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 Cicéron - Oeuvres

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Lydia
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MessageSujet: Cicéron - Oeuvres   Lun 27 Juil 2015, 15:02

De l'Amitié


Ce traité est également appelé Lélius. Il s'agit d'un des derniers textes écrits par Cicéron. Il s'inscrit dans les Ides de Mars : César est vient de mourir, Rome et l'Italie sont partagées entre soulagement, regret et incertitude. De l'Amitié fait intervenir un facteur culturel : l'amitié romaine ne se réduit pas au sentiment intime que nous connaissons. Elle recouvre un certain type de relation sociale qui se retrouve dans la vie publique : c'est être allié dans l'action publique, les dimensions personnelle et politique se superposant et créant un réseau complexe d'affinités, de services et de contreparties. D'où, souvent, des conflits de devoirs, entre orientation politique et liens personnels.
Ce problème occupe une place importante dans le traité (cf. exemples de Blosius de Cumes et de Tiberius Gracchus), pour ne pas dire essentielle. Cicéron y fut lui-même confronté à maintes reprises, tout particulièrement lors de la guerre civile. En effet, il était partagé entre ce qu'il devait à Pompée, son estime plus grande pour César, et son sens de la légalité. Au terme du conflit, il connaîtra le même dilemne, lorsque le nouveau maître de Rome, Auguste, auquel il s'était rallié, laissera percer les traits d'un tyran.

[5] V.

(17) Laelius : Ego uero non grauarer, si mihi ipse confiderem ; nam et praeclara res est et sumus, ut dixit Fannius, otiosi. Sed quis ego sum ? aut quae est inme facultas ? doctorum est ista consuetudo, eaque Graecorum, ut iis ponaturde quo disputent quamuis subito ; magnum opus est egetque exercitatione nonparua. Quam ob rem quae disputari de amicitia possunt, ab eis censeo petatis qui ista profitentur ; ego uos hortari tantum possum ut amicitiam omnibus rebus humanis anteponatis ; nihil est enim tam naturae aptum, tam conueniens ad res uel secundas uel aduersas.

(18) Sed hoc primum sentio, nisi in bonis amicitiam esse non posse ; nequeid ad uiuum reseco, ut illi qui haec subtilius disserunt, fortasse uere, sed ad
communem utilitatem parum ; negant enim quemquam esse uirum bonum nisisapientem.  Sit ita sane ; sed eam sapientiam interpretantur quam adhuc mortalis nemoest consecutus, nos autem ea quae sunt in usu uitaque communi, non ea quae finguntur aut optantur, spectare debemus. Numquam ego dicam C- Fabricium, M- Curium, Ti-  Coruncanium, quos sapientes nostri maiores iudicabant, ad istorum normam fuisse sapientes. Quare sibi habeant sapientiae nomen et inuidiosum et obscurum ;  concedant ut uiri boni fuerint. Ne id quidem facient, negabunt id nisis apienti posse concedi.

(19) Agamus igitur pingui, ut aiunt, Minerua. Qui ita se gerunt, ita uiuunt ut
eorum probetur fides, integritas, aequitas, liberalitas, nec sit in eis ulla cupiditas, libido, audacia, sintque magna constantia, ut ii fuerunt modoquos
nominaui, hos uiros bonos, ut habiti sunt, sic etiam appellandos putemus, quia sequantur, quantum homines possunt, naturam optimam bene uiuendiducem. Sic enim mihi perspicere uideor, ita natos esse nos ut inter omnes esset societas quaedam, maior autem ut quisque proxime accederet. Itaque ciues potioresquam peregrini, propinqui quam alieni ; cum his enim amicitiam natura ipsa peperit ;  sed ea non satis habet firmitatis. Namque hoc praestat amicitia propinquitati,  quod ex propinquitate beneuolentia tolli potest, ex amicitia non potest ; sublata enim beneuolentia amicitiae nomen tollitur, propinquitatis manet.

(20) Quanta autem uis amicitiae sit, ex hoc intellegi maxime potest, quod ex
infinita societate generis humani, quam conciliauit ipsa natura, ita contracta
res est et adducta in angustum ut omnis caritas aut inter duos aut interpaucos iungeretur.




Traduction :

