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 Henri Gourdin [XXe - XXIe s / France ; Biographies]

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Lydia
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MessageSujet: Henri Gourdin [XXe - XXIe s / France ; Biographies]   Sam 12 Sep 2015, 15:44



J'ai lu à deux reprises ce livre. Voici ma toute première impression :


Généralement, lorsque l'on nous parle des enfants de Victor Hugo, nous vient à l'esprit un prénom, celui de Léopoldine, fille chérie de l'écrivain, morte accidentellement par noyade en 1843 avec son époux, Charles Vacquerie. Hugo aura énormément de mal à s'en remettre. Son poème, Demain dès l'aube, écrit en hommage à sa fille la veille du quatrième anniversaire de sa mort en est la preuve :
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Poème simple mais au lyrisme remarquable, il est à l'image du poète tel que nous le connaissons. Cependant, sous la plume se cache un homme à la nature plus complexe. C'est ce qu'Henri Gourdin s'est attaché à démontrer avec brio. Hugo a eu cinq enfants: Léopold (mort très jeune, à 3 mois), Léopoldine, Charles, François-Victor et  Adèle. Si cette dernière a attiré l'attention, c'est qu'on a très vite (trop vite ?) affirmé qu'elle avait sombré dans la folie, la même qui avait atteint son oncle, Eugène, décédé à 37 ans. Cependant, son père n'y était-il pas pour quelque chose ? N'est-ce pas l'esprit de révolte qui souffle chez la jeune fille qui déterminera son triste destin ? Adèle voulait épouser le lieutenant Albert Pinson, ce qui revenait à s'éloigner de son père. Elle ira jusqu'à l'extrême, faire croire qu'elle l'a épousé. Hugo ne l'a pas supporté. Et c'est bien à partir de là qu'il proclamera à qui veut l'entendre que sa fille est folle. Pire, il la fera enfermer.

Je conseille vivement la lecture de cet ouvrage qui permet d'avoir un regard nouveau sur cet écrivain adulé que l'on ne connaît pas au final.

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).


Dernière édition par Lydia le Lun 19 Oct 2015, 09:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Henri Gourdin [XXe - XXIe s / France ; Biographies]   Sam 12 Sep 2015, 15:45

Et voici ma fiche après ma deuxième lecture :


C'est la deuxième fois que je lis cet ouvrage et c'est toujours avec autant de plaisir. Car Henri Gourdin ne fait pas partie de ces biographes rébarbatifs et présomptueux qui ne se bornent qu'à retracer quelques grands moments de la vie d'un illustre personnage. On sent qu'il y met son coeur, sa plume, afin que le lecteur passe un agréable moment tout en se cultivant.

Adèle... Adèle H... la deuxième fille de Victor Hugo, "l'autre fille" comme l'appelaient les gens, a toujours vécu dans l'ombre de son aînée, Léopoldine. Tout le monde connaît l'histoire : Celle-ci s'est noyée avec son mari, Charles Vacquerie (j'aurai l'occasion d'y revenir lorsque je ferai la critique de l'autre biographie d'Henri Gourdin : Léopoldine, l'enfant-muse de Victor Hugo). Et tous les écoliers ont eu les larmes aux yeux à la lecture du fameux poème "Demain dès l'aube". Belle image du père éploré... Oui mais voilà, il s'avère que nous sommes loin d'avoir cerné non pas l'écrivain mais l'homme. Car tout ceci n'est qu'une façade. Sous ses dehors charmeurs, toujours prompt à défendre la veuve et l'orphelin, se cache un fieffé goujat. Et que dire de ce couple hors du commun qu'il forme avec Adèle, sa femme ? Son amant (platonique ?), Sainte-Beuve, est le parrain de la petite Léopoldine. Victor, affecté par le fait que sa femme se refuse à lui, multiplie les conquêtes. Comment voulez-vous que les enfants vivent dans un contexte sain ?

Je parlais de goujaterie... Comment qualifier le fait que, plus tard, Hugo se permette de piquer la fiancée de son fils Charles, Alice Ozy ? Et que dire de sa réaction face à la mort de Léopoldine ? Il n'ira même pas à l'enterrement (pas plus que sa femme d'ailleurs) et demandera à son ami, Alphonse Karr, de représenter la famille. Le chagrin, allez-vous me dire... Je ne le crois pas car, je cite Henri Gourdin, "le courage de se recueillir sur la tombe de sa fille ne lui viendra qu'en 1847, soit quatre ans plus tard." A partir de là, Hugo essaiera de régir, de façon somme toute tyrannique, la vie de toute sa famille. Opposant à Bonaparte, il est emprisonné mais réussit à s'enfuir. C'est à partir de ce moment qu'il décide de s'exiler à Jersey puis à Guernesey. Il interdit à ses proches de s'éloigner de lui. Mais que faire, comment s'occuper ? Hugo écrit, on s'en doute. Il confie à sa fille son journal de l'exil. Elle est chargée de le compléter chaque jour. Et pour passer le temps, elle s'adonne au spiritisme.

