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 Sandrine Collette [XXe-XXIe s]

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Lydia
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MessageSujet: Sandrine Collette [XXe-XXIe s]   Jeu 07 Jan 2016, 20:58



Lorsque Théo sort de son univers carcéral, il n'aspire qu'à une chose : se venger de son frère. Après s'être rendu dans l'hôpital où il se trouve et lui avoir fait une belle frayeur, il doit aller se carapater quelque part, se faire tout petit, se faire oublier. Il doit se retrouver dans la nature, loin de tout. Avant d'aller voir sa compagne, il fait une halte dans un coin reculé. Son instinct le pousse vers un petit hôtel où les patrons, âgés, sont plutôt affables. Madame Mignon semble être aux petits soins pour lui. Théo passe son temps à faire des randonnées. Un beau jour, l'hôtelière lui indique un sentier à suivre pour avoir un point de vue magnifique. Elle lui précise qu'il lui faudra aller dans une propriété privée mais qu'il n'y a aucun danger puisqu'elle appartient à sa famille. Théo s'y rend, insouciant. Effectivement, le panorama est à couper le souffle. Mais voilà qu'un homme, une espèce de vieux sauvage sale et débraillé, sort d'une maison (enfin, plus un taudis qu'une maison) avec une arme à la main. Que fait donc ce visiteur sur ses plates-bandes ?
Théo va lui expliquer qu'il vient de la part de Mme Mignon, ce qui va se finir autour d'un café. Mais au moment de partir, une douleur se fait ressentir au niveau de la tête. Lorsqu'il se réveille, il est dans le noir, dans une cave visiblement. Pourquoi ?


Je n'ai pas pu lever le nez de ce bouquin, tant il est prenant ! Noir, certes, mais addictif ! Si le thème n'est guère nouveau, la façon dont Sandrine Collette le traite est intéressante. Les personnages ont une dimension psychologique et la nature joue un rôle important dans cet espèce de huis-clos. De havre de paix, elle devient rude, noire, tout comme les personnages, oscillant de la sympathie à l'abject. Le lecteur n'est pas épargné. Il devient Théo. Il souffre avec lui, il tente le tout pour le tout avec lui... Bref, je ne connaissais pas du tout cet auteur mais pour un premier roman, c'est un coup de maître, assurément !




Extrait :



Il fait chaud quand j’arrive là-haut et le dos de mon tee-shirt est trempé, mais la vue sur la vallée m’arrache en effet un sourire exalté. J’avance lentement vers le bord du plateau. Avec la chaleur, des bancs de brume voilent le ciel et dessinent des lambeaux blancs et nonchalants. Je regarde ma montre, j’ai mis presque quatre heures à monter. Je pose mon sac et je fais quelques pas pour me remplir les yeux de cette situation magnifique. On a une vue à cent quatre-vingts degrés et je balaie les villages, les lacs, les bois comme si je regardais une maquette. Sur la carte, je repère l’étang des Poissons qui est pourtant à une quinzaine de kilomètres de là. Au loin, les montagnes que je devine à peine, cachées par la brume, se situent au moins à cent cinquante kilomètres.

Je reste un moment, suant, fatigué, heureux.

Au bout du plateau, sur le côté, une maison abandonnée se cache dans les grandes herbes folles. Je m’approche et je la regarde, étonné de la découvrir, cherchant à quoi elle a pu servir, aussi isolée du monde. Une bergerie peut-être. Un abri de secours, un relais. Le bâtiment en pierres est assez bas, suffisamment pour que je remarque le toit ouvert ici et là, les ardoises ayant glissé sur leurs crochets rouillés. Mais la maison doit bien faire quinze ou vingt mètres de long, noyée par endroits sous des bouquets d’hortensias en bourgeons.

C’est curieux, cette maison, je ne l’aurais jamais vue si un bruit ne m’avait pas fait tourner la tête, si je n’avais pas avancé sur ce côté perdu. C’est comme si elle m’avait appelé.

Je fais encore quelques pas et je m’arrête dans la cour, interloqué. Au fond, je devine un potager — c’est le pays des potagers ici —, et pas abandonné, lui. Je m’avance encore, je me penche pour mieux voir.

Un potager presque aussi grand que celui de Mme Mignon, planqué derrière les herbes. Je secoue la tête sans comprendre.

— C’que vous fichez là ?

Je me retourne, saisi. Un vieil homme se tient à une dizaine de mètres de moi. Il a un fusil dans les mains.