[5] V. - LÉLIUS : Je ne me ferais pas prier si j'avais confiance en moi-même : le sujet est beau et, comme l'a dit Fannius, nous sommes de loisir. Mais qui suis-je ?  Quels sont mes moyens ? C'est aux philosophes et aux Grecs, lorsqu'on leur donne un sujet quelconque, de le traiter même sans préparation. Pareil exploit n'est possible que pour un esprit bien exercé. Je vous engage donc à demander une théorie complète de l'amitié aux philosophes de profession, pour moi je me contenterai  de vous exhorter de mon mieux à mettre l'amitié au-dessus de tous les biens terrestres. Rien en effet ne s'accorde mieux avec la nature, rien n'est aussi précieux dans la prospérité comme dans l'adversité.
Sachez-le tout d'abord, mon opinion est qu'il ne peut y avoir d'amitié qu'entre gens de bien ; je ne prends pas le mot dans un sens trop radical comme le font ces philosophes qui développent à ce sujet des considérations subtiles ; peut-être ont-ils raison, mais ce qu'ils disent n'a guère d'application à la vie, car ils nient qu'à moins d'être un sage on puisse être homme de bien. Je le veux bien, mais par sagesse ils entendent une perfection que nul mortel n'a jamais possédée, tandis que nous, nous avons en vue des mérites adaptés à la pratique de la vie ordinaire et non une perfection qui n'existe que dans l'imagination ou qui n'est qu'un idéal inaccessible.
Je ne dirai jamais qu'un Caïus Fabricius, un Manius Curius, un Tiberius Coruncanius, tenus pour sages par nos ancêtres, furent des sages conformes au canon institué par ces philosophes. Laissons-leur donc ce mot de sagesse trop ambitieux et peu clair et qu'ils nous permettent de qualifier de gens de bien ceux dont je viens de parler. Ils n'y consentiront pas, ils nieront qu'on puisse conférer ce titre à d'autres qu'aux sages.
Tenons-nous-en donc aux données du gros bon sens, comme on dit. Des hommes dont la conduite, dont la vie, mérite qu'on loue leur loyauté, leur droiture, leur sens de l'équité, leur générosité, en qui l'on ne trouve ni convoitise, ni goût déréglé du plaisir, ni prétention insolente, mais qui
possèdent en revanche un caractère ferme (et tels furent ceux que j'ai nommés), croyons qu'on doit les appeler gens de bien : ils suivent, autant qu'il est donné à l'homme de le faire, la nature qui est, pour bien vivre, le meilleur des guides. Telle est en effet ma conviction : nous autres hommes sommes faits pour vivre en société mais le lien social est d'autant plus étroit que nous sommes plus rapprochés les uns des autres. C'est ainsi que les concitoyens passent avant les étrangers, les proches avant ceux qui ne sont pas de notre famille : entre ceux de notre famille et nous-mêmes la nature a établi des liens d'affinité mais qui ne sont pas toujours solides. C'est en quoi l'amitié l'emporte sur la parenté : il peut arriver qu'entre parents la bienveillance mutuelle vienne à manquer, entre amis c'est impossible. Sans cette bienveillance, en effet, il n'y a plus rien qu'on puisse appeler amitié, tandis que la parenté subsiste. On peut se faire une idée de ce que vaut l'amitié en la comparant à la société, voulue par la nature, qui ne connaît pas de limites puisqu'elle s'étend au genre humain : cette société se réduit, dans l'amitié, dans des proportions telles et à des bornes si étroites qu'une tendre affection ne peut jamais lier entre elles que deux personnes ou un très petit nombre.

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).


Dernière édition par Lydia le Mer 29 Juil 2015, 18:53, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Cicéron - Oeuvres   Lun 27 Juil 2015, 15:10


Des supplices


Le De suppliciis fait partie des cinq discours que Cicéron a écrit après avoir gagné le procès contre Verrès. Il s'était senti frustré du succès oratoire qu'il était certain d'obtenir dans les séances suivantes.


Ce réquisitoire comprend deux parties :

- Première partie : Les partisans de Verrès arguent que la République a besoin de bons généraux de son espèce. Mais où Verrès a-t-il montré des qualités militaires ? Dans la guerre contre les esclaves ? La Sicile n'a pas connu ces bandes d'esclaves évadés qui sont un fléau dans beaucoup de régions. Dans la guerre contre les pirates ? La mobilisation des Siciliens a été pour lui d'un bon rapport : le nombre des exemptions qu'il a vendues n'avait laissé qu'un fantôme de flotte. Tandis qu'il menait joyeuse vie, il avait confié le commandement de celle-ci à un Syracusain dont la présence le gênait : l'incapacité de cet amiral, qui abandonna même son navire, permit aux pirates d'entrer dans Syracuse. Les capitaines furent exécutés pour payer les fautes de leur chef et du gouverneur.


- Deuxième partie : (qui explique le titre) Verrès a supplicié des citoyens romains. Dans ces deux chefs d'accusation - incapacité et abus criminel de pouvoir - Cicéron, dont l'éloquence n'était plus à démontrer, trouva une occasion d'exercer son talent en variant les styles : ironie pour brosser un tableau spirituel de l'activité militaire de Verrès, violence de l'invective, puissance de l'émotion pour lui reprocher sa défaite ou sa conduite impardonnable envers des citoyens romains.



Début de la première partie :

1. Nemini video dubium esse, iudices, quin apertissime C. Verres in Sicilia sacra profanaque omnia et privatim et publice spoliarit, versatusque sit sine ulla non modo religione verum etiam dissimulatione in omni genere furandi atque praedandi. Sed quaedam mihi magnifica et praeclara eius defensio ostenditur ; cui quem ad modum resistam multo mihi ante est, iudices, providendum. Ita enim causa constituitur, provinciam Siciliam virtute istius et vigilantia singulari dubiis formidolosisque temporibus a fugitivis atque a belli periculis tutam esse servatam.
2. Quid agam, iudices ? quo accusationis meae rationem conferam ? quo me vertam ? ad omnis enim meos impetus quasi murus quidam boni nomen imperatoris opponitur. Novi locum ; video ubi se iactaturus sit Hortensius. Belli pericula, tempora rei publicae, imperatorum penuriam commemorabit ; tum deprecabitur a vobis, tum etiam pro suo iure contendet ne patiamini talem imperatorem populo Romano Siculorum testimoniis eripi, ne obteri laudem imperatoriam criminibus avaritiae velitis.
3. Non possum dissimulare, iudices ; timeo ne C. Verres propter hanc eximiam virtutem in re militari omnia quae fecit impune fecerit. Venit enim mihi in mentem in iudicio M'. Aquili quantum auctoritatis, quantum momenti oratio M. Antoni habuisse existimata sit ; qui, ut erat in dicendo non solum sapiens sed etiam fortis, causa prope perorata ipse arripuit M'. Aquilium constituitque in conspectu omnium tunicamque eius a pectore abscidit, ut cicatrices populus Romanus iudicesque aspicerent adverso corpore exceptas ; simul et de illo vulnere quod ille in capite ab hostium duce acceperat multa dixit, eoque adduxit eos qui erant iudicaturi vehementer ut vererentur ne, quem virum fortuna ex hostium telis eripuisset, cum sibi ipse non pepercisset, hic non ad populi Romani laudem sed ad iudicum crudelitatem videretur esse servatus.
4. Eadem nunc ab illis defensionis ratio viaque temptatur, idem quaeritur. Sit fur, sit sacrilegus, sit flagitiorum omnium vitiorumque princeps ; at est bonus imperator, at felix et ad dubia rei publicae tempora reservandus. Non agam summo iure tecum, non dicam id quod debeam forsitan obtinere, cum iudicium certa lege sit,--non quid in re militari fortiter feceris, sed quem ad modum manus ab alienis pecuniis abstinueris abs te doceri oportere ; non, inquam, sic agam, sed ita quaeram, quem ad modum te velle intellego, quae tua opera et quanta fuerit in bello.



