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 Elizabeth Gaskell [XIXe s / Royaume-Uni ; Nouvelles]

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Lydia
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MessageSujet: Elizabeth Gaskell [XIXe s / Royaume-Uni ; Nouvelles]   Mer 07 Oct 2015, 20:36

Le Héros du fossoyeur



Le Héros du fossoyeur est une nouvelle de la romancière britannique Elizabeth Gaskell (1810-1865). Elle connut le succès grâce à un autre auteur célèbre, Charles Dickens, qui accepta de lui publier ses œuvres.  

Si ses romans les plus connus restent Nord et Sud (North and south, à ne pas confondre avec le roman éponyme de John Jakes, qui donna lieu à la série télévisée dans les années 80 et 90) et Épouses et Filles, une histoire de tous les jours (Wives and Daughters, an Every-Day Story), il ne faut pas oublier ses nouvelles, d'une grande richesse.

Dans Le Héros du fossoyeur, elle met en scène, dans ce lieu aussi atypique qu'incongru que peut l'être un cimetière, une conversation entre deux hommes (le narrateur et Jeremy) portant sur le thème du soldat et dérivant en toute logique sur le soldat. Arrive un troisième personnage, le fossoyeur, qui, ravi certainement de voir deux êtres vivants, se joint à leur conversation pour leur narrer, puisqu'ils dissertent sur le héros, sa rencontre avec celui qu'il considère comme tel : Gilbert Dawson.

Amoureux de la même femme, Letty, le fossoyeur voulut provoquer Gilbert en duel. Mais ce dernier refusa tout net. De carrure athlétique, il n'en restait pas moins que ce grand gaillard était opposé à la violence. De fil en aiguille, Letty finit par choisir le fossoyeur et devint sa femme. Gilbert, dépité, eut la sagesse de se retirer du jeu, sans haine ni rancune. La preuve ? Il fera une chose admirable pour le couple. Mais je n'en dis pas plus.

L'écriture d'Elizabeth Gaskell est un pur moment de bonheur. Riche et ciselée, elle reste néanmoins très actuelle là où d'autres ont mal vieilli.




Extrait :


Sur l’épais gazon du cimetière, le soleil de l’après-midi, projetant ses rayons splendides, semblait épaissir, par l’effet du contraste, l’ombre répartie autour du vieil if sous lequel nous étions assis. Les insectes ailés que l’été fait éclore par myriades, nous berçaient délicieusement de leur incessant murmure.

Je donnerai difficilement une idée du tableau que nous avions sous les yeux. Au premier plan, le mur de l’enclos vicarial, où, sur un fond de pierre grisâtre, s’étendaient d’innombrables lichens, de menues fougères, des lierres du vert le plus tendre, et du dessin le plus compliqué, parmi lesquels éclatait le vif écarlate des géraniums insérés dans tous les recoins et toutes les crevasses ; puis, le long de sa crête, la vieille muraille servait de support aux longs sarments non émondés de quelques vignes, aux touffes de roses grimpantes que les espaliers intérieurs avaient amenées jusque-là. Par delà, les vertes prairies, les montagnes grises et l’azur éblouissant de la baie Morecambe, placée entre nous et le paysage intérieur dont elle traçait les limites.

Pendant un certain temps nous gardâmes le silence, vivant par les yeux et les oreilles emplies du bourdonnement monotone. Puis Jeremy reprit l’entretien au point même où nous l’avions laissé tomber un quart d’heure plus tôt, soudainement distraits par l’aspect de l’asile ombreux que le hasard offrait à notre fatigue.

« Il faut compter parmi les bénéfices du jour consacré au repos, que nos pensées et nos paroles, au lieu de nous être violemment enlevées par les secousses de la vie et des affaires, se détachent naturellement de nos lèvres sous la bénigne influence du loisir qui nous est fait. Le fruit n’est peut-être ni bien rare, ni bien savoureux ; mais, à tout prendre, il est mûr, et c’est quelque chose.

— Alors, demandai-je, et puisque telle était la question agitée entre nous, comment définiriez-vous un héros ? »

Suivit un long silence, et j’avais presque oublié ma question en suivant des yeux la course d’un gros nuage vers les collines lointaines, lorsque Jeremy se donna la peine de me répondre.

« Selon moi, le héros est un homme qui réalise, au prix de n’importe quel sacrifice, le plus haut idéal du devoir, tel qu’il le conçoit. Il me semble que cette définition, dans son ampleur, comprend toutes les variétés de l’humain héroïsme, voire ces personnages primitifs qui mettaient leurs prouesses personnelles au-dessus de toute autre grandeur, et payaient à coups de massue leur dette sociale.

— Vous iriez donc, demandai-je encore, jusqu’à reconnaître l’héroïsme du soldat ?

— Sans doute, mais avec une sorte de pitié pour celui à qui les circonstances ne permettent pas un idéal plus élevé, des notions plus larges en fait de devoir. Néanmoins, s’il y a eu dévouement, sacrifice de soi-même à ce que, très sincèrement, on croit être la cause du droit, je ne pense pas qu’on leur puisse marchander le titre de héros.

— Triste héroïsme, héroïsme antichrétien qui se manifeste par le dommage fait à autrui, » répondis-je avec un peu d’impatience.

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