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 Philippe Claudel [XXe / XXIe s]

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Lydia
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MessageSujet: Philippe Claudel [XXe / XXIe s]   Mar 22 Sep 2015, 20:56

L'Enquête



Quatrième de couverture :


"Vous êtes une sorte de médecin, n'est-ce pas ?
-Pas vraiment..., murmura l'Enquêteur.
-Allez, ne soyez pas si modeste !" reprit le Responsable en lui tapant sur la cuisse. Puis il inspira longuement, ferma les yeux, expira l'air, rouvrit les yeux.
"Rappelez-moi le but exact de votre visite ?
-A vrai dire, ce n'est pas vraiment une visite. Je dois enquêter sur les suicides qui ont touché l'Entreprise.
-Les suicides ? Première nouvelle... On me les aura sans doute cachés. Mes collaborateurs savent qu'ils ne faut pas me contrarier. Des suicides, pensez donc, si j'avais été au courant, Dieu seul sait ce que j'aurais pu faire ! Des suicides ? "



Mon avis :


Tout d'abord, je voudrais exprimer toute ma gratitude à Lili Galipette pour m'avoir offert ce livre et, par là même, m'avoir fait connaître un auteur qui m'a bouleversée. J'en avais bien entendu parler mais que voulez-vous, ce pauvre Philippe porte le même nom qu'un écrivain que je déteste, vous savez, le frère de Camille... et comme je fonctionne souvent au feeling... Je passe quelquefois, je l'avoue, à côté de certains qui ont pourtant un talent indéniable.

Mais revenons donc à ce livre, que j'ai littéralement dévoré. D'ailleurs, je me surprends et je découvre que j'aime énormément ces romans dystopiques à la Huxley ou Orwell. Mais le petit plus de Claudel (Philippe, hein ! Vous suivez toujours ?) c'est cet absurde qu'il y injecte, à la manière de Kafka. J'ai cru me retrouver dans ces épisodes de la Quatrième dimension que j'adorais. Je suis restée scotchée, fascinée même, page après page, cherchant à savoir ce qui allait arriver à l'Enquêteur, ce pauvre hère qui espère toujours alors qu'il lui arrive des choses de plus en plus graves. "C'est en ne cherchant pas que tu trouveras"... dit l'auteur, ce qui pourrait s'appliquer à la fois au personnage et au lecteur.

Folie ? Déshumanisation ? Certes... mais provoquées par un certain totalitarisme. Ce roman donne à réfléchir... Je vous invite vraiment à y mettre le nez dedans ! Quant à moi, je vais aller lire un autre roman de ce même auteur que je classe dans mes coups de coeur.



Extrait :



Lorsqu'il poussa la porte de la salle du petit-déjeuner, le vacarme avait totalement cessé : les Touristes avaient disparu. Il n'en restait plus un seul. Toutes les tables étaient débarrassées et propres. Aucun détritus ne traînait ! Comment cela était-il possible alors qu'il avait dû rester absent tout au plus quatre minutes ?
Les chaises avaient été replacées dans un alignement soigneux. Il regarda sa place : la tasse de café s'y trouvait encore, ainsi que la seconde biscotte qu'il n'avait pas complètement fini de manger, et sur la chaise, légèrement de travers par rapport à la table, son imperméable. C'était le seul endroit où demeurait quelque chose.
Les Serveurs eux-mêmes étaient devenus invisibles.
L'Enquêteur courut vers sa place. Il voulait sortir au plus vite de cette salle, de l'Hôtel, afin d'être dehors et de respirer à pleins poumons un peu d'air frais, de sentir cette fraîcheur sur ses tempes, sur sa nuque, dans ses poumons, dans son cerveau pour ainsi dire, son cerveau qui était mis à rude épreuve, à tel point que l'Enquêteur se demandait s'il n'allait pas subitement éclater. Mais comme il était en train d'enfiler son imperméable et de retrouver la très désagréable sensation d'humidité, il entendit dans son dos une voix forte qui l'interpellait d'assez loin :
"Vous ne terminez pas votre petit-déjeuner ?"

