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 Blaine Harden [XXe - XXIe s ; Corée du Nord ; Témoignage]

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Lydia
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MessageSujet: Blaine Harden [XXe - XXIe s ; Corée du Nord ; Témoignage]   Lun 19 Oct 2015, 09:15




Il faut bien avouer que les livres concernant la Corée du Nord ne sont pas légion (et pour cause...). On sait très bien qu'il est difficile d'avoir quelque chose de fiable puisque rien ou presque ne filtre de ce pays fermé. Aussi, lorsque j'ai pris connaissance de ce livre, je me suis dit que cela serait une bonne façon, toute proportion gardée, de savoir un peu ce qu'il se passe dans ces goulags. Si je mets quand même un bémol, c'est parce qu'un témoignage n'est pas non plus une preuve absolue, quelque chose de fiable à 100%, soit parce que la mémoire peut faire défaut, soit parce que la personne peut mentir délibérément. On en a déjà eu  l'expérience. Quoi qu'il en soit, cela permet quand même d'apprendre des choses.

Le journaliste Blaine Harden a été touché par l'histoire de Shin Dong-hyuk, rescapé du camp 14... ou 18 (on y reviendra). Shin est un enfant né à l'intérieur du camp. Il explique que certains prisonniers reçoivent comme récompense le fait de pouvoir se mettre en couple et avoir des relations pendant cinq jours consécutifs après le "mariage". Ils peuvent se voir, par la suite, de temps en temps. Sans le précieux sésame, toute relation est interdite. Inutile de préciser qu'il n'y a pas d'amour dans ces couples factices, arrangés comme il convient par les gardiens. Les enfants nés de ces couples sont considérés comme impurs et traités comme tels. Shin a donc vécu en considérant ses parents comme des étrangers, des parias qui lui volaient sa nourriture. Ceci peut nous choquer mais il ne faut pas perdre de vue que les sentiments n'ont pas leur place. Les prisonniers sont conditionnés. Leur esprit est martelé par des messages de propagande et par l'encouragement à la délation. Aussi, Shin n'hésitera pas une seule seconde à dénoncer le projet de fuite de sa génitrice et de son frère. Cela lui vaudra de multiples tortures, tant physiques que psychologiques, et engendrera la mort - punition suprême - des deux "rebelles". Pour autant, le remords ne s'insère pas chez Shin qui, d'ailleurs, ne comprend pas vraiment ce qu'il lui arrive puisqu'il n'a fait que suivre "les règles". Effrayant, n'est-ce pas ? Et ceci n'est qu'un exemple parmi d'autres...

Je le disais au début, un témoignage reste un témoignage, avec ses qualités et ses défauts. Et celui-ci a déjà montré ses limites. En effet, des polémiques ont eu lieu car il s'avère que certaines choses sont inexactes selon l'aveu récent du rescapé lui-même. Les dates, les lieux ne sont pas forcément réels. Ainsi, Shin n'aurait pas vécu dans le camp 14 (il y serait né cependant), réputé pour être le pire, mais dans le 18, aux conditions un peu moins difficiles. Il n'aurait pas vécu dans un dortoir de garçons mais avec son père. Il n'aurait pas été torturé à 13 ans mais à 20... Pour autant, cela change-t-il vraiment quelque chose ? Certes, on pourra alors se demander si toute l'histoire racontée n'est pas sortie de l'imagination de l'auteur mais il y a quand même des choses qui ne trompent pas : les médecins ont déclaré que toutes les cicatrices, blessures et traumatismes sur son corps étaient bien dus aux tortures subies. De plus, la Corée du Nord a confirmé la mort de la mère et du frère (mais pour assassinat et non pour projet de fuite... Qui croire ?) Les spécialistes disent que lorsqu'on a vécu de telles horreurs, la mémoire est morcelée. Shin, lui, dit avoir menti pour ne pas avoir à revivre ces moments douloureux mais aussi par honte. Cependant, l'on sait que la Corée du Nord a tenté de le faire taire. Il serait donc fort possible qu'il soit revenu sur ses aveux sous la pression. Au final, s'il est bien libre physiquement, on peut noter qu'il est toujours tiraillé psychologiquement.

Quoi qu'il en soit, ce livre reste intéressant pour se faire une petite idée de ce qu'il se passe au-delà de ces murs.  





Extrait :


Quand la mère de Shin réalise son quota de travail du jour, elle peut rapporter à manger chez elle pour le dîner et pour le lendemain. À quatre heures du matin, elle prépare le petit déjeuner et le déjeuner pour son fils et elle. Les repas sont tous identiques : bouillie de maïs, chou au vinaigre et soupe de chou. Shin devra se contenter de ce même menu presque chaque jour pendant vingt-trois ans, sauf quand on le privera de nourriture pour le punir.
À l'époque où il est trop jeune pour aller à l'école, sa mère le laisse souvent seul à la maison, le matin, et rentre des champs à midi pour déjeuner. Shin, rongé par la faim en permanence, dévore sa portion de la mi-journée dès le départ de sa mère au travail.
Il mange aussi le repas de sa mère.
À son retour, ne trouvant rien pour se nourrir, elle se met en colère au point de frapper son fils à coups de houe, de pelle, de tout ce qui lui tombe sous la main. Il se retrouve le nez en sang et le crâne couvert de bosses. Il arrive que ces corrections soient d'une violence comparable à celles qu'il subira de ses gardes quand il sera plus grand.
Shin continue pourtant à prendre à sa mère autant de nourriture qu'il le peut, aussi souvent qu'il le peut. Il n'a pas conscience qu'elle aura faim s'il mange son repas. Des années plus tard - elle déjà morte et lui vivant aux États-Unis -, il me dira qu'il aimait sa mère, mais il s'agira d'une construction rétrospective, après avoir appris que les enfants civilisés doivent aimer leur mère. À l'époque du camp, dépendant d'elle pour tous ses repas, lui volant de la nourriture, subissant ses coups, il la considère comme une rivale dans sa lutte pour survivre.

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