Promenades Culturelles


Venez en toute simplicité !
 
AccueilAccueil  PortailPortail  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
zazy
Randonneur chevronné
Randonneur chevronné
avatar

Féminin Verseau
Messages : 230
Date de naissance : 27/01/1949
Âge : 68
Emploi : Retraitée à plein temps
Date d'inscription : 22/08/2015
Humeur : Attention avant le p'tit-déj. sinon, ça va, je ne mords pas

MessageSujet: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mar 16 Fév 2016, 21:42


Source :Wikipedia
Laurence Cossé (née en 1950 à Boulogne-Billancourt) est un écrivain français, auteur de romans, de nouvelles et de pièces de théâtre.

Journaliste, critique littéraire (Le Quotidien de Paris) et producteur-délégué à France Culture (Radio France), elle a notamment réalisé des interviews d'Andreï Tarkovski, de Jorge Luis Borges, ou de Suzanne Lilar.

Elle a publié une douzaine de romans et un recueil de nouvelles, principalement aux Éditions Gallimard. Sa pièce de théâtre La Terre des Folles a été créée à Bruxelles en 2005 et transcrite sous la forme d’un oratorio pour chœur et orchestre créé en 2002 à Guebwiller.

Elle a reçu en 2015 le Grand prix de littérature de l'Académie française récompensant l'ensemble de son œuvre1.

Les amandes amères (2011), récit de l’alphabétisation laborieuse d’une Marocaine âgée qui ne sait ni lire ni écrire, témoigne de la double exclusion des analphabètes dans nos sociétés de l’écrit. C’est surtout le portrait d’une musulmane de Paris dont la générosité, la loyauté, le sens de l’honneur et l’humour émerveillent.

La Grande Arche (2016) brosse l’épopée de la construction d’un des monuments les plus connus de Paris, dont on ignore qu’il fut l’enjeu de luttes politiques au couteau sous le règne de François Mitterrand. Ce roman retrace le destin de l’architecte danois Spreckelsen, l’un des plus absolus et les plus violents du 20° siècle. Fêté pour avoir remporté le prestigieux concours international de 1983, cet homme du Nord, venu du pays du consensus et de la mesure, découvre avec stupéfaction la désinvolture et les revirements à la française. L’affaire finit tragiquement pour lui, alors que se construit ce portique de marbre qui parait la sérénité même.

Cette exploration des multiples formes du pouvoir par Laurence Cossé n’est au fond qu’une interrogation récurrente sur le Mal. Le pouvoir, tel qu’elle en aborde les diverses faces, c’est Mammon, celui que l’on ne peut pas servir sans se détourner de Dieu.
Revenir en haut Aller en bas
http://zazymut.over-blog.com/
zazy
Randonneur chevronné
Randonneur chevronné
avatar

Féminin Verseau
Messages : 230
Date de naissance : 27/01/1949
Âge : 68
Emploi : Retraitée à plein temps
Date d'inscription : 22/08/2015
Humeur : Attention avant le p'tit-déj. sinon, ça va, je ne mords pas

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mar 16 Fév 2016, 21:43

La Grande Arche
Laurence Cossé
Editions Gallimard
Janvier 2016
368 pages
ISBN : 9782070142040


4ème de couverture :
Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n'est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s’écroule, et s’écroule toutes les fois qu’on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu’un de vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente.
Ce récit brosse l’épopée de la construction d’un des monuments les plus connus de Paris, dont on ignore qu’il fut l’enjeu de luttes politiques au couteau sous le règne de François Mitterrand. C’est surtout le portrait et l’histoire de son créateur, Johan Otto von Spreckelsen, un architecte danois très secret, professeur aux Beaux-arts de Copenhague.
Lauréat d’un prestigieux concours international en 1983, fêté pour son projet à son arrivée à Paris, cet homme du Nord découvre avec stupéfaction la désinvolture et les revirements à la française. L’affaire finit tragiquement pour lui, alors que se construit ce portique de marbre qui paraît la sérénité même.
Dans ce roman puissant, Laurence Cossé conjugue l’art de la narration romanesque et la précision d’une longue enquête pour évoquer un destin d’architecte parmi les plus beaux et les plus paradoxaux, les plus absolus et les plus violents du XXe siècle.
========
Laurence Cossé fait partie de mes auteurs préférés, c’est dire si j’avais hâte de découvrir ce livre, sans en avoir lu la 4ème de couverture.

