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 Jean Lorrain [XIXe s]

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Lydia
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MessageSujet: Jean Lorrain [XIXe s]   Sam 24 Oct 2015, 16:52


Source photo



Fils d'un armateur de Fécamp, Jean Lorrain (1855-1906), de son vrai nom Paul Duval, mène à Paris la vie d'un dandy décadent, explorant les bas-fonds tout en collaborant à des journaux. D'abord disciple de Barbey d'Aurevilly, il publie des œuvres dont les personnages reflètent ses propres contradictions: perversité et sensibilité, désinvolture affichée et secret désespoir...

Dans La Maison Philibert, l'évocation de la vie d'une maison close sert de prétexte à Jean Lorrain pour dépeindre le monde marginal des cabaretiers, des mauvais garçons, des souteneurs et des prostituées, avec la gaieté et l'acuité d'un observateur bienveillant, qui se plaît à parler la même langue que ses personnages.







Extrait



" - Atout et atout !... c'est gagné!... Hein ! Vous êtes rincés, mes potes !

- Six parties de suite !...

- T'as une vraie veine de cocu !

- De cocu ? Savoir ! Faudrait pas répéter ça, Frisé !

- Oh ! t'es dans la bonne passe ; ne renaude pas, on rigole. Tu paies une tournée, La Volige ?

- Parce que j'gagne ? Tu n'voudrais pas ! T'en as un œil !

- T'es rien rat, tu remues les thunes à la pelle !

- Allons, tout d'même, une tournée ! Père Muron, quat'champoraux !"

Nous tombions sur une partie de manille entre quatre déménageurs, déménageurs ou garçons bouchers, car la tenue est la même. En longues blouses bleues aux plis tombants sur le pantalon de velours, quatre robustes gars manipulaient fiévreusement les cartes. Leur jeu passionnait tout un groupes d'aminches en gilet de chasse ou en veste de toile ; vagues couvreurs, équivoques zingueurs, et plus sûrs marlous, appareillés par la même casquette et le même foulard noué coquettement autour du cou. La salle du marchand de vin, un peu en retrait sur l'alignement de la rue et surélevée de trois marches, à l'angle d'un passage, s'enfonçait en boyau jusqu'au comptoir du fond.

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain [XIXe s]   Sam 24 Oct 2015, 17:03

Paru en 1885, Les Lépillier est le premier roman de Jean Lorrain. Il scandalisa sa ville de Fécamp qui lui reprochait d'avoir pris modèle sur des personnes de la ville.



Extrait


"Au revoir, Anastasie, et bien des choses à mademoiselle". "N'oubliez pas de dire que nous sommes venues, madame Lemastur et moi, toutes deux exprès de Saint-Craon pour la voir".
"Mademoiselle regrettera bien", et la vieille servante, espèce de gendarme en jupons, s'effaça pour laisser mesdames Lemastur et Froidmantel remonter en voiture.
Maintenant c'étaient cent minauderies entre les deux femmes ; madame Lemastur voulait que madame Froidmantel s'installât la première, et madame Froidmantel, toute confite en cérémonies, prétendait n'en rien faire ; néanmoins madame Lemastur eut un « après vous, ma chère » si impérieusement sec, que l'autre se décida. "Maintenant à la maison, et vivement, Sénateur. Cette fois, il n'y avait pas à s'y tromper ; au ton bref de la dame,  la déférence d'Anastasie refermant la portière, madame Lemastur était bien la propriétaire du coupé, l'amie riche et daignant offrir une place dans sa voiture, tandis que Madame Froidmantel, et malgré ses dentelles et malgré son chapeau à balsamines rouges, n'était que l'amie pauvre, la très humble invitée et la très humble obligée de la richarde à l'équipage.
" Mes amitiés à Mademoiselle, surtout, n'oubliez pas, ma bonne Anastasie", reprit, toute sucrée, la pauvre Froidmantel en penchant ses balsamines en dehors de la portière, et le coupé, d'allure discrète, tourna la grande allée, toute en hautes futaies, du château de Crainville.
Venues à Crainville pour y voir Mademoiselle de Cormon, ce pauvre fagot de Cormon, comme on l'appelait hier encore dans sa ville avant l'héritage qui l'avait faite châtelaine, les deux amies rentraient un peu désappointées de leur visite parties avec force intentions charitables, le plus grand désir de voir, d'entendre et de surprendre pour en faire ensuite un de ces feuilletons exempts de bienveillance dont elles avaient le secret, et de là le colporter de maison en maison dans ce Saint-Craon, dont elles étaient l'oracle, ces deux dames avaient fait buisson creux. Mademoiselle de Cormon était sortie, partie elle-même de son côté faire quelques emplettes à la ville; ces dames en avaient, il est vrai, profité pour visiter le château et ses combles, inventorier le mobilier, palper l'étoffé des rideaux et confesser la servante, mais elles n'avaient pas vu la châtelaine: gibier absent, chasse manquée.