Traduction :

1.Juges, je ne vois personne parmi vous qui ne soit convaincu que Verrès a dépouillé ouvertement dans la Sicile tous les édifices, tant sacrés que profanes, tant publics que privés, et que, sans pudeur comme sans remords, il s'est rendu coupable de tous les genres de vol et de brigandage. Mais on m'annonce pour sa défense un moyen imposant, merveilleux, auquel je ne puis répondre qu'après avoir mûrement réfléchi. On se propose de prouver que, dans les circonstances les plus difficiles et les plus effrayantes, sa valeur et sa rare vigilance ont préservé la Sicile des dangers de la guerre et de la fureur des esclaves révoltés.
2. Que faire ? de quel côté diriger mes efforts ? A toutes mes attaques on oppose, comme un mur d'airain, le titre de grand général. Je connais ce lieu commun ; je vois la carrière qui s'ouvre à l'éloquence d'Hortensius. Il vous peindra les périls de la guerre et les malheurs de la république ; il parlera de la disette des bons généraux ; puis, implorant votre clémence, que dis-je ? réclamant votre justice, il vous conjurera de ne pas souffrir qu'un tel général soit sacrifié à des Siciliens, et de ne pas vouloir que de si beaux lauriers soient flétris par des allégations d'avarice.
3. Je ne peux le dissimuler, j'appréhende que ses talents militaires n'assurent à Verrès l'impunité de tous ses forfaits. Je me rappelle l'effet prodigieux que produisit le discours d'Antonius dans le procès d'Aquillius. Après avoir développé les moyens de sa cause, cet orateur, qui joignait à la plus pressante logique l'impétuosité des mouvements les plus passionnés, saisit lui-même Aquillius ; il l'offrit aux regards de l'assemblée, et lui déchirant sa tunique, il fit voir au peuple romain et aux juges les nobles cicatrices dont sa poitrine était couverte ; mais surtout il déploya toutes les forces de son éloquence, en leur montrant le coup terrible que le chef des rebelles avait frappé sur la tête de ce brave guerrier. Telle fut l'impression de ce discours sur tous ceux qui devaient prononcer dans la cause, qu'ils craignirent que la fortune, en arrachant ce généreux citoyen à la mort qu'il avait affrontée avec tant d'intrépidité, ne semblât avoir conservé une victime à la rigueur impitoyable des juges.
4. Des adversaires veulent essayer aujourd'hui le même moyen : ils vont suivre la même marche ; ils tendent au même but. Que Verrès soit un brigand, qu'il soit un sacrilège, un monstre souillé de tous les crimes, flétri de tous les vices ; ils l'accordent. Mais, disent-ils, c'est un grand général, c'est un guerrier heureux, un héros qu'il faut réserver pour les besoins de la
république. Avec vous, Verrès, je ne procéderai pas à la rigueur : je ne dirai pas, quoique peut-être je m'en dusse tenir à ce seul point, que, l'objet de la cause étant déterminé par la loi, il ne s'agit pas de nous entretenir de vos exploits guerriers, mais qu'il faut prouver que vos mains sont pures. Non, ce n'est pas ainsi que je veux en user ; je me prêterai à vos désirs, et je chercherai quels sont donc ces éminents services que vous avez rendus dans la guerre.


Début de la deuxième partie :

139. Satis est factum Siculis, satis officio ac necessitudini, satis promisso nostro ac recepto. Reliqua est ea causa, iudices, quae iam non recepta sed innata, neque delata ad me sed in animo sensuque meo penitus adfixa atque insita est; quae non ad sociorum salutem, sed ad civium Romanorum, hoc est ad unius cuiusque nostrum, vitam et sanguinem pertinet. In qua nolite a me, quasi dubium sit aliquid, argumenta, iudices, exspectare : omnia quae dicam sic erunt inlustria ut ad eaprobanda totam Siciliam testem adhibere possem. Furor enim quidam, sceleris et audaciae comes, istius effrenatum animum importunamque naturam tanta oppressit amentia ut numquam dubitaret in conventu palam supplicia, quae in convictos malefici servos constituta sunt, ea in civis Romanos expromere.
140. Virgis quam multos ceciderit quid ego commemorem ? Tantum brevissime, iudices, dico : nullum fuit omnino civitatis isto praetore in hoc genere discrimen. Itaque iam consuetudine ad corpora civium Romanorum etiam sine istius nutu ferebatur manus ipsa lictoris. Num potes hoc negare, Verres, in foro Lilybaei maximo conventu C. Servilium, civem Romanum e conventu Panhormitano, veterem negotiatorem, ad tribunal ante pedes tuos ad terram virgis et verberibus abiectum ? Aude hoc primum negare, si potes ; nemo Lilybaei fuit quin viderit, nemo in Sicilia quin audiverit. Plagis confectum dico a lictoribus tuis civem Romanum ante oculos tuos concidisse.
141. At quam ob causam, di immortales ! tametsi iniuriam facio communi causae et iuri civitatis ; quasi enim ulla possit esse causa cur hoc cuiquam civi Romano iure accidat, ita quaero quae in Servilio causa fuerit. Ignoscite in hoc uno, iudices ; in ceteris enim non magnopere causas requiram. Locutus erat liberius de istius improbitate atque nequitia. Quod isti simul ac renuntiatum est, hominem iubet Lilybaeum vadimonium Venerio servo promittere. Promittit ; Lilybaeum venitur. Cogere eum coepit, cum ageret nemo, nemo postularet, sponsionem mille nummum facere cum lictore suo, 'Ni furtis quaestum faceret.' Recuperatores se de cohorte sua dicebat daturum. Servilius et recusare et deprecari ne iniquis iudicibus nullo adversario iudicium capitis in se constitueretur.
142. Haec cum maxime loqueretur, sex lictores circumsistunt valentissimi et ad pulsandos verberandosque homines exercitatissimi, caedunt acerrime virgis ; denique proximus lictor, de quo iam saepe dixi, Sextius, converso baculo oculos misero tundere vehementissime coepit. Itaque ille, cum sanguis os oculosque complesset, concidit, cum illi nihilo minus iacenti latera tunderent, ut aliquando spondere se diceret. Sic ille adfectus illim tum pro mortuo sublatus perbrevi postea est mortuus. Iste autem homo Venerius, adfluens omni lepore ac venustate, de bonis illius in aede Veneris argenteum Cupidinem posuit. Sic etiam fortunis hominum abutebatur ad nocturna vota cupiditatum suarum.