Ici, l’auteur raconte l’historique de la Grande Arche de la Défense. Quelle épopée politico-architecturale ! Tout commence le 25 mai 1983. Johan Otto von Spreckelsen, a gagné le concours d’architecture pour le projet colossal « Tête de la Défense ». Le problème c’est qu’il n’a été confronté, ni au gigantisme, ni aux mœurs françaises et qu’il ira de déconvenues en déconvenues. Passer de l’artisanat (construction d’églises) à l’industriel et la haute technologie échelle XXXL ne s’improvise pas. Il l’apprendra à ses dépens. « A la Défense, il est écrasé. Il va être écrasé. Son œuvre menace de l’écraser. » Cet homme qui parait un peu rigide fera mettre, au sens littéral du terme, Mitterrand à genoux ! Imaginez la scène et la moue médusée de son entourage.
Un bouquin captivant. Laurence Cossé a travaillé son sujet. Je sens, derrière ses phrases, des monceaux d’archives décryptées, des montagnes, infranchissables pour moi, de données techniques déchiffrées. « La littérature fait courir des risques dont l’auteur n’avait pas idée avant de s’y lancer, sans quoi il aurait préféré l’ethnographie ou le saut à la perche. Les efforts de documentation auxquels j’ai dû m’astreindre pour écrire sans trop d’inepties les paragraphes précédents ont réduit en poussière un des piliers de mon équilibre psychique »
Laurence Cossé a su mettre les doigts là où ça fait mal ; Les manœuvres économico-politiciennes, l’ambition démesurée de certains comme le « faucon pèlerin ». L’incompréhension grandissante entre Johan Otto von Spreckelsen, tout bâti de la rigueur scandinave et la maîtrise d’œuvre française à plusieurs têtes qui avance, recule, … Toutes ces chicaneries, les modifications des plans, des matériaux ont eu raison de l’architecte qui a démissionné. Il est vrai que, dès départ, les dés étaient pipés : on ne marie par l’eau et le feu.
L’aventure n’est pourtant pas terminée. Les veilleurs que sont Lion, Dauge et Subileau, présents dès les débuts, veillent sur la pérennité de l’édifice. Subileau le dit « Ce bâtiment est maudit. On a engendré un monstre. C’est un monument d’une sérénité absolue mais il reste marqué par son enfantement terrible. Il a été laissé en déshérence ». Quant à Andreu, il  « est le premier à le regretter, l’édifice en tant qu’édifice reste un monument vide : c’est un ouvrage remarquable mais sans fonction forte ni sens. « Un objet pur, quoi ». »

Laurence Cossé est arrivée à faire de cette aventure une véritable saga, un roman à suspens. La Grande Arche n’est absolument pas roborative malgré le sujet. De petites piques ironiques, caustiques, des digressions littéraires, étymologiques (par exemple sur l’arc) ou ethnologiques (le faucon pèlerin) émaillent le livre.
« Si l’Arche est ce qu’elle est, cette Port »e de Paris si puissante et si singulière, c’est que Spreckelsen était inexpérimenté, déraisonnable, non conforme et d’une folle présomption. Les concours ouverts créaient des appels d’air, des appels de neuf, de risque. Ils donnaient sa chance à Icare ». Ainsi se termine le livre. Cette époque n’existe plus, les nouveaux projets sont avant tout faisables et sécuritaires, le rêve n’est plus primordial. Changement d’époque !
Mais tout n’est pas terminé pour l’Arche de la Défense. Espérons que des slogans publicitaires ne viendront pas abîmer ce beau monument et que la restauration pourra se faire sans l’abîmer.

Un grand Laurence Cossé, un coup de cœur pour moi.
Revenir en haut Aller en bas
http://zazymut.over-blog.com/
Lydia
Administratrice
Administratrice
avatar

Féminin Messages : 4276
Localisation : Dans les manuscrits
Emploi : Intéressant et prenant
Date d'inscription : 23/07/2015

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mer 17 Fév 2016, 17:16

Merci de nous la faire découvrir Zazy !

