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 Baptiste Beaulieu [XXe - XXIe s / France ; Témoignage]

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Lydia
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MessageSujet: Baptiste Beaulieu [XXe - XXIe s / France ; Témoignage]   Lun 19 Oct 2015, 09:20





C'est avec humour et tendresse que Baptiste Beaulieu nous raconte la vie dans cette fourmilière qu'est l'Hôpital, et notamment les Urgences. Qui n'a pas eu à y aller un jour pour un motif plus ou moins grave ? Qui n'a pas râlé face à la lenteur des blouses blanches, se pensant seul sur terre ? Que celui ou celle qui n'a jamais fait ça me jette le premier stéthoscope !

Le ton humoristique démystifie un peu cette usine à gaz et nous fait nous rendre compte ô combien nous pouvons peut être à la fois égoïstes et/ou stupides lorsque nous sommes agonisants - grippés - fiévreux (rayer la mention inutile). Le sujet est d'actualité. Les Urgences sont sans cesse encombrées de vrais et faux patients. Et puis, il y a ceux chez qui la blouse blanche est synonyme de terreur, ceux qui ne veulent pas savoir et qui, malheureusement, atterrissent souvent dans ce service lorsqu'il est trop tard.

Nous rions, certes, mais nous avons également les larmes aux yeux. Il s'agit d'une véritable ode à l'humain, quel qu'il soit, avec ses qualités et ses défauts. Car Baptiste Beaulieu n'est pas de ces médecins nous considérant comme des numéros sur un dossier. Tout dans son écriture met en relief sa passion pour son métier et pour les personnes. Et rien que pour cela, Monsieur Beaulieu, je vous tire mon chapeau. Cela devient si rare !





Extrait :


L'odeur du cinquième colle à ma blouse. Je la nettoierais cent fois qu'elle garderait encore la trace de mes allers et retours incessants.

Là-haut, la femme-oiseau-de-feu s'accroche et ne lâche rien :

- Pas de morphine. Je serai là jusqu'au bout, sans avoir l'esprit embrouillé.

L'équipe et moi passons chaque jour pour lui faire entendre raison. Parce qu'elle souffre et qu'on espère la soulager, croit-on.

Elle nous observe avec indulgence, elle sait la vérité : l'équipe soignante et moi, on voudrait tous qu'elle accepte pour nous tranquilliser, parce que la mort, c'est douloureux et effrayant : nous avons beau la côtoyer tous les jours, elle fait tous les jours aussi peur. Chaque soignant remet une couche lors de son passage :

- Pas d'antalgiques ? Êtes-vous certaine ?

Ou :

- On ne vous laissera pas dans cet état !

Hier, c'en était trop, la femme-oiseau-de-feu a haussé le ton et, avec l'air d'une mère qui dispenserait une leçon à son fils, elle a tapoté ma joue :

- Vous vous inquiétez tous pour rien : mon état ne signifie pas que je vais mourir, mais que je suis arrivée à la fin de ma vie.

Voilà : pas sa mort, non, mais la fin de sa vie. Tout simplement. Pour elle, la différence est abyssale. Elle est sereine dans sa douleur et dans la fin de sa vie. Réfléchit-on jamais au sens de certains mots ? Ils sont cuisants comme une brûlure de cigarette, mais ils font sens.

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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Baptiste Beaulieu [XXe - XXIe s / France ; Témoignage]
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