Traduction :

139. J'ai rempli mon devoir envers les Siciliens ; j'ai fait pour eux ce qu'ils avaient droit d'attendre d'un défenseur et d'un ami ; mes promesses sont acquittées et mes engagements remplis. Il me reste à défendre une cause que personne ne m'a confiée ; c'est en qualité de citoyen que je l'entreprends : je ne suis plus l'organe d'un ressentiment étranger ; je me livre aux transports d'une âme profondément indignée. Il ne s'agit plus de la vie de nos alliés, mais du sang des citoyens romains, c'est-à-dire, de l'existence de chacun de nous. Ici, n'attendez pas que j'accumule les preuves : les faits ne sont pas douteux ; et tout ce que je dirai du supplice des citoyens romains est si public et si notoire, que je pourrais appeler en témoignage la Sicile tout entière. Une sorte de frénésie qui accompagne la scélératesse et l'audace, s'était emparée de l'âme de Verrès ; et chez lui le crime était un besoin si pressant, la cruauté une manie si aveugle, qu'en présence d'une foule de Romains il n'hésitait pas à déployer contre nos citoyens les supplices réservés aux esclaves convaincus des plus grands forfaits.
140. Qu'est-il besoin que je dénombre tous ceux qu'il a fait battre de verges ? Il suffira de dire que, durant sa préture, nulle distinction ne fut jamais admise. Aussi la main de son licteur se portait par habitude sur les corps de nos citoyens, sans même attendre un signal du préteur.
Pouvez-vous nier, Verrès, que dans le forum de Lilybée, en présence d'un peuple nombreux, C. Servilius, chevalier romain, ancien négociant de Palerme, est tombé au pied de votre tribunal sous les coups de vos bourreaux ? Niez ce premier fait, si vous l'osez. Tout Lilybée l'a vu, toute la Sicile l'a entendu. Oui, je dis qu'un citoyen est tombé à vos pieds, déchiré de coups par vos licteurs.
141. Et pour quelle cause, grands dieux ! Pardonnez, droits sacrés du citoyen ! Je demande pour quelle cause Servilius a été battu de verges. En est-il donc qui puisse justifier un tel attentat contre un de nos citoyens ? Mais permettez cette question pour une seule fois : désormais je ne m'occuperai guère à chercher les raisons de sa conduite. Servilius s'était expliqué un peu librement sur la perversité et les débauches de Verrès. Aussitôt que Verrès en est informé, il envoie un esclave du temple de Vénus pour l'assigner à comparaître à Lilybée. Servilius promet de s'y rendre ; il s'y rend. Et là, quoique personne ne l'accuse et n'intente action contre lui, Verrès commence par exiger qu'il consigne deux mille sesterces qui seront au profit de son licteur, s'il ne se disculpe pas d'avoir dit que le préteur
s'enrichit par des vols. Il annonce qu'il nommera pour commissaires des hommes de sa suite. Servilius se récrie, et demande qu'un procès criminel ne lui soit pas intenté devant des juges iniques, sans qu'aucun accusateur se lève contre lui.
142. Pendant qu'il proteste avec force, les six licteurs très vigoureux et très exercés à cet infâme ministère, le saisissent et le frappent à coups redoublés. Bientôt le chef des licteurs, Sestius, dont j'ai déjà parlé plus d'une fois, retourne son faisceau et lui frappe les yeux avec une horrible violence. Le visage tout en sang, il tombe aux pieds de ses bourreaux qui ne cessent de lui déchirer les flancs, afin de lui arracher la promesse de consigner. Après cette exécution barbare, il fut emporté comme mort, et mourut en effet peu de temps après. Notre nouvel Adonis, cet homme charmant et pétri de grâces, fit placer aux dépens de cet infortuné un Cupidon d'argent dans le temple de Vénus. C'était ainsi que le vol acquittait les vœux de la débauche.

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MessageSujet: Re: Cicéron - Oeuvres   Lun 27 Juil 2015, 15:16


Plaidoyer pour Milon



Tout démarre à partir d'un fait divers : Sur la voie Appienne, à 15 km de Rome, deux cortèges se croisent : des femmes, des musiciens, des esclaves, et quelques gladiateurs habiles à manier les armes. Une bagarre éclate entre les esclaves des deux cortèges : un des maîtres, Clodius, est tué. Le meurtrier est Milon, deux hommes politiques qui avaient déjà fait parler d'eux, positivement ou négativement. Clodius n'avait d'abord été que blessé par les esclaves de Milon mais ce dernier le fit sauvagement achever.

Le procès devait prendre un caractère politique. L'avocat tout désigné était Cicéron, qui s'était déjà fait remarquer dans d'autres affaires criminelles se rattachant à la politique (Verrès, Murena, Cornelius Sylla....).

