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 Gaston de Lévis [XIXe s / France ; Correspondance]

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Lydia
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MessageSujet: Gaston de Lévis [XIXe s / France ; Correspondance]   Jeu 04 Fév 2016, 21:03





Quatrième de couverture :

Cet ouvrage livre une correspondance d’environ 300 lettres de Gaston de Lévis, élu en 1812 à l’Académie Française. Cette correspondance est exceptionnelle à plus d’un titre. Gaston de Lévis écrit à son épouse Pauline entre les années 1784 et 1795. Outre l’œuvre littéraire tout à fait remarquable que constituent ces lettres, il s’avère qu’elles sont aussi - et même surtout - une source historique rare : écrivant de Paris, de Versailles, puis de toute l’Europe, Gaston de Lévis raconte quasiment au jour le jour la Révolution française et les années troublées qui ont suivi. Ainsi, après avoir été député de la noblesse aux États Généraux en 1789, il s’est retrouvé engagé auprès des armées coalisées (il était à Valmy, au débarquement de Quiberon...) et il raconte tout cela avec force détails, sans jamais se départir d’un humour décapant : la lettre décrivant un duel au pistolet à la Barry Lyndon, l’humour en plus (« Ils pourraient tirer toute la journée sans se toucher »), est d’une grande drôlerie. Il se fait ainsi le fidèle rapporteur des remous historiques qu’il vit de l’intérieur. Attaché à la famille royale, il est un témoin avisé et sagace, il a ses entrées à la Cour et derrière les portes closes. Ces lettres permettent également d’entrer dans la mentalité des nobles de l’époque, montrant à quel point tous les émigrés n’étaient pas issus du même moule. Depuis les quatre coins d’une Europe qui vibre, Gaston de Lévis écrit l’histoire, en n’oubliant jamais le lieu où son cœur est en dépôt, auprès de « sa » Pauline.





Mon avis :


« Ma Pauline, ce fut sur cet heureux rivage
Que l'amour resserra le nœud qui nous engage
Et ta bouche timide en ces aimables lieux
Par un aveu charmant sut combler tous mes vœux.
Oui, je l'ai cru sincère et veux toujours le croire,
Il est cher à mon cœur, présent à ma mémoire,
Et pour jamais, Pauline, un tendre souvenir
L'a gravé dans mon âme en lettres de plaisir. »

Qui pourrait croire que celui qui écrit ses tendres vers à sa bien-aimée n'est pas un poète romantique mais bel et bien un homme politique, Gaston Pierre-Marc de Lévis, député de la noblesse aux États Généraux, qui, faisant preuve de courage, s'est engagé auprès des armées coalisées ? Ces mots sont envoyés à sa chère femme, Pauline d'Ennery, avec qui il entretiendra une correspondance qui l'aidera moralement à tenir, éloigné d'elle pendant cette période troublée. Et lorsque l'on sait que le jeune marié sera forcé de partir avant que le mariage ne soit consommé, on peut facilement s'imaginer la force de ces missives. Cette correspondance s'étale sur une dizaine d'années mais le couple pourra – heureusement – se voir de temps en temps, ce qui donne aux lettres une certaine diversité.

Cette prose épistolaire est riche d'enseignement pour nous qui, quelques siècles plus tard, avons toujours peine à nous imaginer ce qu'a pu être ce mouvement si important qui a marqué à tout jamais l'Histoire pour en devenir un tournant. Car lorsque Gaston est loin de Pauline, il lui raconte tout en détail afin qu'elle puisse s'imaginer ce qu'est en train de vivre son mari. Et lorsque celle-ci part en Angleterre, en 1790, la chronique historique de Gaston prend corps. Ces lettres sont intimes, bien évidemment, mais il ne faut pas croire pour autant qu'elles dégoulinent toutes d'un amour enfiévré. La distance rend les choses difficiles, l'impatience également. Certaines sont plus dures, la jalousie prenant le pas sur l'amour. Lorsque Gaston doit émigrer à Bruxelles, en 1792, il s'imagine que Pauline ne l'attendra pas. Le doute s'immisce, ce que la jeune épouse prend mal. Même si, malheureusement, nous n'avons pas la correspondance de cette dernière, on peut comprendre, par les réponses de Gaston, que le couple subit les assauts du temps et de la séparation.

Gaston profite de ses lettres pour parler également de politique. Il croit dur comme fer aux nouvelles réformes, à ce nouveau monde qui se profile. Il reste intéressant à ce titre de voir les idées de la noblesse à l'orée de ce changement.

Enfin, le ton est résolument moderne. Outre les sentiments, on assiste ici à une écriture fine, élégante, ponctuée d'humour ici et là. Ne serait-ce les dates, on ne devinerait jamais que ces lettres datent du XVIIIe siècle. Cette correspondance est une véritable pépite, une mine d'or pour tout un chacun. Elle ravira ainsi l'amateur de prose épistolaire, l'Historien passionné ou, tout simplement, le curieux, passionné par la belle littérature.

Et si j'étais vous, je serais déjà chez mon libraire !






Extrait :




Lettre 3

A Strasbourg, le 19 juillet [1784]

Me voici à plus de cent lieues de vous, ma chère amie, il y a bien du temps que je vous ai quittée et je n’ai pas encore de vos nouvelles. Jugez si je suis content : des chemins raboteux, de mauvais chevaux, une poussière aveuglante, une chaleur étouffante et point de Pauline, pas même une petite lettre à relire et à baiser ; pour toute ressource, quelques cheveux sous glace. Encore, j’ai été obligé de les serrer ; avant-hier j’ai pensé perdre ma bague, je ne veux plus la compromettre, elle est dans ma cassette au moins pour trois jours. Il faut bien se punir de son étourderie, c’est cependant la seule que j’aie à me reprocher depuis mon départ. J’ai presque toujours été aussi grave que je l’étais avec monsieur Lefebvre sous les platanes d’Ennery ; pour cette fois, c’est bien une gravité de tristesse. Je n’ai rien trouvé d’intéressant sur une route que j’ai faite plusieurs fois et le journal ne commencera, s’il a lieu, qu’en sortant d’ici. Je n’ai point trouvé à Metz le Chabot1 de votre amie, il est resté apparemment avec elle, qu’il est heureux et qu’il le serait davantage s’il fût resté pour Pauline, mais elle est à moi et je ne dis même qu’aux gens bien sûrs tout ce que je pense d’elle, car il faut faire le moins d’envieux qu’on peut.
Je viens en arrivant d’établir notre correspondance. Elle sera sûre, du moins à ce que j’espère, mais l’homme qui en est chargé n’est point dans un état bien relevé ; c’est monsieur Eberlé, maître perruquier près la Comédie, à Strasbourg.
Ainsi, les lettres que vous me ferez le plaisir de m’écrire, seront adressées à monsieur le Vicomte, chez monsieur Eberlé. J’espère que vous voudrez bien vous souvenir de lui.
Comme je pars demain de grand matin, je ne pourrai assurer Maman et vous, ma petite Paulinette, de mes respects qu’à Francfort.

1. Il s’agit sans doute d’un officier, membre de la famille de Rohan-Chabot, qui aurait pu se trouver en garnison à Metz ; peut-être Alexandre de Rohan-Chabot, comte de Chabot (1761-1816), colonel au régiment d’Artois, qui épousera en juin 1785 Anne Louise Elisabeth de Montmorency, née en 1771, donc du même âge que Pauline d’Ennery et qui pourrait être cette « amie ».

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