_____________
"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
Revenir en haut Aller en bas
https://promenadesculturelles2.wordpress.com
zazy
Randonneur chevronné
Randonneur chevronné
avatar

Féminin Verseau
Messages : 230
Date de naissance : 27/01/1949
Âge : 68
Emploi : Retraitée à plein temps
Date d'inscription : 22/08/2015
Humeur : Attention avant le p'tit-déj. sinon, ça va, je ne mords pas

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mer 17 Fév 2016, 18:28

Tu en veux d'autres ????
Je peux le faire !
Revenir en haut Aller en bas
http://zazymut.over-blog.com/
Lydia
Administratrice
Administratrice
avatar

Féminin Messages : 4276
Localisation : Dans les manuscrits
Emploi : Intéressant et prenant
Date d'inscription : 23/07/2015

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mer 17 Fév 2016, 18:33

Ben oui, évidemment que j'en veux d'autres ! cheers

_____________
"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
Revenir en haut Aller en bas
https://promenadesculturelles2.wordpress.com
zazy
Randonneur chevronné
Randonneur chevronné
avatar

Féminin Verseau
Messages : 230
Date de naissance : 27/01/1949
Âge : 68
Emploi : Retraitée à plein temps
Date d'inscription : 22/08/2015
Humeur : Attention avant le p'tit-déj. sinon, ça va, je ne mords pas

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mer 17 Fév 2016, 18:41


Au bon roman
ISBN : 978-2-07-012326-1
Résumé du livre
Un fou de Stendhal et franc misanthrope, reclus dans un hameau de Savoie, est abandonné en forêt par des individus qui l'y ont amené de force en pleine nuit. Une très jolie blonde rodée à la conduite automobile quitte brusquement une route qu'elle connaît comme sa poche. Un Breton sans histoire, habitué à faire chaque matin la même promenade au bord d'une falaise, trouve sur son chemin deux inconnus qui ont tout l'air de l'y attendre. Mais le lecteur comprend bientôt qu'on n'est pas dans un roman policier classique. Les agresseurs ne sont ni des agents secrets ni des trafiquants. Ils ne s'attaquent pas à des durs mais à des tendres : un ancien routard devenu libraire, une mécène mélancolique, et à une entreprise dont aucun des deux n'avait imaginé qu'elle pourrait fâcher. Qui, parmi les passionnés de roman, n'a rêvé un jour que s'ouvre la librairie idéale ? Non pas ce qu'on appelle une bonne librairie, où l'on trouve de bons romans, mais une librairie vouée au roman où ne sont proposés que des chefs-d’œuvre ? En se lançant dans l'aventure, Ivan et Francesca se doutaient bien que l'affaire ne serait pas simple. Comment, sur quels critères, allaient-ils faire le choix des livres retenus ? Parviendraient-ils un jour à l'équilibre financier ?
Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était le succès.
Mon avis
Le livre s’ouvre sur une série de 3 accidents, qui auraient pu être fatals, censés n’avoir aucun lien entre eux.
Puis, à partir du second chapitre, nous assistons à la naissance, la vie et la mort d’une librairie appelée « Au bon roman ». Ivan, le libraire et Francesca, la mécène, s’associent pour créer LA librairie idéale. Ils passent plusieurs merveilleuses journées et soirées à établir le plan directeur de ce projet. Pour la sélection des romans, ils vont créer un comité de 8 membres, auteurs actuels qui  ne se connaissent pas, doivent rester dans l’anonymat le plus total. Mais, est-ce une utopie que de vouloir réunir ces livres jugés indispensables ? de vouloir les faire ressortir des cartons, de ne pas vouloir vendre des best-sellers creux???? A en juger par le succès immédiat de leur échoppe, l’on peut penser que non. D’autres ne sont pas d’accord et se lancent dans une vindicte tapageuse qui agressera Ivan et Francesca et seront à la base des 3 incidents du premier chapitre

Ce roman est très dense. Plusieurs histoires s’entremêlent :
L’amour : une histoire d’amour entre Ivan et Anis, l’amour à sens unique de Francesca pour Ivan et, surtout, l’amour de la littérature
L’enquête policière suite aux agressions dont furent victimes plusieurs membres du comité, mais qui, pour moi, sert de prétexte à nous raconter la genèse de la librairie
J’ai trouvé là, également, une diatribe contre la marchandisation à marche forcée des livres avec l’abonnement quasi obligatoire à « l’Office ». Les nouveautés  incontournables de plus en plus nombreuses et cette forêt qui cache 1 ou 2 chefs d’œuvres.
Le personnage essentiel de ce livre est la littérature. Elitiste pour les 2 protagonistes, totalitaire pour les autres. Ce choix se défend mais…. Chacun a sa bibliothèque idéale et, l’important n’est-il pas de commencer de lire et d’évoluer ensuite ???? L’on ne peut que regretter de trouver dans les librairies certains bouquins, certaines « biographies ». Peut-être qu’un jour, les libraires, eux-mêmes, se révolteront contre cet « Office »
C’est un très bon bouquin qui ne se laisse pas oublier. J’ai apprécié de trouver dans leur liste Jean Echenoz que j’apprécie énormément. Je pense que certains des auteurs cités atterriront dans ma LAL.
Revenir en haut Aller en bas
http://zazymut.over-blog.com/
Lydia
Administratrice
Administratrice
avatar

