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 Julie Otsuka [XXe / XXIe s ; Etats-Unis]

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Lydia
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MessageSujet: Julie Otsuka [XXe / XXIe s ; Etats-Unis]   Mar 22 Sep 2015, 21:04





Je suis toujours très longue à la détente pour lire un roman ayant obtenu un prix. Je me méfie car, en général, je suis déçue. Donc, comme à mon habitude, ce livre ayant obtenu le prix Femina 2012, je ne le lis que maintenant. 

Je n'ai pas été déçue cependant. On apprend un épisode de l'Histoire peu connu : l'envoi de jeunes filles japonaises aux Etats-Unis. Comme souvent, on leur a promis la lune. L'Amérique leur offrira tout. Elles partent avec, pour seul bagage, leur kimono. Une photo du futur époux - un japonais ayant émigré depuis plus longtemps - leur permettra de le reconnaître. Mais bien évidemment, la réalité est tout autre. 

Julie Otsuka fait en sorte que l'on entre dans le texte aisément. Le procédé narratif peut déplaire : à travers le récit d'une migrante, l'on peut entendre des voix multiples s'élevant pour faire entendre leur témoignage. J'ai été conquise par cette pudeur, cette simplicité que l'on retrouve très souvent chez les asiatiques. C'est un très beau roman de l'exil qui m'a fait penser, dans un autre registre, à celui de Philippe Claudel, La Petite fille de Monsieur Linh. 




Extrait :


Dans le quartier japonais nous vivions à huit ou neuf dans une pièce derrière notre salon de coiffure, nos bains-douches, dans de minuscules appartements aux murs bruts, si sombres que nous devions laisser les lumières allumées toute la journée. Ils éminçaient des carottes dans nos restaurants. Empilaient des pommes sur nos étals de fruits. Grimpaient sur leurs bicyclettes et allaient livrer leurs courses aux clients en passant par la porte de service. Ils séparaient le blanc et les couleurs dans nos blanchisseries en sous-sol et apprenaient vite à faire la différence entre le sang et le vin. Ils balayaient nos pensions. Changeaient les serviettes. Les draps. Faisaient les lits. Découvraient des choses qu’ils n’auraient pas dû voir. J’ai cru qu’il priait mais il était mort. Chaque soir ils apportaient son dîner à la veuve âgée du 4A, Mrs Kawamura, de Nagasaki, qui était femme de chambre à l’hôtel Drexel et n’avait pas d’enfants. Mon mari était joueur et il ne m’a laissé que quarante-cinq cents. Ils disputaient des parties de go dans le hall avec le vieux célibataire, Mr Morita, qui avait commencé comme repasseur à l’Empress Hand Laundry et trente ans plus tard l’était toujours. C’est passé si vite. Ils suivaient leurs pères de jardin en jardin lorsqu’ils effectuaient leur tournée et apprenaient à tailler les haies, à tondre les pelouses. Ils nous attendaient, assis sur des bancs de bois dans le parc, tandis que nous faisions le ménage dans les maisons de l’autre côté de la rue. Ne parle pas aux inconnus, leur disions-nous. Travaille bien à l’école. Sois patient. Quoi que tu deviennes, tu ne dois pas finir comme moi.

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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Julie Otsuka [XXe / XXIe s ; Etats-Unis]
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