la critique, je n'ai pas sauté de joie. Il est tombé dans une période où je n'étais pas vraiment disponible. De plus, le titre et la couverture du roman ne m'emballaient pas plus que ça. Vous voyez un peu l'atmosphère... Pourtant, la quatrième de couverture me plaisait bien, elle.
Très gentiment, Philippe Pratx a accepté d'attendre. Pourquoi tout ce laïus ? Pour que vous compreniez dans quel état j'étais lors de ma lecture. Oui, il fallait vraiment que ce livre associe tous les talents pour que je le lise jusqu'au bout. Et c'est bien le cas. L'écriture est magnifique. L'histoire ne l'est pas moins. La structure du récit, polymorphe, est bien trouvée. Pourtant (oui, je sais, j'ai décidé de râler), en général, je n'aime pas vraiment ça.
À la fois roman noir et scénario, ce texte nous emmène dans le monde cinématographique des années folles. Un retour en arrière permettant des références culturelles. Et puis, n'oublions pas ce titre : Lilith, référence à la première femme d'Adam, un démon, une femme fatale, révoltée. Et Ève, bien sûr, l'officielle... Il fallait le trouver et l'on comprend le titre une fois l'oeuvre lue. Au final, tout s'agence : titre, couverture... On voit là tout le travail d'orfèvre de l'auteur. Je salue sa performance !




Extrait :


Au-delà de la bourgade de Roszahegy, Lilith s'enfonce dans les Carpates grillées d’été vorace. Le soleil lance des couteaux d'acier sur les torrents. Nous sommes cinq, en comptant le Comte, Nikola et ce jeune médecin fringant qui nous a été présenté par le professeur Hàrs et que nous ne reverrons jamais. Sur leurs alezans dociles, ces trois-là rient à s'en escaner, pointent d’un doigt tressautant Lilith et son âne, « une bête méchante et bête que tu finiras par crever, à force de l'étouffer comme ça entre tes cuisses ». Et cependant au bord des petits lacs de montagne, l'eau lisse porte le reflet d'argent du vieil âne. Et sur son encolure Lilith laisse aller sa tête, frotte son nez dans ces poils frustes en murmurant des petits mots sans suite.

A présent le sentier est plus étroit et plus raide. L'âne va devant. Par politesse et par espièglerie les beaux chevaux ont laissé passer devant l’âne noir de Lilith. Sous les sabots les rocailles dégringolent les pentes abruptes des ravins. Il y a la chaleur, il y a les montagnes. Nous nous taisons tous à présent. Soudain, l'âne noir se met au galop, une boule de cheveux brûlants vole dans le soleil ; les cris, les rires fusent, c’est un spectacle incongru et cocasse. Cependant l'âne franchit une crête, et ce sont le fleuve et la plaine qui disparaissent.

La montagne, les éboulis sont avalés dans ce galop fou. Le mufle en avant, tout le corps tendu comme une flèche, l'âne montre la voie à travers les rocs, les arbres, les légendes : la source des Fées qui Dorment, et, là-bas, la Nuit, piton vertigineux invisible dans ses brumes tout le jour et qui revient chaque soir se hausser au bord des précipices. Il y a aussi l'Arbre aux Fous, planté cime en terre et racines battant le vent ; depuis les profondeurs de l’ombre qu’il jette autour de lui on entend, au-delà des reliefs, le pipeau qui joue à la fois au deux bouts de la vallée. La course effrénée de l'animal lance à présent des étincelles sur les silex, au rythme ferme de ses sabots, et sur l'eau des petits lacs d'altitude bondit la silhouette d'un âne d'or.

Lilith a peur de se cogner la tête au ciel dont elle s'approche, elle a peur que la lave bleue du ciel emplisse sa bouche et l'étrangle, elle a peur de ne pas savoir l'avaler sans mâcher, sans en détruire l'essence pure et fragile. Elle a peur mais elle vibre tout entière de joie. A présent les lacs ne reflètent plus que le ciel. Et à présent il n'y a plus de lacs. Seulement l'immensité verticale d'un crépuscule qui n'est pas humain et qui n'est pas terrestre. Cela fait peur aussi : ne plus voir son reflet dans l'eau douce des lacs ; mais cela, Lilith, te fait aussi tout entière vibrer de joie.

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MessageSujet: Re: Philippe Pratx [XXe / XXIe s]   Lun 07 Sep 2015, 12:20




Voici une œuvre bien étrange ! Ou plutôt, un recueil bien étrange. La première partie se compose de quelque chose d'atypique que l'on ne saurait réellement déterminer : une association - très réussie - de nouvelles, appartenant à Shandili, entrecoupées de lettres ; lettres qu'elle n'envoie qu'à un seul destinataire mais qui ne sont pas suivies de réponses de ce dernier. D'ailleurs, on n'en connaît l'identité qu'à la dernière, laissant ainsi le lecteur se poser des questions jusqu'à la dernière page. J'ai vraiment apprécié le style de Philippe Pratx qui, à travers cette jeune fille expose sa palette d'écrivain. Nous évoluons dans une double culture, française et indienne. Et cela s'harmonise bien. Passer de l'Inde au Tarn, c'est une prouesse ! L'écriture est fine, riche, oscillant entre prose et poésie.

La deuxième moitié est composée de poèmes. Mais ne pensez-pas qu'ils soient indépendants. De nombreux indices rappellent Shandili et ses écrits. Là, je suis moins fan mais ce n'est en aucun cas dû à l'auteur. Vous savez que la poésie et moi...

Je ne connaissais pas du tout Philippe Pratx avant de lire son roman, Le soir, Lilith. Je continue à penser qu'il s'agit là d'un auteur qui mérite vraiment d'être mis en avant.



Extrait :



─ Qui es-tu ? Il me semble que je te connais depuis toujours. Tu as l’air d’un oiseau prisonnier, un oiseau qui ne sait plus s’il doit chanter et lisser ses plumes. Comment le monde peut-il être assez cruel pour garder cet oiseau en cage ? Qui t’a enfermée ainsi ?... Oh ! Puisse-t-il ne jamais apprendre pourquoi je vis recluse dans cette prison sans barreaux ! Pourquoi faut-il toujours que cette malédiction me rattrape et me torture ? Lui que j’aime, lui pour qui je donnerais ma pauvre vie, pour qui j’aurais honte de donner une si misérable vie, épargnez-lui de me faire pleurer. Gardons seulement pour l’éternité cet instant de bonheur où il m’a dit qu’il a trouvé l’amour à présent ! Mes lèvres restent closes, ma tête s’incline et se détourne, et s’il me voyait fermer les yeux, s’il entendait le soupir que je retiens, pourrais-je encore retenir mes larmes ?

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