L'argumentation de Cicéron est la suivante : Pour réaliser ses projets politiques, Clodius devait se débarrasser de Milon, assuré d'être élu consul. C'est donc lui l'agresseur. Ce dernier a été tué. Milon, qui était en état de légitime défense, mérite l'acquittement. Milon a sauvé le pays en le délivrant d'un révolutionnaire odieux : il a droit aux plus hautes récompenses.




Début de la plaidoirie :


Etsi vereor, iudices, ne turpe sit pro fortissimo viro dicere incipientem timere, minimeque deceat, cum T. Annius ipse magis de rei publicae salute quam de sua perturbetur, me ad eius causam parem animi magnitudinem adferre non posse, tamen haec novi iudici nova forma terret oculos, qui, quocumque inciderunt, consuetudinem fori et pristinum morem iudiciorum requirunt. Non enim corona consessus vester cinctus est, ut solebat ; non usitata frequentia stipati sumus : non illa praesidia, quae pro templis omnibus cernitis, etsi contra vim conlocata sunt, non adferunt tamen [oratori] aliquid, ut in foro et in iudicio, quamquam praesidiis salutaribus et necessariis saepti sumus, tamen ne non timere quidem sine aliquo timore possimus. Quae si opposita Miloni putarem, cederem tempori, iudices, nec inter tantam vim armorum existimarem esse oratori locum. Sed me recreat et reficit Cn. Pompei, sapientissimi et iustissimi viri, consilium, qui profecto nec iustitiae suae putaret esse, quem reum sententiis iudicum tradidisset, eundem telis militum dedere, nec sapientiae, temeritatem concitatae multitudinis auctoritate publica armare. Quam ob rem illa arma, centuriones, cohortes non periculum nobis, sed praesidium denuntiant ; neque solum ut quieto, sed etiam ut magno animo simus hortantur ; neque auxilium modo defensioni meae, verum etiam silentium pollicentur. Reliqua vero multitudo, quae quidem est civium, tota nostra est ; neque eorum quisquam, quos undique intuentis, unde aliqua fori pars aspici potest, et huius exitum iudici exspectantis videtis, non cum virtuti Milonis favet, tum de se, de liberis suis, de patria, de fortunis hodierno die decertari putat.




Traduction :


Juges, il est honteux peut-être de trembler au moment où j'ouvre la bouche pour défendre le plus courageux des hommes ; peut-être, lorsque Milon, oubliant son propre danger, ne s'occupe que du salut de la patrie, je devrais rougir de ne pouvoir apporter à sa cause une fermeté d'âme égale à la sienne ; mais, je l'avoue, cet appareil nouveau d'un tribunal extraordinaire effraye mes regards : de quelque côté qu'ils se portent, ils ne retrouvent ni l'ancien usage du forum, ni la forme accoutumée de nos jugements. Cette enceinte où vous siégez n'est plus aujourd'hui environnée par la foule, et nous n'avons pas à nos côtés cette multitude qui se pressait pour nous entendre. Les troupes que vous voyez remplir les portiques de tous ces temples, quoique destinées à repousser la violence, ne sont pas faites cependant pour rassurer l'orateur : quelque utile, quelque nécessaire même que soit leur présence, elle ne peut empêcher que, dans le forum et devant un tribunal , un sentiment de crainte ne se mêle toujours à la confiance qu'elle nous inspire. Si je croyais que ces forces fussent armées contre Milon, je céderais aux circonstances, et je ne penserais pas qu'on dût rien attendre de l'éloquence contre la puissance des armes. Mais les intentions d'un citoyen aussi juste, aussi sage que Pompée, me rassurent et dissipent mes craintes. Sans doute sa justice lui défendrait de livrer au fer des soldats un accusé qu'il a remis au pouvoir des juges, et sa prudence ne lui permettrait pas d'armer de l'autorité publique les fureurs d'une multitude égarée. Ainsi donc ces armes, ces centurions, ces cohortes, nous annoncent des protecteurs, et non des ennemis ; ils doivent, je ne dis pas calmer nos inquiétudes, mais nous remplir de courage ; ils me promettent, non pas seulement un appui, mais le silence dont j'ai besoin. Le reste de l'assemblée, je parle des citoyens, nous est entièrement favorable ; et, parmi cette foule de spectateurs que vous voyez , dans l'attente de ce jugement, fixer ici leurs regards, de tous les lieux d'où l'on peut apercevoir quelque partie du forum, il n'est personne qui ne forme des vœux pour Milon ; personne qui, dans la cause de ce vertueux citoyen, ne retrouve sa propre cause, celle de ses enfants, de sa patrie, et de ses plus chers intérêts.

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MessageSujet: Re: Cicéron - Oeuvres   Lun 27 Juil 2015, 15:25


Plaidoyer pour Muréna (Pro Murena)