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MessageSujet: Re: Sandrine Collette [XXe-XXIe s]   Jeu 07 Jan 2016, 20:59



J'avais lu, il y a trois mois, l'autre roman de Sandrine Collette, Nœuds d'acier, roman noir, se jouant pratiquement à huis-clos. On retrouve ici le même schéma, avec une histoire radicalement différente : Octave, Andreas et Laure rentrent d'un mariage. L'ambiance festive est rapidement gâchée par un terrible accident de la route. Laure est décapitée, Andreas est dans le coma et Octave, le seul à s'en sortir "à peu près bien" (tout est relatif) est défiguré (je disais bien que tout était relatif).

Une dizaine d'années plus tard, on retrouve les deux hommes, propriétaires de vignes. Ils sont assez mystérieux : Andreas est enfermé chez lui, aux prises avec la folie. Seul Octave ose sortir pour accueillir les employés avec Lubin, son fidèle ami qui gère avec lui l'exploitation. Parmi les vendangeurs, se trouvent Camille et son frère Malo, apportant une bouffée de jeunesse dans le groupe. Oui mais voilà... Camille rappelle à Octave la femme d'Andreas, Laure. Et cette dernière semble bien éprouver quelque chose pour ce Quasimodo des temps modernes, au grand désespoir de Malo qui flaire le danger. Ce dernier piquera une très forte colère en surprenant Octave avec sa sœur. Le lendemain, lorsque Camille viendra le chercher pour aller vendanger, elle ne le trouvera pas. Sa disparition devient inquiétante, surtout dans ce contexte..

Sandrine Collette, je le disais, reprend le schéma de son premier livre : deux personnages asociaux, Octave et Andreas, féroces, à moitié cinglés, évoluent dans cette maison au milieu des vignes tout comme les deux vieux de Nœuds d'acier. L'auteur joue sur les non-dits, sur l'imagination du lecteur, oscillant entre passages peu ragoûtants et puissance évocatrice due aux ellipses. La fin est surprenante.

Voilà une romancière à suivre !




Extrait :



Lorsque Camille rentre préparer une seconde cafetière, délaissant la terrasse où les autres finissent de bavarder, elle ignore qu’Octave a investi la cuisine dont elle pousse la porte. D’abord elle ne le remarque pas, immobile dans le contre-jour, presque invisible dans le recoin où se niche la grande armoire. Elle remplit la réserve d’eau, met un filtre, ouvre le paquet de café et compte les cuillères. Faisant cela elle chantonne faux, comme au seuil d’une journée de vacances qui aurait commencé trop tôt. Une note plus aiguë ponctue son dernier geste — Neuf, dix. Derrière elle une voix s’élève, rauque, montée des profondeurs de la terre.

— Douze.

Elle se retourne avec un petit cri, changeant de visage en découvrant Octave. Lui ne bouge pas, comme si cela pouvait la rassurer, il repense à ce qu’il vient de dire. Douze. Définitivement ce sera le premier mot qu’il lui aura adressé. Aurait pu mieux faire, mais c’est trop tard.

— Pardon ?

Il fait un pas vers elle.

— Douze cuillères, explique-t-il. Si tu veux éviter de faire de la pisse d’âne avec cette cafetière.

— Oh. D’accord.

Mais elle ne bouge pas, accrochée à son regard à lui qui la contemple sans ciller, fasciné et dérangeant, et même la cicatrice semble se replier derrière l’éclat des yeux gris qui saillent sur le visage osseux et halé — la gueule noire, ils l’appellent par ici, c’est Henri encore qui leur a raconté.

Les mots, les images défilent dans la tête de Camille tandis que son regard traverse Octave. En toile de fond, le son de sa voix, qu’aucun d’eux n’a découvert jusque-là : une sorte de rocaille dont les derniers frissons s’atténuent à peine sur sa peau. Elle essaie de lui donner un âge, n’y parvient pas, la quarantaine peut-être, le double d’elle. Toujours le frémissement le long de ses bras. Elle pense : Merde. Je fais quoi, là ?

Lui s’emplit les yeux d’elle. Elle le déborde. Il crève d’envie de lui parler, sa voix s’accumule dans sa gorge et l’étouffe. La toucher même du bout des doigts pour sentir sa présence. Il n’ose pas. Pas seulement à cause d’elle : il y a cette panique rentrée en lui, qui le paralyse. Et les mots d’Andreas qui parasitent son cerveau. Laure était ma femme. La cafetière est juste devant lui, avec son parfum rond et grillé.

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