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 Louis Pergaud [XXe s / France ; Nouvelles]

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Lydia
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MessageSujet: Louis Pergaud [XXe s / France ; Nouvelles]   Dim 20 Sep 2015, 18:38




On connaît Louis Pergaud grâce à la Guerre des boutons, et ses personnages truculents comme Lebrac, Camus ou Gibus. On s'intéresse malheureusement beaucoup moins à ses autres oeuvres.

Les Rustiques sont des nouvelles dans lesquelles sont mis en avant des gens de la campagne. Il croque leurs défauts avec l'humour qui le caractérise mais également avec tendresse. Il n'y a aucune méchanceté dans le portrait de ses personnages haut en couleur. J'ai particulièrement aimé "Deux électeurs sérieux", se situant à Longeverne (oui, le même lieu que La Guerre des boutons. On pourra d'ailleurs y trouver des clins d'oeil dans d'autres textes, notamment avec des personnages éponymes). Cette nouvelle met en scène, je cite, "Laugu du Moulin et Abel le Rat, journaliers à Longeverne, l’un ancien meunier, l’autre ex-rat de cave, le premier décavé, le second révoqué pour avoir tous deux trop fêté la dive bouteille, se sentaient prendre du poids." Ça ne s'invente pas... L'histoire, bien qu'écrite en 1921, reste très actuelle puisqu'il s'agit de suspicions lors d'un vote.

On retrouve tous les problèmes de société : filles engrossées, paysans alcooliques, rumeurs... A lire pour passer un bon moment !



Extrait :


Quand fut achevé le dépouillement, on constata qu’il y avait 47 bulletins pour les Rouges et 47 bulletins pour les Blancs. Le président, abasourdi, et son bureau ahuri, prononcèrent le ballottage.

Il y eut un grand silence ! Tous, Rouges et Blancs, faisaient des têtes !…


— Je voudrais bien savoir, disait le Gros du Maréchal en descendant l’escalier de la mairie, quel est celui de ces deux cochons qui nous a joué le tour !

Du côté rouge, Cyprien confiait au maître d’école :

— Quelle est donc la ganache qui nous a lâchés d’un cran ?

— Qui ? Abel le Rat ou Laugu du Moulin ? Il fallait en avoir le cœur net.

Et alternativement, les chefs rouges et les chefs blancs emmenèrent discrètement chez eux, pour de nouvelles libations, Abel et Laugu.

Mais, chez les Rouges, Abel montrait en ricanant le bulletin blanc qui lui restait, disait-il, et, chez les Blancs, brandissait triomphalement le bulletin rouge, preuve qu’il avait voté du bon côté. Et Laugu opérait de même, car les gaillards, rompus à la tactique, avaient plusieurs bulletins dans chaque poche, de sorte que Rouges et Blancs furent vite convaincus de leur honnêteté politique et, par conclusion et comme conséquence, qu’il y avait un traître parmi eux.

Des suspicions planèrent : la campagne électorale se resserra. Abel et Laugu continuèrent à boire pendant les quinze jours et les quinze nuits qui précédèrent le second tour. C’était leur moisson à eux, pas ! comme disait le Rat, et ils opérèrent le deuxième coup comme ils avaient fait la première fois ; du moins, le résultat fut le même et les deux camps, dans la consternation, eurent chacun cinq élus : les plus anciens.

Cependant, Abel et Laugu fêtèrent avec discrétion le succès des deux partis.

Abel le Rat m’a pourtant livré leur secret un soir entre quatre-z-yeux et quatre litres aussi.

— Tu comprends, je peux bien te le dire à toi, puisque tu ne restes pas dans le pays et que tu t’en bats l’œil.
Ils nous paient à boire des deux côtés, alors, on leur doit quelque chose. Seulement, on ne peut pas partager une voix en deux, comme un litre : alors, on s’arrange.
Une fois, c’est Laugu qui vote rouge et moi blanc, la fois d’après, c’est le contraire ; la dernière fois, comme il y a eu deux tours, on a pu voter pour tous.
Comme ça, il n’y a rien à dire, et on ne leur-z-y doit rien !
Et il ajouta, concluant :

— On est honnête ou on ne l’est pas !

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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Louis Pergaud [XXe s / France ; Nouvelles]
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