Adèle mère prend enfin conscience que sa fille n'a jamais eu l'amour qu'elle aurait dû avoir et en informe par lettre (!!!) son mari. Rien n'y fait. Ce dernier sera égal à lui-même. Comment s'étonner alors qu'Adèle tombe malade ? Et, comme le souligne à juste titre le biographe, personne ne se dit que ce mal-être qu'elle ressent pourrait venir des conditions de vie imposées par son père ? Adèle est dans une prison dorée : sans véritable amour, filial ou extérieur, mais avec de l'argent. Et que faire de l'argent si on ne peut pas l'utiliser comme on le voudrait ? Elle voudrait voyager mais en a l'interdiction. Il faudra toute la ruse de Mme Hugo pour que sa fille et elle-même puissent enfin aller prendre l'air ailleurs.

Mais Adèle avance en âge, les 30 ans vont bientôt sonner et elle n'est toujours pas mariée. Ses parents lui ont bien proposé des prétendants, sans succès. Elle s'est amourachée d'un soldat, Albert Pinson qui va, sans le vouloir, causer sa perte. Car Adèle a cru déceler en lui de l'amour. Elle va le poursuivre, partir seule pour aller à sa rencontre, de la Nouvelle-Ecosse aux Barbades. Elle fera croire à son mariage, ultime mensonge d'une pauvre enfant qui se sera fait des idées et qui préférera cette solution afin d'échapper au mépris de son père... Ce dernier la considérera comme folle et fera valoir que ce trouble était déjà présent dans sa famille avec son frère Eugène. De retour à Paris, il fera interner sa fille à Saint-Mandé. Sentant sa mort arriver, il désignera le premier amour d'Adèle, Auguste Vacquerie (le frère de Charles, l'époux de Léopoldine), comme tuteur. N'est-ce pas là de la perversion de la part de celui que tout le monde montre en exemple ? Transférée à Suresnes, elle y finira ses jours.

Triste destinée que celle d'Adèle... Le petit père Hugo avait de beaux discours sur l'éducation des enfants... Douce image pour se mettre en valeur. Mais son dernier coup d'éclat, l'enfermement d'Adèle, montre bien la manipulation de celui-ci.

Henri Gourdin s'appuie sur les travaux de l'historien Henri Guillemin, de l'universitaire Frances Vernor Guille, sur la correspondance d'Adèle ainsi que sur les témoignages de l'arrière-arrière-petite-nièce, Adèle Hugo. Hugo était certes un poète, un écrivain , mais Victor n'en était pas moins un homme, avec ses qualités et ses défauts... De gros défauts...

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MessageSujet: Re: Henri Gourdin [XXe - XXIe s / France ; Biographies]   Sam 12 Sep 2015, 15:47

Extraits d'Adèle :


Chacune avait son spectre ; Adèle avait en outre celui de Léopoldine. Car la famille reportait sur la cadette, seule fille survivante de la tribu, le devoir de maternité dont la mort exemptait l'aînée. Au poids de ce double fardeau s'ajoutait, pour Adèle, la volonté formidable de son père ; une volonté caressante, habillée de beaux mots, enveloppée de tendresse... et non moins formidable. Car Hugo avait du mythe de la rédemption une vision particulière: pour lui, le destin de la femme était de racheter les fautes d'Ève, de gagner son Ciel et un peu celui de son époux dans les douleurs de l'enfantement et les embarras de la maternité. Entre le père, apôtre du mariage bourgeois, et l'enfant, éblouie de sa propre beauté, la tension montait. La farce du refus des prétendants menaçait de tourner au drame.



*******


Les moindres déplacements d'Adèle, à partir du 15 février 1872, sont surveillés et contrôlés, à la fois par la dame de compagnie qui lui est attachée et par le personnel médical. En réalité, elle quitte rarement sa chambre ou le parc de l'établissement. Son infirmière l'emmène parfois en promenade ou au théâtre, toujours en matinée, et les bulletins de santé rapportent fidèlement ces petites sorties en décrivant l'état du ciel et l'humeur de la promeneuse. Mais ne cherchez pas un rapport médical un peu détaillé, une analyse des comportements de la pensionnaire ou de son évolution, l'un des quatre certificats exigés par la loi de 1838. Où que vous alliez, on vous répondra que tout a disparu.

