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 Clara Dupont-Monod [XXe / XXIe s]

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Lydia
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MessageSujet: Clara Dupont-Monod [XXe / XXIe s]   Dim 13 Sep 2015, 12:02




Lu juste après Du Domaine des Murmures de Carole Martinez, je peux dire que les deux se complètent. En effet, Juette est une jeune fille de treize ans que l'on marie contre son gré, au XIIe siècle, en Belgique. Mais cette jouvencelle ne supporte pas cette vie qu'on lui offre. Elle ne comprend pas pourquoi elle devrait souffrir ainsi dans sa chair, chaque soir, pour faire plaisir à son barbare d'époux. Elle donnera naissance à un premier enfant mort-né puis à un fils qu'elle se refuse même de regarder. Tout l’écœure. Elle se rend compte que même les hommes d'église sont des rustres qui pratiquent allègrement le péché de chair. Instruite, elle ne peut s'empêcher de se référer aux textes d'Hildegarde de Bingen, de Geoffroy de Monmouth ou aux légendes comme celles d'Uther Pandragon ou du Chevalier à la rose. Elle décide d'abandonner cette vie, au grand dam de sa famille et du Clergé. Je n'en raconte pas plus pour ne pas déflorer l'histoire.

Je le disais, les deux livres se complètent dans la mesure où ils montrent deux facettes différentes de jeunes filles refusant l'avenir que leurs parents leur tracent. J'ai lu tout aussi avidement celui-ci. La technique narrative est différente puisqu'il fait appel à deux voix : celle de Juette et celle d'Hugues de Florette, son ami prêtre, le seul homme à qui elle fera confiance.

Cette biographie romancée, largement inspirée par la vie de la Sainte belge, est écrite en toute simplicité et se lit aisément. Axée sur la psychologie des deux personnages, elle permet d'en savoir plus sur cette sainte mais également sur les mœurs de cette époque. Ce livre est d'une extraordinaire richesse.




 

Extrait :



Maintenant, quand l'homme grimpe sur moi, je ne prie plus. Je pense à la révolte qui se prépare. Mais j'ai beau lutter, le corps a la mémoire tenace. Je me souviens de ces mains qui écartent mes jambes et de cette intense brûlure. Les effluves poivrés de ce produit qu'on m'a obligée à boire. J'ai tout vomi. Je revois le visage crispé de ma mère penché sur moi. Elle vient tous les jours. Elle amène des couvertures cousues devant le feu. Je la regarde bouger dans la chambre. Elle ajuste le drap sur mes jambes trop maigres, comme elle dit, ou tresse mes cheveux. J'ai des nouvelles de l'évêque, de l'archidiacre, du pape. Ma mère frétille : dans la bataille qui oppose le haut clergé de Huy et celui de Liège, c'est celui de Huy qui sort vainqueur. La chaire épiscopale devrait bientôt accueillir « un des nôtres ». Puis elle ajoute que l’Église a décidé « d'en finir avec la contestation ». Elle me regarde du coin de L'œil.
« Des enquêtes épiscopales sont lancées dans les paroisses. Heureusement que nous t'avons mariée, toi et ta tête pleine de désordres ! Tu me remercieras. Le pape a derrière lui le peuple. Sais-tu que depuis le concile, une remise des pénitences est promise aux fidèles qui prennent les armes contre les dissidents ?... »
Je n'aime pas ses mains, qui ont toujours voulu ma mort.

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MessageSujet: Re: Clara Dupont-Monod [XXe / XXIe s]   Dim 13 Sep 2015, 12:05




Quatrième de couverture :

Depuis le XIIe siècle, Aliénor d’Aquitaine a sa légende. On l’a décrite libre, sorcière, conquérante : « le roi disait que j’étais diable », selon la formule de l’évêque de Tournai…
Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années comme reine de France, aux côtés de Louis VII.
Leurs voix alternent pour dessiner le portrait poignant d’une Aliénor ambitieuse, fragile, et le roman d’un amour impossible.
Des noces royales à la seconde croisade, du chant des troubadours au fracas des armes, émerge un Moyen Âge lumineux, qui prépare sa mue.