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Dernière édition par Lydia le Sam 24 Oct 2015, 17:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Jean Lorrain [XIXe s]   Sam 24 Oct 2015, 17:05

La Petite Classe

Préfacée par Maurice Barrès, cette oeuvre, datée de 1895, a été pré-publiée dans L'Echo de Paris du 8 avril au 15 juillet 1894. Il s'agit de chroniques dialoguées relatant les faits et gestes de Madame Baringhel et de ses amis mondains (source: Site sur Jean Lorrain).

La Petite classe est, selon l'auteur de la préface, la façon dont Jean Lorrain appelait ceux qui "se piquaient d'avoir les opinions, les sensations, les enthousiasmes, les dégoûts, les frissons artistiques les plus neufs".


Extrait


1. L'ARRIVÉE

Marquise Simonne d'Héfleurons.
24, rue de Varennes.


Enfin m'y voilà dans ce Nice enchanteur, ville de fêtes et de plaisirs où les poitrinaires ne veulent même plus mourir, tant la vie y est douce et facile, ce Nice où l'on vient prendre des brevets de longévité dans la brise marine, dans les senteurs des pinèdes et le bon de Vair et du soleil. Il parait qu'il y a ici un monde fou. Moi, je n'ai rien vérifié encore. Du monde, du monde! quel monde? Je me méfie un peu des villes d'eaux; et puis la vérité est que je suis arrivée ici tout étourdie.
A Marseille, la terrible Mme des Grenaudes n'est-elle pas montée dans notre compartiment, Mme des Grenaudes avec son inévitable inventaire et des diamants qu'elle possède, et de l'hôtel qu'elle vient d'acheter, et des meubles d'art et des bibelots de prix dont elle vous récite les factures, et nous qui voyagions seuls depuis Paris et avions été toute la nuit si tranquilles, quelle guigne ! J'ai cru que j'allais quitter le wagon.
Sans d'Anletrin, qui l'accompagnait et m'a fait aussitôt un oeil complice, j'aurais abandonné la partie ; mais il avait beau accabler la dame de petits soins et de prévenances, beau porter la chienne Mirka comme un bibelot précieux et tapoter d'une main vigilante sur ses somptueuses fourrures pour en envelopper ses genoux, j'ai bien vu à son air qu'il allait se payer sa tête et, comme je ne connais rien de plus odieux au monde que la tète de Sidonie tournante de la belle Mme des Grenaudes, je me suis résignée sans trop de protestation à demeurer installée dans mon coin.
Nous n'étions pas à la Ciotat, que Gontran, ma femme de chambre, tout le wagon et moi savions que la dame, de retour d'Alger, avait fait un voyage magnifique, toute la province d'Oran et de Constantine avec arrêts à Tanger, Tlemcèn et même une pointe dans Je désert : vingt mille francs au bas mot dispersés sur les routes depuis le mois de décembre, qu'elle avait voyagé à dos de chameau et dormi sous la tente; troublé les cafés maures, visité la kasbah et charmé de jeunes cheiks, qu'on avait donné pour elle un bal à l'amirauté d'Alger, qu'elle rapportait enfin pour deux cents louis d'étoffes et de costumes mauresques, sans parler de deux sloughis d'Afrique achetés à Lagoat cinq mille francs le couple, plus chers encore que Mirka.

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MessageSujet: Re: Jean Lorrain [XIXe s]   Sam 24 Oct 2015, 17:07

Monsieur de Bougrelon

Dans ce roman daté de 1897, Jean Lorrain s'inspire d'un de ses voyages en Hollande. Il fait débuter son récit à Amsterdam, au cours d'une tempête, avec une entrée en matière à la française: deux messieurs déambulent dans les rues, ignorant les musées et les lieux touristiques, car ils connaissent la ville. Ils sont intrigués par le nom d'un bar, Café Manchester, et se retrouvent ainsi dans un bordel dès la quatrième page. Les femmes y sont laides et gentilles, le paisible et familial intérieur hollandais' s'y avère haut en couleur; ces dames boivent bière et genièvre à un rythme accéléré.