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MessageSujet: Re: Philippe Claudel [XXe / XXIe s]   Mar 22 Sep 2015, 20:59




Quatrième de couverture :


C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu’il s’appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras I’enfant dort. Le pays s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.



Mon avis :


Envoûtée... Je suis envoûtée par l'écriture de Philippe Claudel qui est capable de s'adapter selon les thèmes choisis. Je viens de finir son roman dystopique, L'Enquête, et j'ai l'impression, avec La Petite fille de Monsieur Linh, d'avoir affaire à un autre auteur. Quelle prouesse ! Ici, le style est concis et sous une fausse simplicité se cache une histoire poignante.

Je ne résumerai pas le livre, la quatrième de couverture le fait très bien et est là pour ça. Mais attendez-vous quand même à une surprise de taille à la toute fin (à la dernière page pour être précise). Parce que tout le talent de Philippe Claudel, c'est de nous faire découvrir l'histoire non pas à travers la voix de Monsieur Linh - ce n'est pas le narrateur - mais à travers ses yeux . De ce fait, le lecteur est happé par cette magnifique histoire de l'exil, du déracinement, de l'amitié qui naît dans le nouveau pays avec M. Bark. Il souffre mimétiquement, aurait envie de venir à la rescousse de ce pauvre homme dont la seule préoccupation est sa petite fille, Sang diû. Oui mais voilà... c'est justement parce qu'on est envahi par tous ces sentiments qui se bousculent au fur et à mesure de la lecture qu'on passe à côté de certains détails qui ont une importance capitale... Mais je n'en dis pas plus... Il faut lire le livre !

Et dire que j'aurais pu passer à côté d'un tel auteur si une amie ne m'avait pas engagée fortement à le lire ! Quel beau gâchis cela aurait été !
Extrait :


Chaque jour, Monsieur Linh retrouve Monsieur Bark. Lorsque le temps le permet, ils restent dehors, assis sur le banc. Quand il pleut, ils retournent au café et Monsieur Bark commande l'étrange boisson, qu'ils boivent en serrant les tasses entre leurs mains.
Désormais, le vieil homme dès qu'il se lève attend ce moment où il ira rejoindre son ami. Il se dit dans sa tête "son ami", car c'est bien de cela qu'il s'agit. Le gros homme est devenu son ami, même s'il ne parle pas sa langue, même s'il ne la comprend pas, même si le seul mot dont il se sert est "Bonjour". Ce n'est pas important. D'ailleurs, le gros homme ne connaît lui-même qu'un seul mot de la langue de Monsieur Linh, et c'est le même mot.
Grâce à Monsieur Bark, le pays nouveau a un visage, une façon de marcher, un poids, une fatigue et un sourire, un parfum aussi, celui de la fumée des cigarettes. Le gros homme a donné tout cela à Monsieur Linh sans le savoir.
Sang diû s'est habituée à ces rencontres, au souffle chaud de Monsieur Bark, à ses mains puissantes striées de fissures, aux doigts larges et pleins de cals. Parfois celui-ci la porte quand il sent que le vieil homme commence à fatiguer. La petite fille ne proteste pas. Cela fait tout drôle de la voir dans les bras du gros homme. Il est si grand et si puissant que rien ne peut arriver à l'enfant. Monsieur Linh est tranquille. Jamais un voleur d'enfants n'oserait s'attaquer à un homme aussi fort et aussi gros.

