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 George Sand [XIXe s / France ; Nouvelles]

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Lydia
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MessageSujet: George Sand [XIXe s / France ; Nouvelles]   Mar 29 Sep 2015, 13:19



Cette nouvelle a été publiée dans La Revue de Paris en décembre 1832. Elle narre la vie sentimentale de la marquise de R..., ayant vécu au XVIIIe siècle puisque, je cite, "elle avait vu la cour de Louis XV". Cette pauvre femme, qui avait été belle, fut élevée à Saint-Cyr. Elle en sortit à seize ans pour épouser le marquis de R... et fut veuve quelques mois plus tard. Elle insiste fort sur le fait qu'elle ne connaissait rien aux choses de la vie. Cependant, bien qu'elle paraisse bête, cette personne avait compris que le marquis, vieux libertin, ne l'avait aimée que pour sa beauté, donc pour le paraître : "Toute bornée que j'étais, j'avais fort bien compris que les rares transports de mon mari ne s'adressaient qu'à une belle femme, et qu'il n'y mettait rien de son âme. Je redevenais ensuite pour lui une sotte dont il rougissait en public, et qu'il eût voulu pouvoir renier. Cette funeste entrée dans la vie me désenchanta pour jamais. Mon cœur, qui n'était peut-être pas destiné à cette froideur, se resserra et s'entoura de méfiances. Je pris les hommes en aversion et en dégoût. Leurs hommages m'insultèrent ; je ne vis en eux que des fourbes qui se faisaient esclaves pour devenir tyrans. Je leur vouai un ressentiment et une haine éternels." Son cœur resta t-il aussi froid qu'elle le disait ? Non, car elle tomba amoureuse d'un comédien, Lélio. Mais qui aimait-elle réellement ? Le comédien ou l'homme ?

Cette nouvelle fait apparaître tout le problème des faux-semblants et du paraître, en cours au XVIIIe siècle. On y voit également, via le discours de la Marquise, les travers de ses contemporains. L'écriture est riche. Le style est différent de celui que nous connaissons dans La Mare au diable ou François le Champi. J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce fabuleux texte qui mérite d'être plus connu que ce qu'il n'est à l'heure actuelle.




Extrait :


« Une fois, une seule fois dans ma vie j'ai été amoureuse, mais amoureuse comme personne ne l'a été, d'un amour passionné, indomptable, dévorant, et pourtant idéal et platonique s'il en fut. Oh ! cela vous étonne bien d'apprendre qu'une marquise du dix-huitième siècle n'ait eu dans toute sa vie qu'un amour, et un amour platonique ! C'est que, voyez-vous, mon enfant, vous autres jeunes gens, vous croyez bien connaître les femmes, et vous n'y entendez rien. Si beaucoup de vieilles de quatre-vingts ans se mettaient à vous raconter franchement leur vie, peut-être découvririez-vous dans l'âme féminine des sources de vice et de vertu dont vous n'avez pas l'idée.
Maintenant devinez de quel rang fut l'homme pour qui, moi, marquise, et marquise hautaine et fière entre toutes, je perdis tout à fait la tête.
— Le roi de France ou le dauphin Louis XVI.
— Oh ! si vous débutez ainsi, il vous faudra trois heures pour arriver jusqu'à mon amant. J'aime mieux vous le dire : c'était un comédien.
— C'était toujours bien un roi, j'imagine.
— Le plus noble et le plus élégant qui monta jamais sur les planches. Vous n'êtes pas surpris ?
— Pas trop. J'ai ouï dire que ces unions disproportionnées n'étaient pas rares, même dans le temps où les préjugés avaient le plus de force en France. Laquelle des amies de madame d'Épinay vivait donc avec Jéliotte ?
— Comme vous connaissez notre temps ! Cela fait pitié. Eh ! c'est précisément parce que ces traits-là sont consignés dans les mémoires, et cités avec étonnement, que vous devriez conclure leur rareté et leur contradiction avec les mœurs du temps. Soyez sûr qu'ils faisaient dès lors un grand scandale ; et lorsque vous entendez parler d'horribles dépravations, du duc de Guiche et de Manicamp, de madame de Lionne et de sa fille, vous pouvez être assuré que ces choses-là étaient aussi révoltantes au temps où elles se passèrent qu'au temps où vous les lisez. Croyez-vous donc que ceux dont la plume indignée vous les a transmises fussent les seuls honnêtes gens de France ? »
Je n'osais point contredire la marquise. Je ne sais lequel de nous deux était compétent pour juger la question. Je la ramenai à son histoire, qu'elle reprit ainsi :
« Pour vous prouver combien peu cela était toléré, je vous dirai que la première fois que je le vis, et que j'exprimai mon admiration à la comtesse de Ferrières, qui se trouvait auprès de moi, elle me répondit : « Ma toute belle, vous ferez bien de ne pas dire votre avis si chaudement devant une autre que moi ; on vous raillerait cruellement si l'on vous soupçonnait d'oublier qu'aux yeux d'une femme bien née un comédien ne peut pas être un homme. »
Cette parole de madame de Ferrières me resta dans l'esprit, je ne sais pourquoi. Dans la situation où j'étais, ce ton de mépris me paraissait absurde ; et cette crainte que je ne vinsse à me compromettre par mon admiration semblait une hypocrite méchanceté.
Il s'appelait Lélio, était Italien de naissance, mais parlait admirablement le français. Il pouvait bien avoir trente-cinq ans, quoique sur la scène il parût souvent n'en avoir pas vingt. Il jouait mieux Corneille que Racine ; mais dans l'un et dans l'autre il était inimitable.

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George Sand [XIXe s / France ; Nouvelles]
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