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 Agota Kristof (XXe / XXIe s ; Hongrie / Suisse)

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Lydia
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MessageSujet: Agota Kristof (XXe / XXIe s ; Hongrie / Suisse)   Jeu 24 Sep 2015, 21:01




Résumé :


Klaus et Lucas sont jumeaux.  La ville est en guerre, et ils sont envoyés à la campagne, chez leur grand-mère.  Une grand-mère affreuse, sale et méchante, qui leur mènera la vie dure.  Pour surmonter cette atrocité, Klaus et Lucas vont entre prendre seuls une étrange éducation.  Dans un style enfantin et cruel, chaque événement de leur existence sera consigné dans un "grand cahier".



Mon avis :


Le grand cahier est le premier tome de la Trilogie des jumeaux. Je conseille à ceux et celles qui veulent se lancer dans cette lecture de n'acheter, au départ, que le premier tome afin de se faire une idée. Pourquoi dis-je ça, moi qui aime toujours avoir les séries complètes sans même les avoir lues ? Tout simplement parce que ce livre est dur, violent, et ne laisse pas le lecteur indifférent. Impossible de ne pas réagir face à cette avalanche de cruautés, de monstruosités en tout genre. Nous sommes à des milliards d'années-lumière de la Comtesse de Ségur et des bêtises de tous ses personnages. On lui avait reproché un certain sadisme d'ailleurs. Mais ce n'est rien à côté de ce que vous allez lire ici. Quant à ceux qui ne supportent pas le style de Jean Teulé, le considérant comme trop cru dans ses propos, inutile d'ouvrir ce roman. Car Teulé à côté, c'est gentillet !

Alors vous allez me dire que ce n'est pas la première fois que vous lirez quelque chose de choquant. Certes. Mais là, ce qui fascine et révulse à la fois, c'est que toute cette violence touche des enfants et lorsqu'on en arrive aux pires instincts, sexuels ou mortifères, on ne peut pas rester de marbre.

Je crois qu'il faut voir là à quel point l'être humain, qu'il soit adulte ou enfant, peut devenir le plus abject possible dans certaines situations. Ici, le décor est la guerre. Mais il ne sert que de prétexte pour mettre en relief les différents tableaux de la déshumanisation.

La narration sert le récit : elle se veut objective, faite par les enfants. C'est également ce qui marque ici.

Personnellement, j'ai apprécié la force de ce roman et je vais acheter les deux autres tomes car bien loin de m'arrêter à quelques scènes terribles, je veux savoir jusqu'où pourront aller ces deux enfants devenus des monstres. Ce livre invite le lecteur à réfléchir et je crois que par les temps qui courent, ce n'est peut-être pas plus mal.




Extrait :
Nous demandons :
- Vous désirez vraiment mourir ?
- Qu'est-ce que je pourrais désirer d'autre ? Si vous voulez faire quelque chose pour moi, mettez donc le feu à la maison. Je ne veux pas qu'on nous trouve comme ça.
Nous disons :
- Mais vous allez atrocement souffrir.
- Ne vous occupez pas de ça. Mettez le feu, c'est tout, si vous en êtes capables.
- Oui, madame, nous en sommes capables. Vous pouvez compter sur nous.
Nous lui tranchons la gorge d'un coup de rasoir, puis nous allons pomper l'essence d'un véhicule de l'armée. Nous arrosons d'essence les deux corps et les murs de la masure.. Nous y mettons le feu et nous rentrons.
Le matin, Grand-Mère nous dit :
- La maison de la voisine a brûlé. Elles y sont restées, sa fille et elle. La fille a dû oublier quelque chose sur le feu, folle qu'elle est.
Nous y retournons pour prendre les poules et les lapins, mais d'autres voisins les ont déjà pris pendant la nuit. (P145)

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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MessageSujet: Re: Agota Kristof (XXe / XXIe s ; Hongrie / Suisse)   Jeu 24 Sep 2015, 21:03




Quatrième de couverture :



Au-delà de la fable, on se livre ici à l'exploration impitoyable d'une mémoire si longtemps divisée, à l'image de l'Europe. A travers le destin séparé de Lucas et de Claus, les jumeaux du Grand Cahier, Agota Kristof nous révèle que, dans l'univers totalitaire, générosité et solidarité sont parfois plus meurtrières que le crime...



Mon avis :


Le Grand cahier m'avait enthousiasmée. Une écriture concise, habile, mimétique de l'enfant qui était en train de l'écrire... Toute la noirceur, la violence ressortant de ce bas monde... Bref, tout ceci avait fait que je m'étais empressée d'acheter les deux autres volets de cette trilogie.

Dans La Preuve, on ne retrouve qu'un seul des jumeaux, Lucas, séparé de Claus qui a préféré passer la frontière. Sens propre ou sens figuré (dans le sens de : devenir meilleur) ? On s'attend toujours à tout avec Agota Kristof. Lucas va ici se montrer sous un autre jour, même si noirceur et violence sont deux ingrédients toujours présents. Ainsi, il va recueillir Yasmine et son fils, un petit être atteint de malformations que le jumeau va prendre sous son aile. Il va devenir ami avec Peter, un fonctionnaire du "Parti Révolutionnaire", tomber amoureux de Clara... Bref, les aspects positifs de celui-ci ressortent, aspects positifs dont on pouvait se demander s'ils existaient dans le premier tome.

