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 Charles Sorel [XVIIe s]

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Lydia
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MessageSujet: Charles Sorel [XVIIe s]   Dim 25 Oct 2015, 18:00




Résumé :

Francion, premier roman picaresque en France, offre un tableau coloré de la société française, pendant les premières années du règne de Louis XIII. On y trouve mendiants et courtisans, écrivains, juristes et collégiens. le héros, qui annonce Gil Blas et Figaro, ressemble à son créateur : c'est ainsi qu'il se moque de la noblesse. Dans la seconde partie du livre, Sorel décrit aussi l'existence qu'il aurait aimé avoir, avec la faveur du Roi et les faveurs des femmes, tout en jouant les redresseurs de tort. Comme l'a dit, Malraux, " Francion est une sorte de Don Quichotte dont le Sancho est l'auteur même ". Ce roman, est donc, avec le Roman comique, le Roman bourgeois, La Princesse de Clèves, l'un des quatre chefs-d'œuvre du genre au XVIIe siècle. D'abord publié en 1623, en sept livres par un romancier de vingt ans, il est augmenté, en 1633, de cinq livres : on lira ici ce dernier texte, introuvable depuis 1909.





Mon avis :

Je dois avouer que je n'ai pas du tout accroché à l'histoire. J'ai dû m'y reprendre à deux fois pour finir ce livre qui, au final, m'a plus ennuyée qu'autre chose. Le roman picaresque est habituellement quelque chose qui me divertit. Il se doit d'être structuré, d'avoir une trame. Avec Sorel, j'ai eu une impression de fouillis, tout me semble partir dans tous les sens. En dépit du titre, je n'ai rien trouvé de comique. Il revendiquait de se donner un style rabelaisien. Non, franchement non, c'est du Rabelais au rabais. Rien n'est vraiment comique et les scènes grivoises - très nombreuses (trop ?) -  desservent, je pense, l'histoire. Si, au moins, elles étaient ponctuées d'humour ! Le but de l'auteur, à travers son personnage et ses tribulations fantaisistes, était de faire passer une certaine philosophie. Malheureusement, on ne retient que les fanfaronnades.





Extraits :


Voici le plus fort de cette besogne achevé, dit-il ; plaise à Dieu que je puisse aussi facilement m’acquitter de celle de mon mariage ; je n’ai plus qu’à faire deux ou trois conjurations à toutes les puissances du monde, et puis tout ce qu’on m’a ordonné sera accompli. Après cela, je verrai si je serai capable de goûter les douceurs dont la plupart des autres hommes jouissent. Ah ! Laurette, dit—il en se retournant vers le château, vraiment tu ne me reprocheras plus, les nuits, que je ne suis propre qu’à dormir et à ronfler. Mon corps ne sera plus dedans le lit auprès de toi comme une souche; désormais il sera si vigoureux, qu'il lassera le tien, et que tu seras contrainte de me dire, en me repoussant doucement, avec tes mains: Ah ! mon cœur, ah ! ma vie, c’est assez pour ce coup. Que je serai aise de t’entendre proférer de si douces paroles, au lieu des rudes que tu me tiens ordinairement ! En faisant ce discours, il entra dans un grand clos plein de toute sorte d’arbres, où il déploya le paquet qu’il avait apporté de son logis. Il y avait une longue soutane noire, qu’il vêtit par-dessus sa robe de chambre ; il y avait aussi un capuchon de campagne, qu’il mit sur sa tête, et il se couvrit tout le visage d’un masque de même étoffe, qui y était attaché. En cet équipage, aussi grotesque que s’il eût eu envie de jouer une farce, il recommença de se servir de son art magique, croyant que, par son moyen, il viendrait à bout de ses desseins.


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Vous riez, messieurs, de m'entendre parler de la sorte. Eh quoi ! ne sçauriez vous croire que j’aie été belle ? ne se peut- il pas faire qu’en un lieu de la terre raboteux, plein d’ornières et couvert de boue, il y ait eu autrefois un beau jardin, enrichi de toutes sortes de plantes et émaillé de diverses fleurs ? Ne peut-il pas être aussi que ce visage ridé, couvert d'une peau sèche et d’une couleur morte, ait eu en ma jeunesse un teint délicat et une peinture vive ? lgnorez-vous la puissance des ans, qui ne pardonne à rien ? Oui, oui, je puis dire qu’alors mes yeux étoient l’arsenal d’amour, et que c'étoit là qu'il mettoit l’artillerie dont il foudroie les cœurs. Si j’y eusse pensé alors, j’eusse fait faire mon portrait: il m'eût bien servi à cette heure, pour vous prouver cette vérité ; mais, las! en récompense - il me feroit plus jeter de larmes maintenant que mes amants n’en jetoient pour moi, car je regretterois bien la perte des attraits que j’ai eus. Néanmoins, ce qui me console, c’est que, tant que j’en ai été pourvue, je les ai assez bien employés, Dieu merci. ll n’y a plus personne en France qui vous en puisse parler que moi ; tous ceux de ce temps-là sont allés marquer mon logis en l’autre monde. Celle qui en sçavoit le plus y est allée presque des premières; c’est la dame Perrette, qui me vint accoster à la halle. Elle me donna autant de riches espérances qu’une fille de ma condition en pouvoit avoir, et me pria de venir chez elle tout aussitôt que j’aurois pris mon congé de ma maîtresse. Je ne faillis pas à le demander dès le jour même, sur l'occasion qui se présenta, après avoir été criée pour avoir acheté de la marée puante. Le paquet de mes hardes étant fait, j’allai trouver celle dont les promesses ne me laissoient attendre rien moins qu’un abrégé du paradis. Voyez comme j’étois simple en ce temps-là ; je lui dis: Ma bonne mère, comment est-ce que vous n’avez pas pris la bonne occasion que vous m’avez adressée ? Pourquoi est-ce que vous n’allez point servir ce monsieur, avec qui l'on fait si bonne chère, sans travailler que quand l’on en a envie ? C’est que je t’aime plus que moi- même, dit·elle en se prenant à rire. Ah ! vraiment tu n'en sçais guère : je vois bien que tu as bon besoin de venir à mon école. Ne t’ai-je pas appris qu’il t’aime, et ne vois-tu pas que pour moi je ne suis pas un morceau qui puisse chatouiller son appétit ? ll lui faut un jeune tendron comme toi, qui lui serve aussi bien au lit qu’à la table. Là-dessus, elle chassa de mon esprit la honte et la timidité, et tâcha de me représenter les délices de l’amour. Je prêtai l'oreille. En tout ce qu’elle me dit, je goûtai ses raisons et suivis ses conseils, me figurant qu'elle ne pouvoit faillir, puisque Page et l’expérience l’avoient rendue experte en toutes choses. M. de la Fontaine (ainsi s’appeloit ce galant homme à qui je plaisois) ne manqua pas de venir dès le jour même chez Perrette, d’où il ne bougeoit, tant il avoit hâte qu’elle eût accompli la charge qu’il lui avoit donnée de me débaucher. Quand il me vit, il témoigna une allégresse extrême; et, me trouvant toute résolue à faire ce qu’il voudroit, après avoir bien récompensé sa courratière, il me fit monter en une charrette, qui me porta jusqu’à un gentil logis qu’il avoit aux champs. Tout le temps que je fus là, s’il me traita pendant le jour comme sa servante, il me traita la nuit en récompense comme si j’eusse été sa femme. Alors je sçus ce que c'est que de coucher avec les hommes, et ne me fâchois que de ce que je n’avois pas plus tôt commencé à en goûter ; je m’y étois tellement accoutumée, que je ne m’en pouvois non plus passer que de manger et de boire. Le malheur pour moi fut que M. de la Fontaine devint malade. Il me fut force de souffrir la rigueur du jeûne, encore que je couchasse toujours auprès de lui, parce qu’il disoit qu'il m'aimoit tant, qu’il lui sembloit qu'en me touchant seulement un peu il trouvoit de l'allégement en son mal ; mais tout cela ne me rassasioit pas. Je fus contrainte de me laisser gagner par la poursuite du valet, qui étoit si ambitieux, qu’il désiroit être monté en pareil degré que son maître. Nous ne demeurâmes guère à forger ensemble les liens d’une amitié lubrique, et je reconnus par effet qu’il ne faut point faire état de la braverie et de la qualité, lorsque l’on veut jouir des plaisirs de l‘amour avec quelqu’un ; car celui-ci, avec ses habits de bure, me rendoit aussi satisfaite que son maître avec ses habits de satin. Enfin, M. de la Fontaine revint en convalescence, et paya tout au long les arrérages d’amour. Son serviteur occupoit aussi la place, lorsqu’il lui étoit possible, de façon que mon champ ne demeuroit point en friche, et que, s’il ne produisoit rien, ce n’étoit pas à faute de n’être bien cultivé. Je ne sçais quelle mine vous faîtes, Francion, mais il me semble que vous vous moquez de moi. Êtes-vous étonné de m’entendre parler si librement ? La sotte pudeur est-elle estimée d’un si brave chevalier comme vous ?

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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