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 Gustave Flaubert [XIXe s]

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Lydia
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MessageSujet: Gustave Flaubert [XIXe s]   Mer 23 Sep 2015, 20:29



Lorsque la jeune Emma Rouault se marie à Charles Bovary, jeune veuf, médecin de son état, elle pense faire un mariage de rêve. Elle qui avait élevé au couvent, chez les Ursulines, elle aspire aux grands espaces, à la liberté, à la joie de vivre. Quelque chose aurait pourtant dû l'alerter : "Charles n’était point de complexion facétieuse, il n’avait pas brillé pendant la noce. Il répondit médiocrement aux pointes, calembours, mots à double entente, compliments et gaillardises que l’on se fit un devoir de lui décocher dès le potage."(P42) Et si les premiers jours de vie conjugale furent plutôt positifs, Charles se montrant aimant et attentif, elle déchanta vite. Son mari n'était pas un grand causeur, c'est le moins que l'on puisse dire... Il se contentait des petits bonheurs simples de la vie : une petite femme qu'il adorait, un bon repas, un coucher de soleil... Emma s'ennuie très vite. Elle n'est pas vraiment appréciée par ses beaux-parents qui le lui font bien sentir. Sa seule occupation est d'aller promener sa petite chienne. Elle se surprend donc à rêver, à songer à une autre vie, avec d'autres hommes... On connaît la suite...

Ah, quel plaisir j'ai pris à relire ce roman pour la énième fois ! On peut imaginer aisément le scandale à cette époque ! Mettre ainsi sur le devant de la scène, une histoire d'adultère, voilà qui a dû en choquer plus d'un ! Pourtant, Flaubert n'a fait, finalement, que romancer quelque chose qui se passait je ne dirais pas couramment, mais presque et notamment dans certains milieux. Et si Emma avait été un homme, l'éclat aurait-il été aussi retentissant ?

Pour les plus réfractaires, je signale l'excellente BD de D. Bardet et M. Janvier.





Extrait :


Et, tout en se moquant des comices, Rodolphe, pour circuler plus à l’aise, montrait au gendarme sa pancarte bleue, et même il s’arrêtait parfois devant quelque beau sujet, que Mme Bovary n’admirait guère. Il s’en aperçut, et alors se mit à faire des plaisanteries sur les dames d’Yonville, à propos de leur toilette ; puis il s’excusa lui-même du négligé de la sienne. Elle avait cette incohérence de choses communes et recherchées, où le vulgaire, d’habitude, croit entrevoir la révélation d’une existence excentrique, les désordres du sentiment, les tyrannies de l’art, et toujours un certain mépris des conventions sociales, ce qui le séduit ou l’exaspère. Ainsi sa chemise de batiste à manchettes plissées bouffait au hasard du vent, dans l’ouverture de son gilet, qui était de coutil gris, et son pantalon à larges raies découvrait aux chevilles ses bottines de nankin, claquées de cuir verni. Elles étaient si vernies, que l’herbe s’y reflétait. Il foulait avec elles les crottins de cheval, une main dans la poche de sa veste et son chapeau de paille mis de côté.

— D’ailleurs, ajouta-t-il, quand on habite la campagne…

— Tout est peine perdue, dit Emma.

— C’est vrai ! répliqua Rodolphe. Songer que pas un seul de ces braves gens n’est capable de comprendre même la tournure d’un habit !

Alors ils parlèrent de la médiocrité provinciale, des existences qu’elle étouffait, des illusions qui s’y perdaient.

— Aussi, disait Rodolphe, je m’enfonce dans une tristesse…

— Vous ! fit-elle avec étonnement. Mais je vous croyais très gai ?

— Ah ! oui, d’apparence, parce qu’au milieu du monde je sais mettre sur mon visage un masque railleur ; et cependant que de fois, à la vue d’un cimetière, au clair de lune, je me suis demandé si je ne ferais pas mieux d’aller rejoindre ceux qui sont à dormir…

— Oh ! Et vos amis ? dit-elle. Vous n’y pensez pas.

— Mes amis ? lesquels donc ? en ai-je ? Qui s’inquiète de moi ?

Et il accompagna ces derniers mots d’une sorte de sifflement entre ses lèvres.

Mais ils furent obligés de s’écarter l’un de l’autre, à cause d’un grand échafaudage de chaises qu’un homme portait derrière eux. Il en était si surchargé, que l’on apercevait seulement la pointe de ses sabots, avec le bout de ses deux bras, écartés droit. C’était Lestiboudois, le fossoyeur, qui charriait dans la multitude les chaises de l’église. Plein d’imagination pour tout ce qui concernait ses intérêts, il avait découvert ce moyen de tirer parti des comices ; et son idée lui réussissait, car il ne savait plus auquel, entendre. En effet, les villageois, qui avaient chaud, se disputaient ces sièges dont la paille sentait l’encens, et s’appuyaient contre leurs gros dossiers salis par la cire des cierges, avec une certaine vénération.

Mme Bovary reprit le bras de Rodolphe ; il continua comme se parlant à lui-même :

— Oui ! tant de choses m’ont manqué ! toujours seul ! Ah ! si j’avais eu un but dans la vie, si j’eusse rencontré une affection, si j’avais trouvé quelqu’un… Oh ! comme j’aurais dépensé toute l’énergie dont je suis capable, j’aurais surmonté tout, brisé tout !

— Il me semble pourtant, dit Emma, que vous n’êtes guère à plaindre.

— Ah ! vous trouvez ? fit Rodolphe.

— Car enfin…, reprit-elle, vous êtes libre.

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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert [XIXe s]   Jeu 24 Sep 2015, 20:24

Tu viens de faire remonter ce roman de plusieurs étages dans ma PAL :-)
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Lydia
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert [XIXe s]   Jeu 24 Sep 2015, 20:25

Ah, alors là, je suis contente ! Wink

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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert [XIXe s]   Jeu 24 Sep 2015, 21:45

C'est presque une honte de n'avoir pas encore lu ce livre. Enfin, je ne l'ai pas lu en intégralité mais j'avais déjà fait une tentative à l'adolescence. Pourtant, je connais l'histoire sur le bout des doigts et il m'attire. Il faut qu'il sorte de cette satanée PAL :-)
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Lydia
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert [XIXe s]   Ven 25 Sep 2015, 07:14

Il n'y a pas de honte à avoir. Si tu savais le nombre de "classiques" que je n'ai pas encore lus ! Le temps... On court après le temps, comme le lapin D'Alice !

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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert [XIXe s]   Ven 25 Sep 2015, 10:06

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Lydia
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MessageSujet: Re: Gustave Flaubert [XIXe s]   Ven 25 Sep 2015, 21:51

Voilà, c'est exactement ça ! Wink

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