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 Dritëro Agolli [XXe / XXIe s ; Albanie]

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Lydia
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MessageSujet: Dritëro Agolli [XXe / XXIe s ; Albanie]   Mar 06 Oct 2015, 21:06




Résumé :


A la fin de la Seconde Guerre mondiale, en Albanie, dans un village tenu par quatre familles, un homme s'approprie un canon abandonné par l'armée italienne en déroute. Ce canon devra être l'instrument de sa vengeance. L'homme au canon nous montre un pays, l'Albanie, à une période cruciale de son histoire où les tensions sont extrêmes. La lutte qui oppose les nationalistes aux communistes et tous aux armées étrangères (l'Italie qui fuit et l'armée nazie qui menace), se mêle à la lutte qui, de vendetta en vendetta, oppose les principales familles du village. Dans cette société au bord de l'effondrement, Driëto Agolli ne perd pas ses héros. Les passions ne sont pas que politiques ou militaires, c'est aussi tout le prisme des sentiments qui éclaire ce magnifique roman.





Mon avis :


A part la littérature anglo-saxonne, j'ai toujours beaucoup de mal à lire de la littérature étrangère. Je ne sais pas pourquoi, il faudra qu'un jour je me penche sur la question ! Heureusement, la lecture commune du forum me permet de pallier ceci et de combattre mon aversion. Je ne suis d'ailleurs pas mécontente du tout d'avoir lu cet auteur albanais. Il faut dire que Dritëro Agolli remporte autant voire plus de succès dans son pays qu'Ismail Kadare. Ce n'est donc pas le premier venu.

Dans ce roman, L'Homme au canon, il met en scène Mato Gruda, homme dont le père a été tué par une autre famille du village, les Fiz. Alors qu'il coupait du bois dans la forêt, Mato est obligé d'abandonner sa mule et d'aller se réfugier dans une grotte en attendant que les tirs cessent. L'histoire se passe sur fond de seconde guerre mondiale. Les italiens et les allemands tirent à tout va. Lorsque le calme est enfin revenu, Mato récupère sa mule, se félicitant qu'elle n'ait rien et parcourt la forêt. Il tombe alors sur le corps d'un soldat italien et sur le fameux canon. Il emporte ce dernier chez lui, au grand dam de sa femme, Zara, qui se demande bien ce qu'il va pouvoir en faire. Sa tante Esma, en revanche, ne dit rien mais on pressent qu'elle soutient Mato... et pour cause : ce canon sera l'instrument de la vengeance. Et si je disais que ce roman se passe sur fond de seconde guerre mondiale, c'est parce que toute l'attention du lecteur se porte sur cette vendetta. On se croirait dans du Shakespeare avec Les Montaigu et les Capulet, l'amour en moins. Bien entendu, Mato ne parle à personne de sa trouvaille, pas même à son meilleur ami, Mourad.

Mato fait partie d'un groupe de partisans qui va accueillir des italiens. Lorsque le sien arrive, Augusto, rebaptisé Agush, Mato va en profiter pour lui demander de lui apprendre à tirer au canon. C'est ce que fait l'italien, ne s'imaginant pas que ses leçons pourraient avoir un dessein de vengeance. Et il ne comprend pas qu'un soir, son élève tire en direction de la maison des Fiz. Lorsqu'une fumée s'élève de la maison, Mato et Esma sont ravis. Augusto est affolé. Cependant, au petit matin, Mato découvre qu'il a raté la maison et qu'il n'a touché qu'une meule de foin. Son acte ne sera pas sans conséquence et Mato ne s'imagine même pas les dégâts que cela va causer...

Je le disais au début de cette critique, je ne regrette vraiment pas d'avoir lu cet auteur. Le style est limpide et il n'y a nul besoin de connaitre l'Albanie pour comprendre. Bien au contraire, ce roman est riche d'enseignement et donne envie d'en savoir un peu plus.



Extrait :


Mato était en bons termes avec les Shtaga et les Maruka, car dans les générations antérieures leurs familles avaient noué de multiples alliances. Rien ne l'opposait aux Pindjo, mais il ne les aimait pas, à cause de leurs procédés déloyaux. "Ils te tuent la nuit et te pleurent le jour" disait-il d'eux en confidence.
Ainsi vivait, avec ses haines et ses luttes intestines, le village d'Arun. L'esplanade de la mosquée, où se dressait un chêne séculaire, ne rassemblait que rarement la totalité des hommes du village. Elle s'ornait aussi d'une fontaine à cinq becs, comme si aucun des cinq clans n'avait voulu boire de la même eau que les autres.

"Oui, ça va mal ! fit Mourad, comme sortant d'un rêve. Et nous regardons faire, les bras croisés. Au lieu de tirer sur les Allemands, nous nous entre-tuons pour des affaires de famille !... Je suis las de vous tous, à la fin ! ajouta-t-il, continuant de parler comme pour lui-même, mais soudain tout animé. Je ne me sens plus la force de vous convaincre... Le Christ et Mahomet ensemble, s'ils venaient ici, ne se feraient pas mieux entendre que moi ! Vous avez tous le cœur et la tête mangés par la gangrène !"
Mato Gruda baissa les yeux, puis il tira de sa poche sa boîte à tabac et se roula une autre cigarette.
" Tant que certains comptes n'ont pas été vidés, il est difficile de trouver l'apaisement, fit-il d'une voix lointaine.
- C'est-à-dire ? Explique-moi !
- Tant que justice n'a pas été faite, pour l'honneur de nos foyers", poursuivit Mato.
Mourad eut un sourire amer.
"Quelle justice ? lança-t-il. En cinquante ans, elle a fait près de quarante victimes, dans notre seul canton. Et la folie continue ! Eh bien, allez au diable ! Égorgez-vous... Gens maudits... Pays maudit !..." s'écria-t-il et d'un bond il se releva, le revolver pendant mollement à sa ceinture relâchée.

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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