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 Sade [XVIIIe s / France ; Historiettes, contes et fabliaux]

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Lydia
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MessageSujet: Sade [XVIIIe s / France ; Historiettes, contes et fabliaux]   Mar 06 Oct 2015, 20:19



Je vous vois arriver, l'air effrayé, en vous disant que j'ai littéralement craqué en vous présentant un bouquin du "divin Marquis". Je vous rassure de suite, le langage et, surtout, les histoires sont loin, très loin de la Philosophie dans le boudoir ou de Justine ou les malheurs de la vertu. On est dans le "gentillet" ici. Vous ne pensiez tout de même pas que j'allais mettre ici des horreurs ? C'est un forum de bonne tenue, non mais !

Oh, bien sûr, on retrouve les thèmes privilégiés par l'auteur mais il se fait ici conteur et narre l'amour comme on pouvait le faire au Moyen Âge. D'ailleurs les fabliaux sont bien dans cette veine. A ce propos, il va falloir se faire une raison et arrêter de croire que le troubadour (ou le trouvère dans le Nord) ne chantait que des trucs mignons, hein ! Parce que vu le nombre de textes érotiques qui nous sont parvenus, on peut se dire que c'est un cliché que de penser qu'ils étaient purs et vertueux.

Eh bien vous ne me croirez peut-être pas (dans ce cas, allez vérifier), mais les contes et fabliaux de Sade sont beaucoup plus pudiques. Comme quoi, cet écrivain sulfureux savait s'adapter à toutes les situations !

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).


Dernière édition par Lydia le Lun 19 Oct 2015, 09:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sade [XVIIIe s / France ; Historiettes, contes et fabliaux]   Mar 06 Oct 2015, 20:24

Tiens, d'ailleurs, pour vous prouver ce que je raconte, lisez plutôt cette histoire intitulée L'heureuse feinte :


Il y a tout plein de femmes imprudentes qui s'imaginent que, pourvu qu'elles n'en viennent pas au fait avec un amant, elles peuvent sans offenser leur époux se permettre au moins un commerce de galanterie, et, il résulte souvent de cette manière de voir les choses des suites plus dangereuses que si leur chute eût été complète. Ce qui arriva à la marquise de Guissac, femme de condition de Nîmes en Languedoc, est une preuve sûre de ce que nous posons ici pour maxime.

Folle, étourdie, gaie, pleine d'esprit et de gentillesse, Mme de Guissac crut que quelques lettres galantes, écrites et reçues entre elle et le baron d'Aumelas, n'entraîneraient aucune conséquence, premièrement qu'elles seraient ignorées et que si malheureusement elles venaient à être découvertes, pouvant prouver son innocence à son mari, elle ne mériterait nullement sa disgrâce ; elle se trompa… M. de Guissac, excessivement jaloux, soupçonne le commerce, il interroge une femme de chambre, il se saisit d'une lettre, il n'y trouve pas d'abord de quoi légitimer ses craintes, mais infiniment plus qu'il n'en faut pour nourrir des soupçons. Dans ce cruel état d'incertitude, il se munit d'un pistolet et d'un verre de limonade, entre comme un furieux dans la chambre de sa femme…

- Je suis trahi, madame, lui crie-t-il en fureur, lisez ce billet : il m'éclaire ; il n'est plus temps de balancer, je vous laisse le choix de votre mort.

La marquise se défend, elle jure à son époux qu'il se trompe, qu'elle peut être, il est vrai, coupable d'imprudence, mais qu'elle ne l'est assurément pas d'aucun crime.

- Vous ne m'en imposerez plus, perfide, répond le mari furieux, vous ne m'en imposerez plus, dépêchez-vous de choisir, ou cette arme à l'instant va vous priver du jour.

La pauvre Mme de Guissac effrayée se détermine pour le poison, prend la coupe et l'avale.

- Arrêtez, lui dit son époux dès qu'elle en a bu une partie, vous ne périrez pas seule ; haï de vous, trompé par vous, que voudriez-vous que je devinsse au monde ? et en disant cela, il avale le reste du calice.

- Oh monsieur, s'écrie Mme de Guissac, dans l'état affreux où vous venez de nous réduire l'un et l'autre, ne me refusez pas un confesseur, et que je puisse en même temps embrasser pour la dernière fois mon père et ma mère.

On envoie chercher sur-le-champ les personnes que demande cette femme infortunée, elle se jette dans le sein de ceux qui lui ont donné le jour et proteste de nouveau qu'elle n'est point coupable. Mais quels reproches faire à un mari qui se croit trompé et qui ne punit aussi cruellement sa femme qu'en s'immolant lui-même ? Il ne s'agit que de se désespérer, et les pleurs coulent également de toutes parts.

Cependant le confesseur arrive…

- Dans ce cruel instant de ma vie, dit la marquise, je veux pour la consolation de mes parents et pour l'honneur de ma mémoire faire une confession publique.

Et en même temps elle s'accuse tout haut de tout ce que la conscience lui reproche depuis qu'elle est née.

Le mari attentif et qui n'entend point parler du baron d'Aumelas, bien sûr que ce n'est point dans un moment pareil où sa femme osera employer la dissimulation, se relève au comble de la joie.

- Ô mes chers parents, s'écrie-t-il en embrassant à la fois son beau-père et sa belle-mère, consolez-vous, et que votre fille me pardonne la peur que je lui ai faite, elle m'a donné assez d'inquiétude pour qu'il me fût permis de lui en rendre un peu. Il n'y a jamais eu de poison dans ce que nous avons pris l'un et l'autre, qu'elle soit tranquille, soyons-le tous, et qu'elle retienne au moins qu'une femme vraiment honnête non seulement ne doit point faire le mal, mais qu'elle ne doit même jamais le laisser soupçonner.

La marquise eut toutes les peines du monde à revenir de son état ; elle avait si bien cru être empoisonnée que la force de son imagination lui avait déjà fait sentir toutes les angoisses d'une pareille mort ; elle se relève tremblante, elle embrasse son époux, la joie remplace la douleur, et la jeune femme trop corrigée par cette terrible scène promet bien qu'elle évitera à l'avenir jusqu'à la plus légère apparence des torts. Elle a tenu parole et a vécu depuis plus de trente ans avec son mari sans que jamais celui-ci ait eu le plus léger reproche à lui faire.

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