Féminin Messages : 4276
Localisation : Dans les manuscrits
Emploi : Intéressant et prenant
Date d'inscription : 23/07/2015

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mer 17 Fév 2016, 18:43


_____________
"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
Revenir en haut Aller en bas
https://promenadesculturelles2.wordpress.com
zazy
Randonneur chevronné
Randonneur chevronné
avatar

Féminin Verseau
Messages : 230
Date de naissance : 27/01/1949
Âge : 68
Emploi : Retraitée à plein temps
Date d'inscription : 22/08/2015
Humeur : Attention avant le p'tit-déj. sinon, ça va, je ne mords pas

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mer 17 Fév 2016, 18:44


Les amandes amères
Laurence Cossé
Editions Gallimard
219 pages

4ème de couverture :

Découvrant que Fadila ne sait li lire ni écrire, Édith entrevoit à quel point la vie est compliquée pour un analphabète et combien c'est humiliant. Elle lui propose de lui apprendre à lire le français. Fadila n'est pas jeune. Édith n'est pas entraînée. L'apprentissage s'avère difficile. Ce qui semblait acquis un jour est oublié la semaine suivante.
Si Fadila a tant de mal à progresser, c'est que sa vie entière est difficile. Ce n'est pas une marginale. Elle a une famille, un toit, du travail. Mais la violence a marqué son rapport aux autres, depuis l'adolescence. Elle a de la rancœur contre son Maroc natal et, en France, elle ne se fait pas à la solitude. Elle vit dans une perpétuelle inquiétude.
Édith, de son côté, se sent de plus en plus démunie dans cette aventure dont elle a pris la responsabilité et qui va l'entraîner beaucoup plus loin qu'elle n'aurait cru.
Une amitié singulière, rugueuse et douce, amère, cocasse.

Biographie de Laurence Cossé
Romancière et nouvelliste, Laurence Cossé a récemment publié aux Éditions Gallimard La Femme du Premier ministre (1998), Le Mobilier national (2001), Le 31 du mois d'août (2003), Vous n'écrivez plus ? (2006), Au bon roman (2009).

--------------

Edith, interprète et son mari, vivant dans un appartement bourgeois du 15ème arrondissement prennent Fadila comme femme de ménage marocaine à leur service quelques heures par semaine.

Fadila, la soixantaine bien sonnée, marocaine est analphabète et ne se dirige que très difficilement dans ce Paris qu’elle ne connait pas très bien.

N’écoutant que son bon cœur, Edith se propose de lui apprendre le français, mais elle sait que ce sera difficile. A la recherche de manuels pour l’aider dans son œuvre, elle parcourt les librairies et, demandant la définition exacte de l’illettrisme, elle obtient deux réponses :
« Edith apprend la différence entre illettré et analphabète d’un vendeur aux allures de médecin pontifiant qui la reprend : "Quelqu'un qui n'a jamais appris ni à lire ni à écrire est analphabète. Un illettré a appris puis oublié ».
Et, plus direct par une jeune vendeuse : « La vendeuse, elle aussi très sûre d’elle, et noire, rigole : « En effet. L'illettré est français de souche et l'analphabète immigré ».

Donc merci Madame, Monsieur ; Fadila est analphabète

Ce sont tous ces instants que Laurence Cossé nous décrit. Edith utilisera la méthode globale, la méthode syllabique, prendra pour base les nom et prénom de Fadila, celui de ses enfants, son adresse…. Elle connaîtra un petit succès avec les chiffres, mais la tâche s’avère trop rude. 10 jours d’arrêt et il faut tout recommencer à zéro ou presque. Elles ont essayé d’aller à des cours d’alphabétisation, mais Fadila est refusée, trop vieille, Tentatives vouées à l’échec.

