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 Pétrus Borel [XIXe s / France ; Contes]

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Lydia
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MessageSujet: Pétrus Borel [XIXe s / France ; Contes]   Lun 07 Déc 2015, 20:59



Joseph-Pierre Borel d'Hauterive, dit Le Lycanthrope (1809-1859), est un auteur considéré comme mineur aujourd'hui alors qu'il a occupé une place importante à son époque. En effet, son style provoqua une vraie révolution. En perpétuelle rébellion contre les écoles, les tendances ou les courants, il mit un point d'honneur à se marginaliser des premiers romantiques.

On retrouve dans ce recueil cette volonté. N'attendez rien de grivois dans ces textes. La perversion se cache dans la violence, dans la noirceur, dans la représentation de la mort planant à chaque page. Il n'y a que sept contes. Mais la puissance qui en découle est remarquable. Le narrateur ne se gêne pas pour intervenir quand bon lui semble. Et pour cause... le dernier conte, intitulé Champavert le lycanthrope, nous indique qu'il s'agit bel et bien de l'auteur. Quand noirceur rime avec horreur, quand l'écriture révèle le moi profond de l'écrivain, on ne peut que frissonner.




Extrait :


Monde atroce ! il faut donc qu’une fille tue son fils, sinon elle perd son honneur !… Flava ! tu es une fille d’honneur, tu as massacré le tien !… tu es une vierge, Flava ! Horreur !… Ôte-toi de dessus de cette fosse, que je creuse la terre de mes ongles ; je veux revoir mon fils, je veux le revoir à mon heure dernière !

— Ne troublez pas sa tombe sacrée…

— Sacrée !… Je te dis que je veux revoir mon fils à mon heure dernière ! laisse-moi fouiller cette fosse !

La pluie tombait à flots, le tonnerre mugissait, et quand les éclairs jetaient leurs nappes de flammes sur la plaine, on distinguait Flava, échevelée ; sa robe blanche semblait un linceul, elle était couchée sous les touffes du houx. Champavert, à deux genoux sur terre, de ses ongles et de son poignard fouillait le sable. Tout à coup, il se redressa tenant au poing un squelette chargé de lambeaux : — Flava ! Flava ! criait-il, tiens, tiens, regarde donc ton fils ; tiens, voilà ce qu’est l’éternité !… Regarde !

— Vous me faites bien souffrir, Champavert, tuez-moi !… Tout cela pour un crime, un seul, ah ! c’en est trop…

— Loi ! vertu ! honneur ! vous êtes satisfaits ; tenez, reprenez votre proie !… Monde barbare, tu l’as voulu, tiens, regarde, c’est ton œuvre, à toi. Es-tu content de ta victime ? es-tu content de tes victimes ?… — Bâtard ! c’est bien effronté à vous, d’avoir voulu naître sans autorisation royale, sans bans ! Eh ! la loi ? eh ! l’honneur ?…

Ne pleure pas, Flava, qu’est-ce donc ? rien : un infanticide. Tant de vierges timides en sont à leur troisième, tant de filles vertueuses comptent leurs printemps par des meurtres… Loi barbare ! préjugé féroce ! honneur infâme ! hommes ! société ! tenez ! tenez votre proie… Je vous la rends ! ! !

En hurlant ces derniers mots, Champavert lança au loin le cadavre qui, roulant par la pente escarpée, vint tomber et se briser sur les pierres du chemin.

— Champavert ! Champavert ! achève-moi ! râlait Flava, froide et mourante ; es-tu prêt, maintenant ?…

— Oui !…

— Frappe-moi, que je meure la première !… Tiens, frappe là, c’est mon cœur !… Adieu ! ! !

— Au néant ! ! !

À ce dernier mot, Champavert s’agenouilla, mit la pointe du poignard sur le sein de Flava, et, appuyant la garde contre sa poitrine, il se laissa tomber lourdement sur elle, l’étreignit dans ses bras : le fer entra froidement, et Flava jeta un cri de mort qui fit mugir les carrières.

Champavert retira le fer de la plaie, se releva, et, tête baissée, descendit la colline et disparut dans la brume et la pluie.



De profundis

Le lendemain, à l’aube, un roulier entendit un craquement sous la roue de son chariot : c’était le squelette charnu d’un enfant.

Une paysanne trouva près de la source un cadavre de femme avec un trou au cœur.

Et, aux buttes de Montfaucon, un équarrisseur, en sifflant sa chanson et retroussant ses manches, aperçut, parmi un monceau de chevaux, un homme couvert de sang ; sa tête, renversée et noyée dans la bourbe, laissait voir seulement une longue barbe noire, et dans sa poitrine un gros couteau était enfoncé comme un pieu.

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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Pétrus Borel [XIXe s / France ; Contes]
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