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MessageSujet: Re: Henri Gourdin [XXe - XXIe s / France ; Biographies]   Lun 12 Oct 2015, 20:26





Quatrième de couverture :


Que sait-on de Léopoldine Hugo ? Qu'elle était l'aînée de la famille. Qu'elle eut une enfance heureuse entre un père et une mère attentionnés, des frères et sœur admiratifs, les poètes et les peintres romantiques amis de ses parents. Qu'elle inspira à Victor Hugo quelques-uns de ses plus beaux poèmes. Et qu'elle mourut noyée, à dix-neuf ans, au cours d'une sortie en barque. Un accident ? Rien n'est moins sûr : Hugo adorait sa fille, il ne pouvait demeurer loin d'elle bien longtemps, il n'autorisa son mariage avec Charles Vacquerie que sous la contrainte, au bout de trois ans de résistance. Après le mariage, il se comporte comme si sa fille n'existe plus. Une cause de profonde douleur pour Léopoldine, déchirée entre les deux hommes de sa vie. La promenade fatale sur la Seine le 4 septembre 1843 ne serait-elle pas un acte de désespoir ? Un siècle et demi après sa mort, au terme de trois ans d'une enquête minutieuse, Henri Gourdin présente une biographie émouvante, la première de l'histoire, d'une des figures les plus énigmatiques de notre littérature, inspiratrice de Demain dès l'aube et des Contemplations. Une plongée au cœur de la famille Hugo.




Mon avis :


J'ai lu cet ouvrage après avoir lu celui sur Adèle. J'aurais pu faire l'inverse me direz-vous, mais peu importe. Voilà qui vient en rajouter une couche sur cette famille de frappadingues qu'étaient les Hugo. Encore une fois, celui qui s'enorgueillissait d'être un bon père de famille et un bon grand-père devait avoir des tonnes de poussières (pour ne pas dire autre chose) dans les yeux et un ego surdimensionné (ça, c'est certain !) pour oser asséner ainsi des affirmations qu'il était le seul à croire. Ainsi, lorsque son premier fils naît, Léopold, ce dernier est chétif, de mauvaise constitution. Que pensez-vous alors que va faire Victor ? Le soigner, le choyer ? Que nenni. Il va tout bonnement l'expédier chez son père, Léopold senior, pour ne pas avoir à s'en occuper. Ben tiens ! Manque de chance, le grand-père, croyant bien faire, lui donnera pour le nourrir, du lait de chèvre. Le nourrisson en mourra... et ni Victor ni sa femme ne se déplaceront pour l'enterrement (il faut dire qu'ils étaient un peu coutumiers du fait car pour Léopoldine, ils enverront un ami afin de représenter la famille). Les Hugo étaient adeptes de la métempsycose (que l'on peut également orthographier avec un "h"). Ils étaient donc convaincus que les âmes pouvaient investir un autre corps. Ainsi, lorsque Madame Hugo tombe à nouveau enceinte, nul doute pour eux que c'est le petit Léopold qui revient... Et voilà pourquoi Léopoldine se prénomma ainsi.  En parlant d'Adèle Foucher, je ne sais que penser... Était elle soumise à son mari pour accepter tout cela ou bien avait-elle le même caractère ? Pourtant, elle a su lui tenir tête à plusieurs reprises... Bizarre...

La petite Léopoldine, ce n'est un secret pour personne, sera la préférée de Victor. Pourtant, si celle-ci fait preuve envers lui d'un amour sans faille, ce n'est pas vraiment le cas du côté du paternel. Toujours par monts et par vaux, il ne répond que très rarement à ses lettres. Et lorsqu'elle voudra épouser Charles Vacquerie, elle connaîtra le vrai visage de son père. Car on ne quitte pas Victor impunément...

Cette biographie permet de remettre les choses à leur place et d'entrer ainsi dans la vie de cette famille si particulière. Je la recommande vraiment !




Extrait :


Léopoldine n'est pas faite de ce bois-là. L'émancipation de la femme, le progrès social, la marche de l'histoire... rien de tout cela ne l'intéresse vraiment. Elle est aux premières loges des soubresauts qui agitent le monde et annoncent l'avènement d'une ère nouvelle, mais ces évolutions la laissent de glace. Son penchant, c'est la douceur du foyer. Le foyer de son père, dont elle est toujours très proche, et celui qu'elle fondera un jour avec Charles Vacquerie. Car le projet de mariage n'est pas mort. Adèle y est toujours favorable, et elle pousse ses pions avec son habileté coutumière. Victor y est encore opposé, mais il suffirait que Didine lui parle pour qu'il s'incline devant son choix ; il a toujours écouté ses avis et compris ses points de vue.
Le problème, c'est que Didine n'avait pas de point de vue sur la question de son mariage. Il lui semblait que cette histoire la dépassait ou alors ne la concernait pas. Si quelqu'un lui avait demandé son avis, à elle, la principale intéressée, elle aurait été embarrassée pour lui répondre. Elle remarquait l'agitation qui se faisait autour de sa personne, mais elle ne savait pas ce qu'elle devait en penser. Elle attendait seulement qu'une décision tombe, dans un sens ou dans un autre. De toute manière, rien ne pressait. Il fallait attendre que Charles ait une situation, que les revenus du ménage soient assurés, que Victor Hugo se fasse à l'idée de voir sa fille s'éloigner un peu de lui... Eh bien ! Elle attendrait.

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