Pourtant Fadila est partante, enfin, pas toujours : « Elle ne semble par souffrir de la difficulté de l’apprentissage, c’est peu dire. Quand elle vient s’asseoir à côté d’Edith pour lui faire savoir qu’elle est prête à travailler avec elle, ce qui ne se produit pas chaque fois, loin s’en faut, elle est détendue. Tout son être l’est. Cette équipée lui plaît. ».
« Fadila manifeste une joie profonde à l’idée d’entrer dans le monde de l’écrit (de l’instruction de la culture, de la modernité, des pays avancés). Par différence sa honte est perceptible d’avoir été, d’être exclue de cet univers des lettres, comme si elle n’en était pas digne (« moi j’bête ») ».

Fadila peut s’exprimer en trois langues : l’arabe, le berbère et le français. De tradition orale, elle s’exprime avec beaucoup de bon sens et une intelligence certaine.
« Les gens ils disent c’ la pauvreté, mais c’pas la pauvreté. Au village, y a l’pain. Çui-là est noyé, il aurait mieux fait d’rester l’village. Mais les gens ils veulent plus avoir rien qu’à manger, ils veulent la grosse voiture, la grande maison, tout ça ».

Au fil du livre et de l’apprentissage, nous découvrons la vie de Fadila : mariée de force très jeune, elle s’enfuit de chez son mari. Vendue par son père à un vieux marocain, elle est sauvée in extremis d’un empoisonnement, se remarie une autre fois …. Elle n’a connu que le travail et le rapport de force mais ne se plaint jamais de cela. Par contre, elle est en guerre avec ses filles qui ne s’occupent pas assez d’elle et de son fils qui la néglige et n’en veut qu’à son argent.

Edith échouera dans sa tentative d’alphabétisation, Fadila n’intègrera jamais la notion de mot, ne saura jamais écrire correctement son nom.

Cette joute entre les deux femmes que tout oppose ira de l’esquive au pas de deux en passant par l’affrontement pour aller jusqu’à l’amitié et l’estime, chacune a sorti le meilleur de l’autre.
En ne modifiant pas le vocable de Fadila, Laurence Cossé ne l’enfonce pas, au contraire elle lui donne de l’oralité et de l’épaisseur. Dans un style sobre, sans fioriture, Laurence cossé nous narre une histoire pleine d’humanité mais avec un petit goût d’amande amère.
Revenir en haut Aller en bas
http://zazymut.over-blog.com/
zazy
Randonneur chevronné
Randonneur chevronné
avatar

Féminin Verseau
Messages : 230
Date de naissance : 27/01/1949
Âge : 68
Emploi : Retraitée à plein temps
Date d'inscription : 22/08/2015
Humeur : Attention avant le p'tit-déj. sinon, ça va, je ne mords pas

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mer 17 Fév 2016, 18:45


Vous n’écrivez plus ?
Laurence COSSE
Editions Gallimard
200 pages
Septembre 2006
ISBN : 9782070779734


4ème de couverture :
Quand on feuillette les catalogues des grandes maisons d'édition, où figurent les noms de tous les auteurs qu'elles ont publiés, on a un peu froid dans le dos. Quatre-vingt-quinze pour cent de ces noms sont oubliés. Une autre chose est frappante. Beaucoup de ces auteurs ont disparu après avoir publié un livre ou deux, pas plus. Comment ont-ils vécu ensuite ? Qu'ont-ils fait, que sont-ils devenus alors que plus personne ne se souvenait qu'ils avaient écrit ? Écrire n'a jamais transformé la vie, ni arraché qui que ce soit à l'humaine et infirme condition. Le constat serait amer s'il n'y avait l'humour de Laurence Cossé et son attrait pour la face cachée des êtres et des destins, si touchante, souvent, si incongrue qu'on se dit : cela ne s'invente pas.


=====


Janvier 2013 ; 314 livres sont sortis (source book.node). combien iront au pilon ? Combien d’auteurs ne seront pas ou peu lus ? Combien d’auteurs ne publieront pas d’autres livres ?
Combien de premiers livres surprises ?

Laurence Cossé nous raconte la vie de plusieurs de ces auteurs.

Ainsi, cette jeune auteure ; son premier roman est couronné par un grand prix prestigieux ! La voici devant le micro pour remercier et là…… elle nous donne à voir l’envers du décor, les petites employées invisibles….. Quelle revanche oui, mais quelles humiliations, faire partie du décor ni plus ni moins que les plantes vertes décorant le hall d’entrée. Cette nouvelle acerbe donne à penser sur la vanité des « élus », de la cruauté du monde de l’édition, tous ces écrivains, ces éditeurs, ces journalistes, ces …. « La standardiste » une nouvelle cynique… mais jouissive.

