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 Baudelaire [XIXe s / France ; Nouvelles]

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Lydia
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MessageSujet: Baudelaire [XIXe s / France ; Nouvelles]   Mer 07 Oct 2015, 20:24



Opération dépoussiérage ! Oui, parce que depuis le temps que ce petit bouquin dort paisiblement sur mes étagères, je vous laisse imaginer à quel point notre ennemie jurée s'y est vautrée !

Baudelaire n'est pas ici dans son rôle de poète que nous admirons tant... Et n'en déplaise à certains détracteurs y voyant là une écriture un peu gauche, maladroite, je trouve que le texte est plutôt plaisant à lire. Paru en janvier 1847 dans le Bulletin de la Société des Gens de Lettres, il raconte l'histoire de Samuel Cramer, jeune écrivain raté, voulant aider une de ses connaissances, Madame de Cosmelly, a reconquérir son époux. Celui-ci était en effet tombé sous le charme de la Fanfarlo, une danseuse. Mais peut-on résister à cette dernière ?

Les thèmes chers à Baudelaire sont présents : le dandysme, les femmes... mais aussi celui de l'identité, plutôt marqué dans cette nouvelle. Samuel Cramer, anti-héros, ne représenterait-il pas le moi caché de Charles ? Qui est la Fanfarlo ? Jeanne Duval ? Sous des dehors résolument anodins, cette nouvelle recèle bien des trésors car elle amène le lecteur à réfléchir sur le message qu'a voulu faire passer le futur poète. Ajoutons à tout ceci des références à Molière, à Diderot et à Balzac et vous comprendrez pourquoi il faut absolument lire ce court ouvrage.

Extrait :


— M. de Cosmelly a des choses bien graves sur la conscience, si la perte d’une âme jeune et vierge intéresse le Dieu qui la créa pour le bonheur d’une autre. Si M. de Cosmelly mourait ce soir même, il aurait bien des pardons à implorer ; car il a, par sa faute, enseigné à sa femme d’affreux sentiments, la haine, la défiance de l’objet aimé et la soif de la vengeance. — Ah ! monsieur, je passe des nuits bien douloureuses, des insomnies bien inquiètes ; je prie, je maudis, je blasphème. Le prêtre me dit qu’il faut porter sa croix avec résignation ; mais l’amour en démence, mais la foi ébranlée, ne savent pas se résigner. Mon confesseur n’est pas une femme, et j’aime mon mari ; je l’aime, monsieur, avec toute la passion et toute la douleur d’une maîtresse battue et foulée aux pieds. Il n’est rien que je n’aie tenté. Au lieu des toilettes sombres et simples auxquelles son regard se plaisait autrefois, j’ai porté des toilettes folles et somptueuses comme les femmes de théâtre. Moi, la chaste épouse qu’il était allé chercher au fond d’un pauvre château, j’ai paradé devant lui avec des robes de fille ; je me suis faite spirituelle et enjouée quand j’avais la mort dans le cœur. J’ai pailleté mon désespoir avec des sourires étincelants. Hélas ! il n’a rien vu. J’ai mis du rouge, monsieur, j’ai mis du rouge ! — Vous le voyez, c’est une histoire banale, l’histoire de toutes les malheureuses — un roman de province !

Pendant qu’elle sanglotait, Samuel faisait la figure de Tartufe empoigné par Orgon, l’époux inattendu, qui s’élance du fond de sa cachette, comme les vertueux sanglots de cette dame qui s’élançaient de son cœur, et venaient saisir au collet l’hypocrisie chancelante de notre poète.

L’abandon extrême, la liberté et la confiance de madame de Cosmelly l’avaient prodigieusement enhardi, — sans l’étonner. Samuel Cramer, qui a souvent étonné le monde, ne s’étonnait guère. Il semblait dans sa vie vouloir mettre en pratique et démontrer la vérité de cette pensée de Diderot : « L’incrédulité est quelquefois le vice d’un sot, et la crédulité le défaut d’un homme d’esprit. L’homme d’esprit voit loin dans l’immensité des possibles. Le sot ne voit guère de possible que ce qui est. C’est là peut-être ce qui rend l’un pusillanime et l’autre téméraire. » Ceci répond à tout. Quelques lecteurs scrupuleux et amoureux de la vérité vraisemblable trouveront sans doute beaucoup à redire à cette histoire, où pourtant je n’ai eu d’autre besogne à faire que de changer les noms et d’accentuer les détails ; comment, diront-ils, Samuel, un poète de mauvais ton et de mauvaises mœurs, peut-il aborder aussi prestement une femme comme madame de Cosmelly ? lui verser, à propos d’un roman de Scott, un torrent de poésie romantique et banale ? madame de Cosmelly, la discrète et vertueuse épouse, lui verser aussi promptement, sans pudeur et sans défiance, le secret de ses chagrins ? À quoi je réponds que madame de Cosmelly était simple comme une belle âme, et que Samuel était hardi comme les papillons, les hannetons et les poètes ; il se jetait dans toutes les flammes et entrait par toutes les fenêtres. La pensée de Diderot explique pourquoi l’une fut si abandonnée, l’autre si brusque et si impudent. Elle explique aussi toutes les bévues que Samuel a commises dans sa vie, bévues qu’un sot n’eût pas commises. Cette portion du public qui est essentiellement pusillanime ne comprendra guère le personnage de Samuel, qui était essentiellement crédule et imaginatif, au point qu’il croyait, comme poète, à son public, — comme homme, à ses propres passions.

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