Mon avis :


Moyen Âge ? Vous avez dit Moyen Âge ? Vous savez que c'est la formule magique pour me faire accourir, ventre à terre, nez dans la poussière (des grimoires) ! Et si, vous rajoutez à cela le nom de l'auteur, alors là, je ne réponds plus de rien ! En effet, je l'avais tellement appréciée dans La Passion selon Juette, que je me dis qu'il s'agit dune valeur sûre. Elle a le don pour transformer l'Histoire (avec un grand H), la sublimer, la raconter avec magnificence.

Après la sainte belge, Clara Dupont-Monod s'attaque ici à Aliénor d'Aquitaine. Une reine au doux prénom qui était pourtant "une main de fer dans un gant de velours". Cette Diane chasseresse était aussi ambitieuse que cultivée. Héritière du duché d'Aquitaine à la mort de son frère, elle entendait bien non seulement le conserver mais encore l'agrandir. Son mariage de raison avec le futur Louis VII montre à quel point l'ambition prenait le pas sur le côté personnel. Elle qui protégeait bec et ongles les troubadours et la fin'amor avait mis un voile noir sur son cœur. Et nous pouvons facilement le concevoir. Louis VII s'accorde avec Aliénor comme des porte-jarretelles siéraient à un cochon. Le pauvre homme ne vit que pour et par la foi.

La romancière fait bien ressortir, dans ce livre à deux voix, les différences flagrantes entre les deux personnages. D'un côté, le caractère affirmé et conquérant d'Aliénor est mis en relief par une narration dont le champ lexical rappelle souvent le combat. La future reine de France apparaît comme une maîtresse-femme. On sait qui porte la culotte dans le couple ! De l'autre, Louis ressemble au ravi de la crèche, un poète illuminé, habité par sa foi, dont la gentillesse n'a d'égal que la naïveté. Mais sous cette apparence se cache un homme torturé manipulé par ses sentiments et... par son épouse. Et même s'il s'agit ici d'un roman, d'une fiction, on peut tout de même apercevoir l'Histoire en filigrane derrière.

Si vous ne connaissez pas encore Clara Dupont-Monod, je ne peux que vous conseiller de vous ruer chez votre libraire !



Extrait :


Je t’ai aimée aussitôt et, dans le même instant, tu m’as effrayé. C’était un mélange de perte et d’offrande. Un seul visage pouvait provoquer le ciel, attirer ses extrêmes. Mes guerres perdues, c’était toi. Et jamais je n’aurais pensé qu’une défaite pouvait être aussi belle. Un port de reine et des miettes d’enfance. Tes joues pleines, rondes, comme tes épaules que je devinais sous ta robe ; ton front volontaire, bombé, et ta bouche minuscule, très rouge. Cette petite fleur tranchait avec ton panache. Elle te donnait un charme vénéneux. Ce double visage rend fou. On ne marie pas impunément le pouvoir et l’innocence.

Qu’as-tu pensé de moi ? Peut-être que tu as su lire.

Ta sœur froissait ses manches. Tu as sévèrement tourné la tête. J’ai vu ton profil, puis tu as posé tes yeux sur moi. Seigneur, ces yeux ! Gris comme une armure. J’ai su, à cet instant, de quoi parle la Bible. D’un amour absolu, profond et dévastateur, contre lequel l’homme ne peut rien. Il est vaincu. Livre de Job, chapitre trois : « Ce que je crains, c’est ce qui m’arrive ; ce que je redoute, c’est ce qui m’atteint. Je n’ai ni tranquillité, ni paix, ni repos. Et le trouble s’est emparé de moi. »

Bien sûr, j’avais entendu parler de ta famille effrayante et magique, surtout de ton grand-père Guillaume. Moi, je m’ignorais incomplet, coupé d’une partie de ma vie. Je t’attendais pour vivre vraiment. Quelque part, très loin au fond de moi, une ride s’est creusée. J’ai senti l’obscure frontière qui, définitivement, isolerait cet instant du reste de ma vie. Sortir du cloître, renoncer à la prêtrise, gérer le royaume : je pouvais le faire, en animal bien docile que je suis. Mais cela ne représentait rien comparé à la promesse d’un avenir avec toi. Tu étais mon cadeau et mon épreuve. Une splendeur posée sur la route d’un serviteur couronné.

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