Je suis assez mitigée au sortir de ce livre. La mayonnaise a moins pris. Est-ce le fait que le ton et l'écriture ont changé ? Est-ce parce que le côté sombre n'intervient qu'avec parcimonie ? En tous les cas, ce dont je suis sûre, c'est que je préférais voir les jumeaux ensemble. C'était aussi ce qui faisait leur force. Un seul être vous manque...



Extrait :


Mathias est le fils que Yasmine a eu avec son propre père...


Lucas prend l'enfant enveloppé du linge dans ses bras, regarde le petit visage chiffonné :
- Il ne faut plus parler de ça, Yasmine.
Elle dit :
- Il sera malheureux.
- Toi aussi tu es malheureuse, pourtant tu n'es pas infirme. Il ne sera peut-être pas plus malheureux que toi, ou que n'importe qui d'autre.
Yasmine reprend l'enfant, ses yeux sont remplis de larmes :
- Tu es gentil, Lucas.
- Tu sais mon nom ?
- Tout le monde te connaît dans la ville. On dit que tu es fou, mais je ne le crois pas.
Lucas sort, il revient avec des planches :
- Je vais lui fabriquer un berceau.
Yasmine fait la lessive, prépare le repas. Quand le berceau est prêt, ils couchent l'enfant dedans, ils le bercent.
Lucas demande :
- Comment s'appelle-t-il ? Tu lui as déjà donné un nom ?
- Oui, à l'hôpital, on le demande pour le déclarer à la mairie. Je l'ai appelé Mathias. C'est le nom de mon père. Aucun autre nom ne m'est venu à l'esprit.
- Tu l'aimais donc tant ?
- Je n'avais que lui.

(P 36-37)

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MessageSujet: Re: Agota Kristof (XXe / XXIe s ; Hongrie / Suisse)   Jeu 24 Sep 2015, 21:04



Quatrième de couverture :


- On m'appelle Claus T. Est-ce mon nom? Dès l'enfance, j'ai appris à mentir. Dans ce centre de rééducation où je me remettais lentement d'une étrange maladie, on me mentait déjà. J'ai menti encore quand j'ai franchi la frontière de mon pays natal. Puis j'ai menti dans mes livres. Bien des années plus tard, je franchis la frontière dans l'autre sens. Je veux retrouver mon frère, un frère qui n'existe peut-être pas. Mentirai-je une dernière fois ?

- Je m'appelle Klaus T. Mais personne ne me connaît sous ce nom-là. Depuis que mon frère jumeau a disparu, il y a cinquante ans de cela, ma vie n'a plus beaucoup de sens. J'ai longtemps attendu son retour. S'il revenait aujourd'hui, je serais pourtant obligé de lui mentir.

Après les horreurs de la guerre et les années noires d'un régime de plomb (La Preuve), le temps serait-il venu d'ouvrir les yeux sur la vérité ? Mais la vérité ne serait alors qu'un mensonge de plus car "un livre, si triste soit-il, ne peut être aussi triste que la vie".



Mon avis :


Si j'avais trouvé le deuxième volet de la trilogie un peu en-dessous de ce que j'attendais, je dois dire que celui-ci est assez spécial. Ce dernier tome, que je trouve être au même niveau que le premier, laisse le lecteur dans un certain flou artistique. Oui, ce roman m'a complètement désarçonnée. On croit savoir, on a des certitudes et d'un coup, pouf, plus rien, mis à part ce sentiment qu'Agota Kristof nous mène par le bout du nez, que tout est faux depuis le début... C'est du grand art ! Ce livre à deux voix, à deux mains, à deux narrateurs (Lucas puis Klaus) déstabilise et montre ainsi toute l'étendue du talent de l'écrivain. Au final, c'est le lecteur qui devient schizophrène en cherchant à savoir qui est Lucas, qui est Klaus ou Claus... Sont-ils réellement deux ? Est-ce une seule et même personne ? On referme cette trilogie avec un sentiment de malaise car elle joue sur plusieurs tableaux : sentiments, misère morale et sociale, identité. Du grand art que je vous dis !



Extrait :




Le 30 octobre, je fête mon anniversaire dans l'un des bistrots les plus populaires de la ville avec mes compagnons de beuverie. Tous, ils me paient à boire. Des couples dansent au son de mon harmonica. Des femmes m'embrassent. Je suis ivre. Je commence à parler de mon frère, comme chaque fois que j'ai trop bu. Tout le monde dans la ville connaît mon histoire : je suis à la recherche de mon frère avec qui j'ai vécu ici, dans cette ville, jusqu'à l'âge de quinze ans. C'est ici que je dois le retrouver, je l'attends, je sais qu'il viendra quand il saura que je suis revenu de l'étranger.
Tout cela n'est qu'un mensonge. Je sais très bien que dans cette ville, chez Grand-Mère, j'étais déjà seul, que même à cette époque j'imaginais seulement que nous étions deux, mon frère et moi, pour supporter l'insupportable solitude.
La salle du bistrot se calme un peu vers minuit. Je ne joue plus, je bois seulement.
Un homme vieux, loqueteux, s'assied en face de moi. Il boit dans mon verre. Il dit :
- Je me souviens très bien de vous deux. De ton frère et de toi.
(P76-77)

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