L'année 63 fut marquée par de nombreux événements. Soutenu par l'ambitieux César qui veut briser l'opposition du Sénat, Catilina s'est de nouveau porté candidat au Sénat. Ses slogans avaient de quoi faire peur : abolition des dettes, répartition des biens... C'était tout simplement bousculer l'économie de l'Etat romain. Il entraînait avec lui les nobles ruinés, les petits propriétaires écrasés de dettes, les bergers misérables, les pauvres qui mettaient leur espoir dans l'expropriation des riches. Son affirmation (« jamais un riche ne voudra améliorer le sort des malheureux » ; contre les « honnêtes gens ») a marqué les esprits. Il se présentait comme le candidat de ses « malheureux ». Le consul Cicéron réunit alors le Sénat, et, de ce fait, retarde les élections. Il tenta de compromettre Catilina, en vain. Trois autres candidats se disputaient les deux places de consul : Décimus Julius Silanus, Servius Sulpicius Rufus et, celui qui nous intéresse, Publius Licinius Muréna, un vaillant soldat qui, en 84, accompagna son père en Asie, lors de la première campagne contre Mithridate, et prit part à la deuxième campagne comme aide de camp de Lucullus. Pour la seconde fois, les électeurs ne voulurent pas de Catilina. Silanus et Murena furent élus.
Catilina prépare une insurrection. Cicéron l'apprend. Il prévient le Sénat, donne le plein pouvoir aux magistrats et arme les bons citoyens. Il sait que son assassinat est également prévu. Pour intimider Catilina, qui n'a pas craint d'assister au Sénat, il affirme qu'il est au courant de tout.
Au milieu de toutes ces incertitudes, de ces angoisses, un procès pour corruption électorale met en cause un soutien des « honnêtes gens », un des deux consuls désignés pour prendre leurs fonctions le 1er janvier :  Publius Licinius Muréna. Qui intente donc ce procès ? Il s'agit de Servius Sulpicius Rufus qui avait menacé ses concurrents de les poursuivre pour leurs manœuvres de corruption et qui, après son échec, tient sa promesse, ne s'en prenant cependant qu'à Murena, ni plus ni moins coupable que les autres. Rufus est soutenu par un homme estimé de tous, Marcus Porcius Caton, arrière-petit-fils du sévère Caton le Censeur, modèle même de l'honnêteté.
Muréna choisit pour avocats deux des plus célèbres orateurs du temps : Marcus Crassus et Quintus Hortensius. Cependant, malgré sa loi toute récente contre la corruption électorale, son amitié pour Sulpicius, son estime pour Caton, Cicéron tient à intervenir en faveur de l'accusé. Une vieille amitié les liait.



Texte latin :

Quae precatus a dis immortalibus sum, iudices, more institutoque maiorum illo die quo auspicato comitiis centuriatis L. Murenam consulem renuntiavi, ut ea res mihi fidei magistratuique meo, populo plebique Romanae bene atque feliciter eveniret, eadem precor ab isdem dis immortalibus ob eiusdem hominis consulatum una cum salute obtinendum, et ut vestrae mentes atque sententiae cum populi Romani voluntatibus suffragiisque consentiant, eaque res vobis populoque Romano pacem, tranquillitatem, otium concordiamque adferat. Quod si illa sollemnis comitiorum precatio consularibus auspiciis consecrata tantam habet in se vim et religionem quantam rei publicae dignitas postulat, idem ego sum precatus ut eis quoque hominibus quibus hic consulatus me rogante datus esset ea res fauste feliciter prospereque eveniret.
Quae cum ita sint, iudices, et cum omnis deorum immortalium potestas aut translata sit ad vos aut certe communicata vobiscum, idem consulem vestrae fidei commendat qui antea dis immortalibus commendavit, ut eiusdem hominis voce et declaratus consul et defensus beneficium populi Romani cum vestra atque omnium civium salute tueatur.
Et quoniam in hoc officio studium meae defensionis ab accusatoribus atque etiam ipsa susceptio causae reprensa est, ante quam pro L. Murena dicere instituo, pro me ipso pauca dicam, non quo mihi potior hoc quidem tempore sit offici mei quam huiusce salutis defensio, sed ut meo facto vobis probato maiore auctoritate ab huius honore fama fortunisque omnibus inimicorum impetus propulsare possim.
Et primum M. Catoni vitam ad certam rationis normam derigenti et diligentissime perpendenti momenta officiorum omnium de officio meo respondebo. Negat fuisse rectum Cato me et consulem et legis ambitus latorem et tam severe gesto consulatu causam L. Murenae attingere. Cuius reprehensio me vehementer movet, non solum ut vobis, iudices, quibus maxime debeo, verum etiam ut ipsi Catoni, gravissimo atque integerrimo viro, rationem facti mei probem. A quo tandem, M. Cato, est aequius consulem defendi quam a consule ? Quis mihi in re publica potest aut debet esse coniunctior quam is cui res publica a me iam traditur sustinenda magnis meis laboribus et periculis sustentata ? Quod si in eis rebus repetendis quae mancipi sunt is periculum iudici praestare debet qui se nexu obligavit, profecto etiam rectius in iudicio consulis designatiis potissimum consul qui consulem declaravit auctor benefici populi Romani defensorque periculi esse debebit.
