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 Michelot Moulin [XIXe s / France ; Mémoires]

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Lydia
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MessageSujet: Michelot Moulin [XIXe s / France ; Mémoires]   Jeu 04 Fév 2016, 21:04

Les Mémoires de Michelot Moulin : des guerres de Normandie aux Cent-Jours (1793-1815)

Présentation et notes par Stéphane Vautier.






Quatrième de couverture :



1793. La Convention décrète la "levée en masse". L’Ouest se soulève. De nombreux paysans désertent alors l’armée de la République, prennent des armes de fortune et commencent à organiser la résistance à ceux qu’ils appellent les Bleus. Parmi ces hommes qui refusent de combattre pour la République et veulent rester fidèles au roi, se trouve Michel Moulin, fils d’artisan : il se révèle habile meneur d’hommes et fin connaisseur de son bocage natal. Rapidement, celui que ses compagnons d’armes surnomment Michelot devient l’homme de confiance de Louis de Frotté, le jeune général de l’Armée catholique et royale de Normandie. Dans un style alerte, Moulin décrit de l’intérieur l’organisation de la chouannerie, l’âpreté des combats et les délicates relations humaines au sein de ce monde clos. Après l’exécution de Frotté, tandis qu’il tente de réintégrer la vie civile, il est rattrapé par son passé et emprisonné au fort de Joux, en Franche-Comté, d’où il s’évade dans des conditions rocambolesques. Fugitif, il parcourt ensuite l’Europe pour échapper à la police impériale, puis trouve refuge à Londres. Là, il découvre un autre monde, celui de l’émigration et de ses royalistes intransigeants. Et c’est à Londres que va commencer pour lui une nouvelle vie, celle d’espion au service du roi. Ainsi, envoyé en France pour préparer le retour des Bourbons, il livre un témoignage de première main sur les milieux interlopes des passeurs, des réseaux plus ou moins fiables, entre gendarmes, policiers et gardes-côtes.
Le récit de Michelot Moulin est original à plusieurs titres : il est rare d’avoir, sur la guerre civile qui a ensanglanté les années 1790, le témoignage d’un homme sorti du rang ; il est également peu fréquent qu’un roturier, adhérant à la cause royaliste, nous livre ses impressions - parfois amères - sur le milieu de l’émigration ; il est enfin précieux d’avoir en un même récit, sur plus de vingt années, les différentes facettes de la contre-révolution.





Mon avis :



Si je vous dis "Chouan" ? Que me répondez-vous ? Balzac ? Mouais... Allez, vous avez le droit de rejouer... Michelot Moulin, ça vous parle ? Non ? Eh bien je vous rassure, je ne le connaissais pas non plus ! Il faut dire que la Révolution Française n'étant pas ma période de prédilection, je ne connais que ce que l'on m'a appris à l'école. Ceci dit, ce que j'apprécie avec les publications de cet éditeur, c'est qu'on en apprend énormément avec les Mémoires ou les correspondances de certains personnages ayant participé activement à cette période (cf. Gaston de Lévis).

Qu'est-ce qu'un chouan ? Pour la petite histoire et pour faire simple, il s'agit d'un insurgé royaliste. Personnellement, j'ai toujours confondu Chouans et Vendéens... et c'est maintenant que je m'en rends compte !!! Quelle est la différence ? Les Chouans se trouvaient au nord de la Loire, les Vendéens, au sud. Et si, souvent, comme le fait remarquer l'Historien Stéphane Vautier, ils sont pris pour des trublions, on peut se rendre compte, à la lecture des Mémoires de Michelot Moulin qu'il n'en est rien et que ces hommes avaient foi en ce qu'ils faisaient. Il faut se remettre dans le contexte de l'époque. On ne peut pas dire que l'après-Révolution ait été une période tranquille. La République ne s'est pas établie dans un contexte pacifique. Il n'y a qu'à voir ce qui a suivi la mort de Louis XVI pour s'en convaincre. On ne peut pas dire que Robespierre, surnommé « L'Incorruptible », et ses copains aient été des plus amicaux. Essayer de fonder une soi-disant République (ou quelque chose qui pourrait y ressembler) sur la Terreur, voici qui n'est pas bien démocrate. On voit bien, ainsi, qu'en ces temps troublés, chacun défendait ses idées. Michelot venait d'une famille soutenant les royalistes. D'ailleurs, ses parents n'hésiteront pas à se sacrifier pour leurs convictions : " Mon père et ma mère furent arrêtés tous deux et conduits en prison à Domfront. Ils me firent dire par tous ceux qui allaient les voir que la plus grande peine que je pourrais leur faire serait de me présenter et de partir au service de la république pour les faire mettre en liberté." Son père mourra dans une prison, d'une infection. Comment Michelot aurait-il pu arrêter, dès lors, son combat ?

