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 Alfred de Musset [XIXe s / France ; Nouvelles]

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Lydia
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MessageSujet: Alfred de Musset [XIXe s / France ; Nouvelles]   Ven 04 Déc 2015, 19:13




Autant je n'apprécie pas plus que ça Musset dramaturge, autant je le trouve tout à fait à l'aise dans les nouvelles. Pour être honnête, je ne savais même pas qu'il en avait écrit. J'ai découvert cela par hasard.

Margot, diminutif de Marguerite, est la fille des Piédeleu, couple de fermiers cultivant la terre de Madame Doradour, vieille dame de la bonne bourgeoisie. Cette dernière avait une dame de compagnie, Ursule, en qui elle avait toute confiance... jusqu'au jour où elle découvrit que la petite protégée était en train d'accumuler un petit pécule en volant sa maîtresse. Madame Doradour, ne voulant pas faire de scandale, la renvoya. Cependant, la solitude lui pesant, elle ne put s'empêcher de prendre à son service une autre demoiselle... aussi peu honnête. En désespoir de cause, elle écrivit à son fils, Gaston, de venir lui tenir compagnie. Il demanda aussitôt un congé qu'il obtint mais c'était sans compter sur ses dulcinées qui ne voulurent pas le laisser partir. Rongée par l'isolement, Madame Doradour tomba malade. Les médecins se voyaient impuissants. Un jour, elle reçut un petit mot de Marguerite Piédeleu, qui n'était autre que sa filleule. Mais bien sûr ! Ce serait elle sa dame de compagnie ! Ragaillardie, la vieille dame exigea alors que la petite, alors âgée de 16 ans, vint la rejoindre. Margot était la dernière de la fratrie. Elle avait huit frères, des forces de la nature. Mais elle était la seule à être toute fine, à savoir lire et écrire, broder... Elle faisait la joie de ses parents et ses derniers mirent bien du temps à se décider. Mais comment refuser à leur patronne ?

La petite Margot s'habituera très vite à sa nouvelle vie. On s'accoutume vite au luxe. Elle fera fortuitement la connaissance de Gaston et rencontrera toutes les contradictions du cœur et de la raison...

Très plaisante à lire, cette nouvelle, datant de 1838, n'a pas vieilli. Le narrateur intervient de temps en temps afin d'énoncer quelques pensées philosophiques, une morale. Le style est vraiment très différent du Musset du Lorenzaccio. Eh bien, je vais aller mettre le nez dans les autres, sans aucun doute !




Extrait :


Au milieu de cette famille de géants était venue au monde une petite créature, pleine de santé, mais toute mignonne ; c’était le neuvième enfant de madame Piédeleu, Marguerite, qu’on appelait Margot. Sa tête ne venait pas au coude de ses frères, et, quand son père l’embrassait, il ne manquait jamais de l’enlever de terre et de la poser sur la table. La petite Margot n’avait pas seize ans ; son nez retroussé, sa bouche bien fendue, bien garnie et toujours riante, son teint doré par le soleil, ses bras potelés, sa taille rondelette, lui donnaient l’air de la gaieté même ; aussi faisait-elle la joie de la famille. Assise au milieu de ses frères, elle brillait et réjouissait la vue, comme un bluet dans un bouquet de blé. — Je ne sais, ma foi, disait le bonhomme, comment ma femme s’y est prise pour me faire cet enfant-là : c’est un cadeau de la Providence ; mais toujours est-il que ce brin de fillette me fera rire toute ma vie.

Margot dirigeait le ménage ; la mère Piédeleu, bien qu’elle fût encore verte, lui en avait laissé le soin, afin de l’habituer de bonne heure à l’ordre et à l’économie. Margot serrait le linge et le vin, avait la haute main sur la vaisselle, qu’elle ne daignait pas laver ; mais elle mettait le couvert, versait à boire et chantait la chanson au dessert. Les servantes de la maison ne l’appelaient que mademoiselle Marguerite, car elle avait un certain quant-à-soi. Du reste, comme disent les bonnes gens, elle était sage comme une image. Je ne veux pas dire qu’elle ne fût pas coquette ; elle était jeune, jolie et fille d’Eve. Mais il ne fallait pas qu’un garçon, même des plus huppés de l’endroit, s’avisât de lui serrer la taille trop fort ; il ne s’en serait pas bien trouvé : le fils d’un fermier, nommé Jarry, qui était ce qu’on appelle un mauvais gars, l’ayant embrassée un jour à la danse, avait été payé d’un bon soufflet.

M. le curé professait pour Margot la plus haute estime. Quand il avait un exemple à citer, c’était elle qu’il choisissait. Il lui fit même un jour l’honneur de parler d’elle en plein sermon et de la donner pour modèle à ses ouailles. Si le progrès des lumières, comme on dit, n’avait pas fait supprimer les rosières, cette vieille et honnête coutume de nos aïeux, Margot eût porté les roses blanches, ce qui eût mieux valu qu’un sermon ; mais ces messieurs de 89 ont supprimé bien autre chose. Margot savait coudre et même broder ; son père avait voulu, en outre, qu’elle sût lire et écrire, et qu’elle apprît l’orthographe, un peu de grammaire et de géographie. Une religieuse carmélite s’était chargée de son éducation. Aussi Margot était-elle l’oracle de l’endroit ; dès qu’elle ouvrait la bouche, les paysans s’ébahissaient. Elle leur disait que la terre était ronde, et ils l’en croyaient sur parole. On faisait cercle autour d’elle, le dimanche, lorsqu’elle dansait sur la pelouse ; car elle avait eu un maître de danse, et son pas de bourrée émerveillait tout le monde. En un mot, elle trouvait moyen d’être en même temps aimée et admirée, ce qui peut passer pour difficile.

Le lecteur sait déjà que Margot était filleule de madame Doradour, et que c’était elle qui lui avait écrit, sur un beau papier à vignettes, un compliment de bonne année. Cette lettre, qui n’avait pas dix lignes, avait coûté à la petite fermière bien des réflexions et bien de la peine, car elle n’était pas forte en littérature. Quoi qu’il en soit, madame Doradour, qui avait toujours beaucoup aimé Margot et qui la connaissait pour la plus honnête fille du pays, avait résolu de la demander à son père, et d’en faire, s’il se pouvait, sa demoiselle de compagnie.

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