Ac si, ut non nullis in civitatibus fieri solet, patronus huic causae publice constitueretur, is potissimum summo honore adfecto defensor daretur qui eodem honore praeditus non minus adferret ad dicendum auctoritatis quam facultatis. Quod si e portu solventibus ei qui iam in portum ex alto invehuntur praecipere summo studio solent et tempestatum rationem et praedonum et locorum, quod natura adfert ut eis faveamus qui eadem pericula quibus nos perfuncti sumus ingrediantur, quo tandem me esse animo oportet prope iam ex magna iactatione terram videntem in hunc cui video maximas rei publicae tempestates esse subeundas ? Qua re si est boni consulis non solum videre quid agatur verum etiam providere quid futurum sit, ostendam alio loco quantum salutis communis intersit duos consules in re publica Kalendis Ianuariis esse.
Quod si ita est, non tam me officium debuit ad hominis amici fortunas quam res publica consulem ad communem salutem defendendam vocare. Nam quod legem de ambitu tuli, certe ita tuli ut eam quam mihimet ipsi iam pridem tulerim de civium periculis defendendis non abrogarem. Etenim si largitionem factam esse confiterer idque recte factum esse defenderem, facerem improbe, etiam si alius legem tulisset ; cum vero nihil commissum contra legem esse defendam, quid est quod meam defensionem latio legis impediat ?
Negat esse eiusdem severitatis Catilinam exitium rei publicae intra moenia molientem verbis et paene imperio ex urbe expulisse et nunc pro L. Murena dicere. Ego autem has partis lenitatis et misericordiae quas me natura ipsa docuit semper egi libenter, illam vero gravitatis seve ritatisque personam non appetivi, sed ab re publica mihi impositam sustinui, sicut huius imperi dignitas in summo periculo civium postulabat. Quod si tum, cum res publica vim et severitatem desiderabat, vici naturam et tam vehemens fui quam cogebar, non quam volebam, nunc cum omnes me causae ad misericordiam atque ad humanitatem vocent, quanto tandem studio debeo naturae meae consuetudinique servire ? Ac de officio defensionis meae ac de ratione accusationis tuae fortasse etiam alia in parte orationis dicendum nobis erit.
Sed me, iudices, non minus hominis sapientissimi atque ornatissimi, Ser. Sulpici, conquestio quam Catonis accusatio commovebat qui gravissime et acerbissime ferre dixit me familiaritatis necessitudinisque oblitum causam L. Murenae contra se defendere. Huic ego, iudices, satis facere cupio vosque adhibere arbitros. Nam cum grave est vere accusari in amicitia, tum, etiam si falso accuseris, non est neglegendum. Ego, Ser. Sulpici, me in petitione tua tibi omnia studia atque officia pro nostra necessitudine et debuisse confiteor et praestitisse arbitror. Nihil tibi consulatum petenti a me defuit quod esset aut ab amico aut a gratioso aut a consule postulandum. Abiit illud tempus ; mutata ratio est. Sic existimo, sic mihi persuadeo, me tibi contra honorem Murenae quantum tu a me postulare ausus sis, tantum debuisse, contra salutem nihil debere.
Neque enim, si tibi tum cum peteres cum Murenam ipsum petas, adiutor eodem pacto esse debeo. Atque hoc non modo non laudari sed ne concedi quidem potest ut amicis nostris accusantibus non etiam alienissimos defendamus. Mihi autem cum Murena, iudices, et magna et vetus amicitia est, quae in capitis dimicatione a Ser. Sulpicio non idcirco obruetur quod ab eodem in honoris contentione superata est. Quae si causa non esset, tamen vel dignitas hominis vel honoris eius quem adeptus est amplitudo summam mihi superbiae crudelitatisque infamiam inussisset, si hominis et suis et populi Romani ornamentis amplissimi causam tanti periculi repudiassem. Neque enim iam mihi licet neque est integrum ut meum laborem hominum periculis sublevandis non impertiam. Nam cum praemia mihi tanta pro hac industria sint data quanta antea nemini, sic exceperis, eos, cum adeptus sis, deponere, esse hominis et astuti et ingrati.
Quod si licet desinere, si te auctore possum, si nulla inertiae , nulla superbiae turpitudo, nulla inhumanitatis culpa suscipitur, ego vero libenter desino. Sin autem fuga laboris desidiam, repudiatio supplicum superbiam, amicorum neglectio improbitatem coarguit, nimirum haec causa est eius modi quam nec industrius quisquam nec misericors nec officiosus deserere possit. Atque huiusce rei coniecturam de tuo ipsius studio, Servi, facillime ceperis. Nam si tibi necesse putas etiam adversariis amicorum tuorum de iure consulentibus respondere, et si turpe existimas te advocato illum ipsum quem contra veneris causa cadere, noli tam esse iniustus ut, cum tui fontes vel inimicis tuis pateant, nostros etiam amicis putes clausos esse oportere.
Etenim si me tua familiaritas ab hac causa removisset, et si hoc idem Q. Hortensio, M. Crasso, clarissimis viris, si item ceteris a quibus intellego tuam gratiam magni aestimari accidisset, in ea civitate consul designatus defensorem non haberet in qua nemini umquam infimo maiores nostri patronum deesse voluerunt. Ego vero, iudices, ipse me existimarem nefarium si amico, crudelem si misero, superbum si consuli defuissem. Qua re quod dandum est amicitiae, large dabitur a me, ut tecum agam, Servi, non secus ac si meus esset frater, qui mihi est carissimus, isto in loco ; quod tribuendum est officio, fidei, religioni, id ita moderabor ut meminerim me contra amici studium pro amici periculo dicere.