Les Républicains n'étaient pas des enfants de chœur, contrairement à ce que l'on pourrait croire : "A cette époque, toutes les petites villes et les bourgades devinrent autant de petites forteresses. Toutes les issues en étaient fermées ; des palissades et des meurtrières en défendaient l'entrée. Toutes les maisons extérieures de ces petites places de guerre étaient crénelées et percées çà et là pour tirer sur les Chouans, lorsqu'il leur prendrait fantaisie d'attaquer ces places. Tous les Patauts qui avaient poursuivi les réquisitionnaires avec acharnement, ou qui avaient pillé leurs propriétés et celles de leurs parents, se réfugièrent dans ces villes et bourgades pour y être plus en sûreté. Ce n'était plus le temps de poursuivre à outrance les victimes, de violer leur domicile, de dévaster leurs propriétés, comme ils l'avaient fait pendant toute l'année 1794 ; car alors il n'était pas rare de voir des voisins républicains à la porte de leurs voisins royalistes et fugitifs, avec une charrette pour enlever tous leurs meubles et se les approprier, ou de les voir moissonner dans le champ d'autrui. Jadis de pareilles actions se seraient appelées vols, rapines et brigandages ; mais la sainte liberté consacrait tout ce qui avait les apparences les plus odieuses." Je crois que ce passage parle de lui-même. Je me dis que les Hommes n'ont, une fois de plus, rien appris du passé, et ces actions m'en  rappellent d'autres, aux heures les plus sombres de notre histoire.  

Lire Michelot Moulin, c'est aussi s'interroger. Finalement, sur quoi  la République s'est-elle bâtie ? Du sang, des larmes... et ceux qui nous paraissaient être des héros deviennent brutalement des êtres sanguinaires, avides non pas de liberté - elle n'est qu'un prétexte - mais de richesses. Heureusement que quelques années plus tard, cette République trouvera ses marques dans un contexte plus apaisé.

Ces mémoires sont un riche témoignage d'un passé finalement mal connu. L'écriture en est simple, presque moderne. C'est justement grâce à ces récits que l'on peut encore réagir et se dire que finalement, l'Histoire n'est pas quelque chose d'immuable : il y a toujours quelque chose à apprendre, des théories et des témoignages pour la faire avancer.



Extrait :


L'armée ennemie nous attendait de pied ferme, et notre arrière-garde venait d'apercevoir les grenadiers qui étaient arrivés au château de Montcuit presque à l'instant où nous le quittions. "Toi, Michelot, me dit le général, dispose ta légion en colonne d'attaque, huit de front, et marche très lentement en battant la charge, à pas redoublés, de manière à ne pas arriver avant vingt ou vingt-cinq minutes à portée d'engager sérieusement l'action, afin de me donner le temps de tomber sur le flanc et les derrières de l'ennemi, avec les légions de Flers et d'Ambrières, par ce petit chemin couvert qui se dirige à droite presque parallèlement à la grande route." En même temps, M. de Ruays reçut l'ordre de se placer avec la légion d'Avranches, forte de plus de 800 hommes, précisément à l'endroit où nous débouchions dans la grande route, afin de faire face aux grenadiers, qu'il devait battre complètement, puis se réunir à ma légion contre la masse de l'armée républicaine.

Je calculai ma marche sur la distance qui me séparait de l'ennemi, suivant l'ordre du général, en sorte que je n'engageai l'action qu'au bout de vingt minutes. Tandis que je fixais toute l'attention des Républicains en leur tirant de loin quelques coups de fusil dans le dessein de les distraire de tout autre soin, le général parvint à les tourner sans qu'ils s'en aperçussent. Il réveilla leur attention par quelques décharges terribles sur leurs flancs et leurs derrières, à cinquante pas de distance, il tua un grand nombre d'hommes et mit toute l'armée momentanément en déroute. L'attaque de M. de Frotté les prenait entre deux feux, et les forçait à passer sous celui de ma légion. Je m'avançais à pas accélérés pour leur couper toute retraite sur la gauche, quand M. de Monceaux me cria de ne pas m'engager si loin, de crainte de me trouver acculé entre la rivière et le corps de grenadiers qui accourait à notre poursuite. "M.de Ruays, répondis-je, n'est-il pas là-bas pour leur faire face ? Je n'ai d'ailleurs entendu aucun coup de fusil." - "Ne compte pas sur M. de Ruays, me répliqua mon chef de légion ; il n'arrêtera pas les grenadiers : ne connais-tu donc pas l'homme ?" Trois ou quatre minutes après, des coups de fusil nous arrivent par derrière. Un brouillard qui s'était élevé depuis un quart-d'heure offusquait la vue ; persuadé que c'était une méprise de nos camarades qui, tirant sur l'ennemi par-dessus nos têtes, faisaient leurs décharges trop bas, je leur criai, en agitant en l'air mon chapeau : "Tirez plus haut, ou ne tirez pas." Mais les balles ne respectaient point mes ordres et ne nous arrivaient que mieux ; alors je soupçonnai ce que ce pouvait être : effectivement M. de Ruays avait lâché pied.

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"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
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