Selon Marie-Françoise Melmoux-Montaubin, Lorrain, non sans humour, fait une double parodie avec le personnage de Monsieur de Bougrelon: parodie de Barbey d'Aurevilly et de Des Esseintes.



Extrait


Déborah avait allumé une lampe; la dame en chapeau noir, elle, assise à l'écart, avait chaussé son nez d'une paire de besicles énormes et s'activait, le nez sur un tricot, à manœuvrer de longues et fines aiguilles; de temps à autre elle hasardait vers nous un petit regard discret, un sourire débonnaire, un muet « allez, mes enfants, ne vous gênez pas », qui rassurait et cotonnait l'atmosphère de quiétude et de tranquillité; (…) Oh ! le paisible et familial intérieur hollandais !

C'est à ce moment là qu'il parut. Lui, la silhouette épique de ce pays de brouillard, de cette ville de rêve, le héros prestigieux de ces contes ; il ouvrit la porte toute grande, d'un seul coup, et, campé sur le seuil, attendit. Quelle entrée ! l'homme qui se présente ainsi a sûrement du génie. Sanglé à la taille dans une longue redingote à tuyaux, les épaules larges et le buste mince, un énorme chapeau haut de forme incliné de côté, en casseur d'assiettes, c'était avec l'effrayant gourdin qu'il tenait à la main, une figure déjà vue ailleurs et d'autant plus inoubliable. Tournure d'argousin, de vieux premier rôle et d'officier à la demi-solde, c'était à la fois Javert, la retraite de Russie et Frederick Lemaître.

La redingote était verte et de quel vert râpé ! le pantalon à sous-pieds se tortillait en vis sur une fine botte très cambrée et cirée, mais bâillant à l'orteil ; le cache-nez de laine rouge, très long autour du cou, était une loque reprisée, rapiécée et à trous; mais tel quel, avec son vieux visage de capitan fardé et empâté de plâtre, ses yeux éraillés et noircis au charbon, avec sa bouche édentée sous la double virgule d'une moustache au cirage, ce loqueteux était un grand seigneur, ce fantoche personnifiait une race, ce maquillé était une âme.

Les deux filles s'étaient levées. Toujours campé dans l'embrasure de la porte,où sa silhouette grandissait encore, l'homme avait croisé les bras, et, son gourdin serré contre sa poitrine, maintenant, il se renversait en arrière et souriait. Eh ! mes petites chattes, grommelait une voix caverneuse, ne feriez-vous pas fête à mes friandises, aujourd'hui ? J'ai, pourtant, pour vous, des dragées ; je vous en sais gourmandes, à l'ordinaire. » Et, d'un geste de l'ancienne cour, ayant répandu sur le dos de sa main quelques menus grains de tabac, il replaçait dans son gousset une ignoble boîte en bois blanc, et, d'un reniflement de ses larges narines, humait la prise d'un seul trait. « De vrai tabac d'Espagne, et qu'un ami, le marquis de Las Marimas Tolosas, m'envoie tous les ans de Havane, et dont vous jeûnerez, aujourd'hui, mesdemoiselles, car je vous trouve ingrates. On oublie le vieil ami. Les amants de passage ont beau jeu auprès de vous, mes colombes ; et si ces messieurs n'étaient point Français, oh! si vous n'étiez pas Français, Messieurs, je vous en préviens, ce serait une affaire, oui, Messieurs, une affaire à vider demain en dehors des faubourgs ; mais je suis trop heureux de saluer ici de mes compatriotes. Ces petites folles ne vous eussent point tant fêtez si vous eussiez été des Hollandais. Elles sont galantes et en tiennent pour Paris. Je suis de L'île-de-France, Messieurs, plus Parisien que Mme de Staël qui naquit rue du Bac ; je suis de la banlieue, la banlieue, cette ceinture d'écume et de fleurs de Paris et d'un coin charmant en vérité, du Bas Meudon, Messieurs ; le coche d'eau s'arrêtait trois fois par jour au bas de la terrasse du château de mon père ; la bande noire, hélas ! L'a détruit. » Et très noble, ayant découvert son front chauve, chauve une minute, car presque aussitôt la perruque emportée dans la coiffe du chapeau lui retombait sur le crâne. « Je me nomme monsieur de Bougrelon, Messieurs. »


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MessageSujet: Re: Jean Lorrain [XIXe s]   Sam 24 Oct 2015, 17:08

Son œuvre est abondante. Je vous renvoie au site qui lui est consacré.

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