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 Prosper Mérimée [XIXe s / France ; Nouvelles]

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Lydia
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MessageSujet: Prosper Mérimée [XIXe s / France ; Nouvelles]   Sam 24 Oct 2015, 18:12

Colomba




Cette nouvelle a été écrite par Mérimée après un voyage en Corse. Dans le village de Fozzano, près de Sartène, il fit la connaissance d'un homme en proie à une vendetta pour avoir tué deux de ses ennemis. Il rencontra également une certaine Colomba, alors âgée de 65 ans, en conflit avec une famille depuis des lustres. Cette Colomba avait une fille de 20 ans. Nul doute que dans sa nouvelle, Mérimée ait prêté l'histoire de la mère à la fille.

Le texte commence par la présentation d'un irlandais, Sir Thomas Nevil et de sa fille Lydia, revenant d'un voyage en Italie et faisant escale à Marseille. A l'hôtel où ils se trouvent, ils dinent avec l'ancien adjudant de Thomas, le Capitaine Ellis, subjugué par la Corse. Lydia, qui s'était ennuyée en Italie, est charmée par tout ce que lui raconte l'invité. Elle veut absolument aller dans ce pays. Thomas déniche une goélette en partance pour Ajaccio. Lydia fait un caprice : personne ne doit embarquer avec eux. Le patron demande cependant la permission de prendre avec lui un de ses parents, Orso della Rebbia, un militaire. Le père accepte et la fille fait la moue (on s'en doute). Un soir, elle va se balader sur le pont et entend un matelot chanter. Il était question de meurtre et de vengeance. Elle apprend par la suite que cette chanson avait été composée à la mort du père d'Orso. Ce dernier devient alors à ses yeux digne d'intérêt, d'autant plus qu'à son arrivée sur l'île, elle comprend qu'un mystère plane autour de ce dernier.

Orso della Rebbia retrouve sa sœur, Colomba, belle jeune fille d'une vingtaine d'années. Lydia comprend qu'il y a un fort contentieux entre les Rebbia et les Barricini... une sorte d'histoire à la Roméo et Juliette, en plus sanglant... Et lorsque Colomba lui offre une arme, un stylet, Miss Nevil se dit que l'histoire est loin d'être finie... A vous de voir ! Cette Colomba est digne d'Electre, la sœur d'Oreste qui vengea, à travers ce dernier, la mort de leur père, Agamemnon. Elle a la même volonté, la même force de caractère.

Cette nouvelle, vous l'aurez compris, tourne autour de la vendetta. Simple nouvelle ? Oh non, n'en déplaise aux critiques de l'époque qui n'apprécièrent guère le manque de profondeur psychologique. Au premier rang des détracteurs se trouvait Victor Hugo qui trouvait que Mérimée était un "homme naturellement vil". Peut-être était-ce parce que Sainte-Beuve, l'amant d'Adèle, le trouvait génial ? Mais là n'est pas le propos...




Extrait :


Le lendemain, un peu avant le retour des chasseurs, miss Nevil, revenant d’une promenade au bord de la mer, regagnait l’auberge avec sa femme de chambre, lorsqu’elle remarqua une jeune femme vêtue de noir, montée sur un cheval de petite taille, mais vigoureux, qui entrait dans la ville. Elle était suivie d’une espèce de paysan, à cheval aussi, en veste de drap brun trouée aux coudes, une gourde en bandoulière, un pistolet pendant à la ceinture ; à la main, un fusil, dont la crosse reposait dans une poche de cuir attachée à l’arçon de la selle ; bref, en costume complet de brigand de mélodrame ou de bourgeois corse en voyage. La beauté remarquable de la femme attira d’abord l’attention de miss Nevil. Elle paraissait avoir une vingtaine d’années. Elle était grande, blanche, les yeux bleu foncé, la bouche rose, les dents comme de l’émail. Dans son expression on lisait à la fois l’orgueil, l’inquiétude et la tristesse. Sur la tête, elle portait ce voile de soie noire nommé mezzaro, que les Génois ont introduit en Corse, et qui sied si bien aux femmes. De longues nattes de cheveux châtains lui formaient comme un turban autour de la tête. Son costume était propre, mais de la plus grande simplicité.