« Le coup du lapin » : Non il ne s’agit pas des suites d’un accident de voiture, mais un accident maternel. Une mère auteure, l’inspiration l’a fui depuis longtemps. « Heureusement » son fils, par une de ses maladresse coutumière lui donne l’Inspiration « Quel sujet, répéta-t-elle. Voilà ce que j’attendais depuis des mois : qu’on m’apporte un vrai grand sujet sur un plateau ! ». Les dommages collatéraux, comme les fous de guerre, elle ne s’en occupe pas du tout.

« Les carnassiers » tout aussi dur et cruel. « Le nœud de l’histoire » comme un nœud gordien qu’Eric ne saura trancher. « Eric le comprenait soudain, il n’avait jamais écrit qu’à son père, et dans un but unique : essayer de lui plaire ». et quelle chute !
« Un pull bleu très doux » ou les bévues d’une journaliste télé avec un auteur enfermé dans son monde. Reportage scénarisé que l’auteur vit très mal. « Te frappe pas, j’ai vu ça dix fois. Ce mec est comme les autres. Tous les gens qui écrivent sont cinglés. Plus u moins cinglés, mais cinglés. C’est pour ça qu’ils écrivent du reste. »
Laurence Cossé dépeint le quotidien de ces écrivains en panne d’inspiration, en panne de vie, des auteurs perdus dans leur quotidien « Quand on lui demandait « Ah, c’est vous qui écrivez ? » (aux réunions de parents, au retour de sorties de classe, parfois à un dîner exceptionnellement dans l’autobus), elle disait « Oui, de temps en temps ». Des années durant elle avait répondu « Oui, à mes moments perdus », mais un jour elle avait pris conscience que les moments perdus étaient une chose qu’elle et son existence ignoraient complètement, et elle avait changé de formule. Elle écrivait l’après-midi, entre deux et cinq, tous els jours sauf les jours où c’était impossible ».
En lisant ces nouvelles, je me suis demandée pourquoi l’écriture est-elle si aléatoire qu’est-ce qui fait qu’un écrivain renommé tombe d’un seul coup dans l’oubli, pourquoi un auteur arrête soudainement d’écrire, pourquoi certains n’osent braver l’interdit et publier leur manuscrit « la dame lui a rendu son manuscrit quelques jours plus tard, en lui disant – ma mère l’a noté scrupuleusement : « c’est une histoire de vie très touchante, je dois dire qu’on est ému. Mais je ne vois pas pourquoi je vous tairais la vérité, je vous parle comme je parlerais à un auteur : ce texte n’a pas d’intérêt littéraire. » » Or ce livre vient de recevoir un prix prestigieux !!!

Quelle chirurgie, quelle vivisection du monde littéraire. Laurence Cossé tranche dans le vif ! Elle manie, à la fois, la cruauté, l’humour, l’ironie, la légèreté voire une certaine tendresse envers ces écrivains sans livres, sans gloire ou à la gloire passée, ces exclus des gondoles, mais qui, vaille que vaille, rament, continuent. Les chutes sont aux petits oignons.

Je suis de parti pris car Laurence Cossé est un écrivain que j’aime beaucoup. Lisez-le, c’est un très bon bouquin. Des nouvelles à lire et à relire.
Revenir en haut Aller en bas
http://zazymut.over-blog.com/
Lydia
Administratrice
Administratrice
avatar

Féminin Messages : 4276
Localisation : Dans les manuscrits
Emploi : Intéressant et prenant
Date d'inscription : 23/07/2015

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mer 17 Fév 2016, 18:48

 Un grand merci Zazy ! Tu m'aides ainsi à remplir le forum avec nos fiches de lecture.

_____________
"Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !" (inspiré Des Diaboliques).
Revenir en haut Aller en bas
https://promenadesculturelles2.wordpress.com
zazy
Randonneur chevronné
Randonneur chevronné
avatar

Féminin Verseau
Messages : 230
Date de naissance : 27/01/1949
Âge : 68
Emploi : Retraitée à plein temps
Date d'inscription : 22/08/2015
Humeur : Attention avant le p'tit-déj. sinon, ça va, je ne mords pas

MessageSujet: Re: Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]   Mer 17 Fév 2016, 20:28

De rien !
Revenir en haut Aller en bas
http://zazymut.over-blog.com/
 
Laurence Cossé [XX - XXIème siècle]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Promenades Culturelles :: PROMENADES LITTERAIRES :: Romans Français ou Francophones-
Sauter vers: