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 Tracy Chevalier [XXe / XXIe s ; Etats-Unis]

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Lydia
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MessageSujet: Tracy Chevalier [XXe / XXIe s ; Etats-Unis]   Mar 27 Oct 2015, 20:59




Griet, fille d'un ancien faïencier, est obligée de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Son père ayant eu un accident qui lui a ôté la vue, la famille n'arrive plus à vivre convenablement. Frans, son frère, était parti un an plus tôt faire son apprentissage dans la faïence, comme son père. Griet, quant à elle, est envoyée dans la famille Veermer, dans le fameux « Coin des papistes », réservé aux catholiques. Si Johannes, le peintre, paraît bien ténébreux, sa femme, Catharina est une personne assez revêche, peu aimable envers la jeune fille. Le couple a 5 enfants à l'arrivée de Griet : Maertge, Aleydis, Lisbeth, Cornelia et le petit Johannes. Tout ce petit monde vit avec la grand-mère, Maria Thins, propriétaire, par ailleurs, de la maison. Griet verra en cette dernière une alliée de choix. Elle aura à subir la petite Cornélia, petite peste qui ne se gênera pas pour essayer de la faire licencier. A l'origine, la jeune servante a été embauchée pour faire le ménage dans « l'antre sacrée », le bureau du peintre. Elle emploie des trésors d'ingéniosité pour ne rien déplacer tout en enlevant la poussière, à la grande joie de Veermer qui va lui en demander beaucoup plus, tout en le cachant à sa femme : moudre ses pigments ou, bien pire, poser pour lui. Griet développe des sentiments pour le peintre. Mais elle se demandera toujours si ces derniers sont partagés...

Voici un roman à la fois léger et admirable. Léger car il se lit très facilement : pas de style ampoulé mais un style fluide et très agréable. On retrouve ici une personnalité quelque peu énigmatique, le peintre hollandais Vermeer. Bien documenté, l'auteur nous emmène dans le monde de ce dernier, à la recherche des couleurs et de la perfection. On croit parfaitement à l'histoire qui est racontée, c'est là tout le talent de Tracy Chevalier. Pourtant, cette servante, Griet, n'a jamais existé. C'est à partir de ce tableau célèbre que la romancière a laissé libre cours à son imagination et à son talent. Elle m'a donné envie de pousser plus loin les investigations et de faire des recherches sur la personnalité de ce dernier. Car si l'on connaît le peintre, on connaît bien moins celui qui se cache sous cette fonction. Et pour ceux qui n'entendent rien à la peinture ou, à la limite, ne s'y intéressent pas, le roman, basé sur les sentiments et les ressentis de la jeune servante, permet de s'évader dans une Hollande du XVIIe siècle. Ce livre est donc pour tous les publics.

A lire absolument !




Extrait :


Je grimpai l'escalier pour aller trouver mon père. Il était assis sous les combles, près de la fenêtre, la lumière effleurait son visage. Faute de mieux, c'était sa façon de voir, maintenant.
Mon père était artiste céramiste. Ses doigts étaient bleus à force de peindre cupidons, damoiselles, soldats, bateaux, enfants, poissons, fleurs ou animaux sur des carreaux blancs avant de les vernir, de les passer au four et de les vendre. Un jour, le four avait explosé, le privant et de ses yeux et de son commerce. Il avait eu de la chance. Deux de ses compagnons étaient morts.
Je m'assis près de lui et lui pris la main.
« J'ai entendu, dit-il, sans me donner le temps d'ouvrir la bouche. J'ai tout entendu. » Ses oreilles compensaient des yeux qui n'étaient plus.
Je ne trouvais rien à dire qui ne parût pas un reproche.
« Je te demande pardon, Griet, j'aurais voulu mieux faire pour toi. » On pouvait lire certaine tristesse à l'endroit où se trouvaient jadis ces paupières que le docteur avait à jamais cousues.
« Mais c'est un homme honnête et bon. Il te traitera bien. »
Il n'ajouta rien au sujet de sa femme.
« Comment pouvez-vous en être aussi sûr, père ? Vous le connaissez ?
- Ne sais tu pas qui il est ?
- Non.
- Ne te rappelles-tu pas le tableau que nous avons vu il y a quelques années, à l'hôtel de ville, où Van Ruijven l'avait exposé après l'avoir acheté ? C'était une vue de Delft depuis les portes de Rotterdam et de Schiedam. Le ciel y tenait une très grande place et le soleil éclairait certains édifices.
- Et du sable avait été ajouté à la peinture pour donner un aspect rugueux à la brique et aux toits, ajoutai-je. De grandes ombres s'étiraient sur le canal et de minuscules personnages s'activaient sur le rivage près de chez nous.
- C'est ça. » Les orbites de mon père s'élargirent comme s'il avait encore ses yeux et contemplait à nouveau le tableau.
Je m'en souvenais avec précision. Je me revoyais pensant au nombre de fois où je m'étais arrêtée à cet endroit précis sans jamais voir Delft avec les yeux de ce peintre.
« Vous voulez dire que cet homme, c'était Van Ruijven ?
- Le mécène ? »
Le père partit d'un petit rire. « Non, non, mon enfant, ce n'était pas lui. C'était le peintre. Veermer. C'était Johannes Veermer et son épouse. Tu es censée faire le ménage de son atelier. »

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