Miss Nevil eut tout le temps de la considérer, car la dame au mezzaro s’était arrêtée dans la rue à questionner quelqu’un avec beaucoup d’intérêt, comme il semblait à l’expression de ses yeux ; puis, sur la réponse qui lui fut faite, elle donna un coup de houssine à sa monture, et, prenant le grand trot, ne s’arrêta qu’à la porte de l’hôtel où logeaient sir Thomas Nevil et Orso. Là, après avoir échangé quelques mots avec l’hôte, la jeune femme sauta lestement à bas de son cheval et s’assit sur un banc de pierre à côté de la porte d’entrée, tandis que son écuyer conduisait les chevaux à l’écurie. Miss Lydia passa avec son costume parisien devant l’étrangère sans qu’elle levât les yeux. Un quart d’heure après, ouvrant sa fenêtre, elle vit encore la dame au mezzaro assise à la même place et dans la même attitude. Bientôt parurent le colonel et Orso, revenant de la chasse. Alors l’hôte dit quelques mots à la demoiselle en deuil et lui désigna du doigt le jeune della Rebbia. Celle-ci rougit, se leva avec vivacité, fit quelques pas en avant, puis s’arrêta immobile et comme interdite. Orso était tout près d’elle, la considérant avec curiosité.

— Vous êtes, dit-elle d’une voix émue, Orso Antonio della Rebbia ? Moi, je suis Colomba.

— Colomba ! s’écria Orso.

Et, la prenant dans ses bras, il l’embrassa tendrement, ce qui étonna un peu le colonel et sa fille, car en Angleterre on ne s’embrasse pas dans la rue.

— Mon frère, dit Colomba, vous me pardonnerez si je suis venue sans votre ordre ; mais j’ai appris par nos amis que vous étiez arrivé, et c’était pour moi une si grande consolation de vous voir…

Orso l’embrassa encore : puis, se tournant vers le colonel :

— C’est ma sœur, dit-il, que je n’aurais jamais reconnue si elle ne s’était nommée. — Colomba, le colonel sir Thomas Nevil. — Colonel, vous voudrez bien m’excuser, mais je ne pourrai avoir l’honneur de dîner avec vous aujourd’hui… Ma sœur…

— Eh ! où diable voulez-vous dîner, mon cher ? s’écria le colonel ; vous savez bien qu’il n’y a qu’un dîner dans cette maudite auberge, et il est pour nous. Mademoiselle fera grand plaisir à ma fille de se joindre à nous.

Colomba regarda son frère, qui ne se fit pas trop prier, et tous ensemble entrèrent dans la plus grande pièce de l’auberge, qui servait au colonel de salon et de salle à manger. Mademoiselle della Rebbia, présentée à miss Nevil, lui fit une profonde révérence, mais ne dit pas une parole. On voyait qu’elle était très effarouchée et que, pour la première fois de sa vie peut-être, elle se trouvait en présence d’étrangers gens du monde. Cependant dans ses manières il n’y avait rien qui sentît la province. Chez elle l’étrangeté sauvait la gaucherie. Elle plut à miss Nevil par cela même ; et comme il n’y avait pas de chambre disponible dans l’hôtel que le colonel et sa suite avaient envahi, miss Lydia poussa la condescendance ou la curiosité jusqu’à offrir à mademoiselle della Rebbia de lui faire dresser un lit dans sa propre chambre.

Colomba balbutia quelques mots de remerciement et s’empressa de suivre la femme de chambre de miss Nevil pour faire à sa toilette les petits arrangements que rend nécessaires un voyage à cheval par la poussière et le soleil.

En rentrant dans le salon, elle s’arrêta devant les fusils du colonel, que les chasseurs venaient de déposer dans un coin.

— Les belles armes ! dit-elle ; sont-elles à vous ?

— Non, ce sont des fusils anglais au colonel. Ils sont aussi bons qu’ils sont beaux.

— Je voudrais bien, dit Colomba, que vous en eussiez un semblable.

— Il y en a certainement un dans ces trois-là qui appartient à della Rebbia, s’écria le colonel. Il s’en sert trop bien. Aujourd’hui quatorze coups de fusil, quatorze pièces !

Aussitôt s’établit un combat de générosité, dans lequel Orso fut vaincu, à la grande satisfaction de sa sœur, comme il était facile de s’en apercevoir à l’expression de joie enfantine qui brilla tout d’un coup sur son visage, tout à l’heure si sérieux.

— Choisissez, mon cher, disait le colonel.

Orso refusait.

— Eh bien ! mademoiselle votre sœur choisira pour vous.

Colomba ne se le fit pas dire deux fois : elle prit le moins orné des fusils, mais c’était un excellent Manton de gros calibre.

— Celui-ci, dit-elle, doit bien porter la balle.

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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