Traduction :

Romains, le jour où, après avoir pris les auspices, je proclamai, dans les comices assemblés par centuries, L. Muréna consul, je demandai aux dieux immortels, suivant l'usage établi par nos ancêtres, qu'un tel choix eût d'heureux résultats pour moi, pour la charge, que j'exerce encore et pour tous les ordres de l'État. J'adresse aujourd'hui les mêmes prières aux dieux, et leur demande pour le même homme le maintien de ses droits de consul et de citoyen. Je leur demande que l'accord de vos opinions et de vos sentiments avec les intentions et les suffrages du peuple romain, vous assure, ainsi qu'à la république, la paix, la tranquillité, le repos et l'union. S'il est vrai que cette prière solennelle des comices, consacrée par les auspices consulaires, ait le caractère imposant et sacré qu'exige la dignité de notre république, sachez que j'ai demandé de plus aux dieux immortels que les citoyens à qui le consulat serait décerné sur ma proposition, trouvassent dans cet honneur succès, bonheur et prospérité. Puisqu'il en est ainsi, juges ; puisque les dieux vous ont investis de tout leur pouvoir, ou du moins l'ont partagé entre vous, le consul qui naguère leur a recommandé Muréna, le recommande à votre justice, afin que, défendu par la même voix qui l'a proclamé consul, il conserve, avec le bienfait du peuple romain, le moyen de veiller à votre salut et à celui de tous les citoyens. Mais comme l'accomplissement de ce devoir a été blâmé par la partie adverse, qui me fait un crime de mon zèle à défendre Muréna, et va jusqu'à me reprocher de m'être chargé de cette cause, avant de commencer à parler pour lui, je dirai quelques mots pour ma propre justification, non que je la préfère à son salut, dans les circonstances présentes ; mais ma conduite une fois justifiée devant vous, je trouverai dans votre approbation une nouvelle force pour repousser les attaques que ses ennemis dirigent contre sa dignité, son honneur et sa fortune.
C'est d'abord à Caton, dont la vie entière est réglée sur la raison, et qui pèse si consciencieusement l'importance de tous nos devoirs, que je répondrai sur le mien. Caton prétend que ma dignité de consul, la loi contre la brigue dont je suis l'auteur, et la sévérité avec laquelle j'exerce le consulat, m'imposaient l'obligation de rester étranger à cette cause. Ce reproche me touche vivement, et me fait une loi de me disculper, non seulement à vos yeux, juges, comme je le dois avant tout, mais encore à ceux d'un personnage aussi recommandable et aussi intègre que Caton. Dites-moi, Caton, quel défenseur plus naturel un consul peut-il avoir qu'un consul ? La république a-t-elle un citoyen auquel je puisse, auquel je doive être plus attaché que celui qui a reçu de moi le soin de la soutenir, comme je l'ai fait au prix de mon repos et au péril de mes jours ? Si, quand on réclame la mise en possession d'une propriété légitimement acquise, celui qui s'est engagé par la vente doit garantir l'acquéreur de toutes les chances du jugement, n'est-il pas plus juste encore que, dans la cause d'un consul désigné, son prédécesseur, celui qui l'a déclaré consul, écarte de lui les périls qui le menacent et le maintienne en possession des bienfaits du peuple romain ? Et si, suivant l'usage de quelques cités, on nommait, pour cette cause, un défenseur d'office, sans doute on confierait de préférence le soin de plaider pour un homme destiné à une dignité, celui qui, revêtu de la même dignité, joindrait l'autorité du magistrat au talent de l'orateur. Les navigateurs qui rentrent dans le port après une longue traversée, ont coutume de donner à ceux qui mettent à la voile des avis qui les prémunissent contre les tempêtes, les pirates, et les écueils ; sentiment naturel, qui nous inspire de l'intérêt pour ceux qui vont braver les périls auxquels nous avons échappé nous-mêmes. Et moi, qui, après une si terrible tourmente, aperçois enfin la terre, ne dois je pas m'intéresser à un homme que je vois prêt à se risquer sur cette mer orageuse ? Enfin si le devoir d'un consul est non-seulement de veiller au présent, mais de songer à l'avenir, je montrerai plus loin combien il importe au salut général que la république ait deux consuls aux calendes de janvier. Et l'on verra que c'était moins la voix de l'amitié qui m'engageait à défendre la fortune de Muréna, que celle de la république qui appelait le consul à la défense du salut de tous.
J'ai porté une loi contre la brigue ; mais mon intention n'a pas été d'abroger celle que depuis longtemps je m'étais imposée à moi-même, de me vouer à la défense de mes concitoyens. Si j'avouais que mon client a acheté les suffrages, et si je prétendais qu'il a eu raison de le faire, j'aurais tort, un autre fût-il l'auteur de la loi. Mais comme je soutiens que la loi n'a pas été violée, pourquoi sa promulgation me rendrait-elle impossible la défense de cette cause ? Caton prétend qu'il ne peut reconnaître dans le défenseur de Muréna ce sévère consul, dont les paroles et presque les ordres ont chassé de Rome Catilina, qui préparait au sein de nos murs la destruction de la république. J'ai toujours suivi volontiers l'impulsion naturelle qui me porte à la douceur et à l'indulgence : quant à ce rôle de rigueur et de sévérité, je n'ai jamais été jaloux de m'en charger : il m'a été imposé par la république, et je l'ai accompli comme l'exigeaient la dignité du pouvoir consulaire et le danger de Rome. Si donc lorsque l'état des affaires demandait une action sévère et vigoureuse, j'ai fait violence à ma nature pour déployer la rigueur que me commandaient les circonstances et non mon caractère ; aujourd'hui que tout me rappelle a l'indulgence et à l'humanité, avec quel empressement ne dois-je pas me livrer à mes sentiments naturels et à mes habitudes ? mais j'aurai peut-être à parler, dans une autre partie de mon discours, des motifs qui ont fait de moi le défenseur de Muréna, et de vous son accusateur. Juges, les plaintes d'un homme aussi sage et aussi distingué que Servius Sulpicius, ne m'ont pas été moins sensibles que les reproches de Caton. Il n'a pu voir, dit-il, sans un sentiment d'amère douleur, qu'oubliant l'étroite amitié qui nous unit, j'embrasse contre lui la défense de Muréna. Je veux, Romains, lui rendre compte de ma conduite, et vous prononcerez entre nous. Car, s'il est pénible en amitié d'essuyer un juste reproche, on ne doit pas non plus laisser une fausse accusation sans réponse. Assurément, Servius Sulpicius, quand vous demandiez le consulat, notre amitié me faisait un devoir de vous appuyer de tous mes vœux, de tout mon zèle, et ce devoir, je crois l'avoir rempli. J'ai fait alors pour vous tout ce que vous pouviez attendre d'un ami, d'un homme en crédit, d'un consul. Ce temps n'est plus, les circonstances ne sont plus les mêmes. Oui, j'ai le sentiment et la conviction profonde que je devais faire pour vous tout ce que vous pouviez vouloir exiger de moi, tant qu'il s'agissait de l'élection de Muréna ; mais aussi que je ne vous dois plus rien, dès qu'il s'agit d'attaques contre sa personne. Si je vous ai secondé quand vous étiez son compétiteur, ce n'est pas une raison pour vous seconder encore quand vous êtes son ennemi. En un mot, on ne saurait approuver, on ne saurait souffrir qu'une accusation portée par nos amis nous fasse refuser de défendre même un étranger.

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Lydia
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MessageSujet: Re: Cicéron - Oeuvres   Dim 02 Oct 2016, 15:42

Toutes les traductions sont d'Athanase Auger.

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Cicéron - Oeuvres
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