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Dernière édition par Lydia le Mar 01 Déc 2015, 20:57, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Philippe Claudel [XXe / XXIe s]   Mar 22 Sep 2015, 21:01





Quatrième de couverture :



Elle ressemblait ainsi à une très jeune princesse de conte, aux lèvres bleuies et aux paupières blanches. Ses cheveux se mêlaient aux herbes roussies par les matins de gel et ses petites mains s'étaient fermées sur du vide. Il faisait si froid ce jour là que les moustaches de tous se couvraient de neige à mesure qu'ils soufflaient l'air comme des taureaux. On battait la semelle pour faire revenir le sang dans les pieds. Dans le ciel, des oies balourdes traçaient des cercles. Elles semblaient avoir perdu leur route. Le soleil se tassait dans son manteau de brouillard qui peinait à s'effilocher. On n'entendait rien. Même les canons semblaient gelé.
- C'est peut-être enfin la paix...hasarda Grosspeil.
- La paix mon os ! lui lança son collègue qui rabattit la laine trempée sur le corps de la fillette.



Mon Avis :


Les Âmes grises... où comment regarder les turpitudes d'un village, en apparence calme, par le petit trou de la lorgnette... Sous fond de Première Guerre Mondiale, on assiste aux réactions des villageois après "l'Affaire", c'est-à-dire la mort d'une fillette, retrouvée dans l'eau, assassinée alors qu'elle n'avait que dix ans. Son surnom ? Belle de jour. Il faut avouer que la gamine le porte bien mal... à moins qu'il n'y ait un rapport entre la couleur du corps et celle, tirant entre le bleu et le violet, de la fleur éponyme. Pourtant, on ne se focalise pas sur le meurtre. Non. On se braque plutôt sur les personnages qui gravitent autour : le procureur, le juge, le père, l'institutrice... Et l'on comprend dès lors le titre : tout le monde a quelque chose de négatif en lui, quelque chose à se reprocher... On navigue dans cette ambivalence. Philippe Claudel sonde les cœurs, les âmes de chacun, fouille au plus profond des consciences... Et si chacun d'entre nous était cette âme grise ?

Un beau, très beau roman !



Extrait :


Le juge Mierck, sous son chapeau Cronstadt et ses allures repues de bonne chère, c'était un pète-sec. Les sauces au vin lui coloraient peut-être les oreilles et le nez, mais elles ne l'attendrissaient pas. Il enleva la couverture lui-même, et regarda Belle de jour, longtemps. Les autres attendaient un mot, un soupir, après tout, il la connaissait bien, il la voyait tous les jours ou presque quand il allait se goinfrer au Rébillon. Il regarda le petit corps comme s'il s'était agi d'une pierre, ou d'un morceau de bois : sans cœur, avec un œil aussi glacé que l'eau qui courait à deux pas.
"C'est la petite de Bourrache", lui murmura-t-on à l'oreille, d'un air de dire : "La pauvre petite, elle n'avait que dix ans, vous vous rendez compte, hier encore elle vous apportait le pain et lissait votre nappe." Il fit la cabriole sur ses talons, d'un coup, vers celui qui avait osé lui parler. "Et alors, qu'est-ce que vous voulez que ça me foute ? Un mort c'est un mort !"
Pour nous autres avant cela, le juge Mierck, c'était le juge Mierck, point à la ligne. Il avait sa place et il la tenait. On ne l'aimait guère mais on lui montrait du respect. Mais après ce qu'il dit en ce premier lundi de décembre, devant la dépouille trempée de la petite, et surtout, comment il le dit, bien cassant, un peu rieur, avec dans les yeux le vif du plaisir d'avoir un crime, enfin un vrai - car c'en était un, on ne pouvait en douter ! -, dans ce moment de guerre où tous les assassins chômaient dans le civil pour mieux s'acharner sous l'uniforme, après sa réponse donc, le pays lui tourna le dos, d'un coup, et ne songea plus à lui qu'avec dégoût.
"Bien, bien, bien, bien... ", reprit-il en chantonnant, comme s'il s'apprêtait à aller au jeu de quilles ou à une partie de chasse. Puis il eut faim. Une lubie, un caprice : il lui fallait des œufs mollets, "mollets, pas coque !", précisa-t-il, des œufs-sur-le-champ, là, au bord du petit canal, par 10 degrés sous zéro, à côté du corps de Belle de jour : cela aussi a choqué les esprits !

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