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 Amédée Achard [XIXe s / France ; Nouvelles]

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Lydia
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MessageSujet: Amédée Achard [XIXe s / France ; Nouvelles]   Sam 26 Sep 2015, 08:35



Ne réveillez pas l'eau qui dort ! Voici un fameux dicton appliqué ici au personnage principal, Berthe, dans une nouvelle parue en 1859 dans la Revue des Deux-Mondes.

Berthe était la fille de M. et Mme Des Tournels, couple aisé mais souffrant d'une profonde blessure : le décès de leur fils aîné, Jean. Les deux filles, Lucile et Berthe, souffraient de cette disparition dans le sens où la mère ne leur donnait pas tout l'amour qu'elles méritaient. D'ailleurs, elle était tellement chagrinée par la disparition du fruit de ses entrailles qu'elle en mourut très vite. En attendant, Berthe se révélait être très lunatique. "Certains accès de violence et d’emportement inexplicables duraient parfois plus d’une semaine sans que rien pût en modifier les témoignages ; elle était acerbe et malfaisante comme un fruit vert ; le regard était aigre, la parole acide. La semaine écoulée, Berthe tombait dans de longs silences et de grands accablements qui n’avaient pas moins de durée, et dont elle sortait bizarrement par des réveils soudains." C'est de ce comportement que naquit son surnom : "L'eau-qui-dort".

En âge de se marier, Berthe rechercha un homme supportant son caractère. Celui-ci se présenta. Il s'agissait de Francis d’Auberive, de bonne famille mais sans le sou. Et lorsqu'un notaire lui fit remarquer qu'il n'avait rien à offrir comme dot, Francis, tristement, se retira sans rien dire. Berthe, loin de s'imaginer ce qui se tramait, succombait de son côté au charme de celui-ci et en parla à son père. Cependant, ce dernier ne vit pas d'un bon œil cette relation, Francis ayant une fort mauvaise réputation. Il n'en parla pourtant pas à sa fille...

Je m'arrête là pour ne pas tout dévoiler. Cette nouvelle se base sur des non-dits donnant lieu à des blessures. A mi-chemin entre Balzac et Stendhal, Achard privilégie la psychologie de ses personnages. Il les sonde jusqu'au fond de l'âme. Quel dommage, encore une fois, que cet auteur ne soit pas (ou peu) connu !



Extrait :


Tandis que Francis la regardait, Berthe continuait de briser entre ses doigts des bouts de branches mortes qu’elle tirait de la mousse.

— La voilà convaincue ; bonsoir l’homélie ! se dit le jeune homme.

La pluie cessa de tomber. Ils se levèrent et prirent par le bord du ruisseau, bras dessus, bras dessous. Berthe s’était armée d’une baguette et battait les saules, d’où tombaient mille gouttes d’eau. On fit quelques pas sans parler. — Où diable voyage-t-elle en esprit ? pensa de nouveau Francis.

— Vous êtes donc tout seul, tout à fait seul ? lui demanda Berthe.

— Non pas, dit Francis gaiement ; j’ai dix cousins qui me détestent et une tante confite en dévotion qui me gronde six fois l’an.

— Pauvre garçon ! murmura Berthe. L’accent de cette voix étouffée était si bon, le léger mouvement des épaules qui l’accompagna si amical, le pli des lèvres si sympathique et si vrai, que Francis en fut ému.

— Çà, dit-il, vous ne pouvez plus me refuser votre main ; vous venez de gagner mon amitié d’un seul coup.

— Donnez-moi la vôtre, reprit Berthe ; la mienne ne vous manquera jamais.

Leurs deux mains unies, une certaine émotion gagna Francis ; il sentait que Berthe avait raison, et il éprouvait un embarras réel à le confesser. Il fit un effort pour en sortir en donnant à l’entretien un tour plus gai.

— À présent que me voilà rassuré, reprit-il, expliquez-moi pourquoi vous m’évitiez toujours, car cela me frappe maintenant, et pourquoi surtout vous m’avez querellé aussitôt que vous avez daigné causer avec moi ?

— Eh ! précisément parce que mon amitié vous était tout acquise dès les premiers jours… Le vieux notaire du pays disait tant de mal de vous ! et j’enrageais de voir que vous en méritiez bien la moitié !

Berthe n’était timide que devant un piano. En face d’un jeune homme au menton duquel elle touchait par le front, elle avait toute son assurance.

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Amédée Achard [XIXe s / France ; Nouvelles]
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