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 Ernst Theodor Amadeus Hoffmann [XVIIIe / XIXe s ; Allemagne]

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Lydia
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MessageSujet: Ernst Theodor Amadeus Hoffmann [XVIIIe / XIXe s ; Allemagne]   Mar 22 Sep 2015, 20:49



On connaît Hoffmann grâce, notamment, à ses contes et à ses opéras. Ce roman, Le Chat Murr, est une de ses oeuvres principales. C'est le félin lui-même qui est le narrateur de ce qui se veut être un roman autobiographique. Jusque-là, rien de nouveau sous le soleil. Mais une seconde histoire vient s'imbriquer : celle du maître de chapelle, Johannès Kreisler, sorte de musicien fou que l'on pourra retrouver par ailleurs dans d'autres textes de l'écrivain.

Murr, véritable prénom du chat d'Hoffmann pour l'anecdote, a appris à lire et à écrire chez son maître, Abraham. Dès qu'il le peut, il s'enthousiasme donc sur son quotidien dans de grandes envolées lyriques. Pour Kreisler, ce n'est pas si simple. Johannès est un ami d'Abraham. Il lui fait donc part de tout ce qui l'accable, et notamment son amour pour Julia, jeune fille pure, jeune, trop jeune. Les récits du maître de chapelle sont décousus, difficiles à suivre, tout comme les affres qu'il subit.

Mais que vient faire cette histoire, en parallèle à ce que raconte le chat ? On apprend dans l'avant-propos que le chat a écrit sur des feuillets arrachés à un livre appartenant à son maître : " lorsque le chat Murr se mit à écrire ses considérations sur la vie, il arracha sans plus de façons les pages d'un livre imprimé qu'il avait trouvé chez son maître ; et il en employa innocemment les feuillets, tant comme sous-mains que comme buvards. Ces pages restèrent dans le manuscrit et... on les imprima à la suite, comme si elles eussent appartenu à l'ouvrage. C'est avec un sentiment de mélancolique humilité que l'éditeur se voit forcé d'avouer que cet affreux entremêlement de deux sujets étrangers est dû à sa seule légèreté : il devait évidemment, avant de donner le manuscrit du chat à l'impression, l'examiner d'un bout à l'autre." L'ironie apparaît donc déjà, ironie qui ne quittera pas la plume patte de ce matou rêvant de reconnaissance et de gloire !

Ce roman, bien que demandant de la concentration, est très intéressant. Surtout lorsque l'on sait qu'à travers le chat et Kreisler, on retrouve les deux facettes d'Hoffmann qui ne se gêne pas pour critiquer la société, la politique etc...




Extrait :


Lorsque je fus parvenu à lire très bien et à me bourrer chaque jour des pensées d'autrui, je sentis en moi une irrésistible envie d'arracher également à l'oubli mes propres pensées, celles que me dictait mon génie ; il me fallait pour cela acquérir l'art difficile de l'écriture. Quoique j'observasse fort attentivement la main de mon maître lorsqu'il écrivait, je ne parvenais pas à en saisir le mécanisme particulier. J'étudiai le vieux Hilmar Curas, la seule méthode d'écriture que possédât mon maître, et je crus un moment que la mystérieuse difficulté de l'écriture ne pouvait être vaincue que par la grande manchette dont je voyais parée la main en train d'écrire dessinée sur l'une des pages de ce livre. Il me parut que mon maître n'arrivait que par une suprême habileté à écrire sans manchette : ainsi les danseurs de corde qui finissent par se passer de balancier. Je cherchai anxieusement des manchettes et j'étais sur le point de déchirer la dormeuse de la vieille gouvernante, lorsque soudain, en un de ces moments inspirés que connaissent les grands génies, je conçus l'idée admirable qui fut la solution de tout le problème. Je supposai que l'impossibilité où je me trouvais de tenir la plume ou le crayon comme mon maître pouvait bien provenir de la différente construction de nos mains ; et cette supposition se vérifia. Il fallait trouver une autre façon d'écrire, conforme à la constitution de ma patte droite, et l'on pense bien que je la trouvai... Ainsi naissent les nouveaux systèmes, de la complexion particulière des individus.

Mais il y eut une autre difficulté dans la manière de plonger la plume dans l'encrier. Je ne parvenais point à protéger ma patte qui trempait toujours dans l'encre, et mes premiers traits d'écriture, tracés avec la patte autant qu'avec la plume, ne manquèrent pas d'être un peu épais. Des gens mal informés pourraient ainsi voir dans mes manuscrits du papier taché d'encre. Mais les génies devineront sans peine le matou génial dans ses premières œuvres ; ils s'étonneront, que dis-je ! ils perdront leur sang-froid devant la profondeur, la plénitude de l'esprit, lorsqu'ils verront les premiers jaillissements d'une source féconde. Afin qu'un jour le monde n'aille pas se disputer sur la chronologie de mes immortels ouvrages, je dirai ici que j'écrivis d'abord le roman philosophico-didacticosentimental intitulé : Pensée et pressentiment ou chat et chien. Cette oeuvre déjà eût pu faire sensation. Puis, maître en tous domaines, j'écrivis un traité politique : Des trappes à souris et de leur influence sur l’âme et l'activité des chats. Ensuite, l'inspiration me dicta la tragédie : Cawdallor, roi des rats. Cette tragédie eût pu être donnée sur toutes les scènes du monde, connaître d'innombrables et retentissants succès. Ces produits de mon sublime esprit ouvriront la série de mes œuvres complètes. Quant aux circonstances auxquelles ils doivent leur naissance, je m'y étendrai en temps et lieu.

Lorsque j'eus appris à tenir assez bien la plume pour ne plus souiller ma patte, mon style se fit aussi plus agréable, plus charmeur, plus clair : j'écrivis surtout pour les Almanachs des Muses, composai plusieurs écrits plaisants et devins bientôt l'homme affable et doux que je suis encore aujourd'hui. Je faillis alors faire une épopée en vingt-quatre chants, mais lorsque je l'eus achevée, c'était devenu tout autre chose, ce dont le Tasse et l'Arioste, du fond de leurs tombes, peuvent remercier le ciel. Car si jamais une épopée était sortie de mes griffes, ils n'eussent plus trouvé un seul lecteur.

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