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 Xavier de Maistre [XVIIIe s]

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Lydia
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MessageSujet: Xavier de Maistre [XVIIIe s]   Jeu 25 Fév 2016, 18:16





Ce très court roman (88 pages) date du XVIIIe siècle, de 1794 pour être plus précise. C'est en lisant Le Voyage à mon bureau, aller et retour de Joseph Poisle-Desgranges que j'ai découvert celui-ci.

A travers 42 chapitres, représentant le même nombre de jours de détention du jeune officier qui nous narre l'histoire, Xavier de Maistre détourne - non sans humour - le récit de voyage. A la manière d'un Montaigne, le narrateur prend à parti le lecteur, lui parle, lui propose d'entrée de jeu de l'amener dans son "aventure". Il fallait quand même avoir une sacrée imagination pour avoir l'idée de ce livre et surtout pour le mener à terme. C'est drôle, c'est ironique, c'est parodique même. Lorsque l'on nous parle d'une latitude pour situer la chambre ou d'une direction pour indiquer le lit, on ne peut que sourire. Imaginez-vous prendre une boussole pour marcher entre votre armoire et votre couche...

Il s'agit ici d'un voyage physique, certes, mais également d'un voyage intérieur où l'âme entre en parallèle avec le corps. En même temps, ce dernier se trouvant vite entre quatre murs, quoi de mieux dès lors que de laisser vagabonder son imagination ?

Encore une fois, je découvre un texte au style résolument moderne, pas ennuyeux pour deux sous et qui laisse derrière lui un large sourire. Quel dommage que cet auteur soit laissé à l'abandon !






Extrait : (chap. 4)


Ma chambre est située sous le quarante-cinquième degré de latitude, selon les mesures du père Beccaria1 : sa direction est du levant au couchant ; elle forme un carré long qui a trente-six pas de tour, en rasant la muraille de bien près. Mon voyage en contiendra cependant davantage ; car je traverserai souvent en long et en large, ou bien diagonalement, sans suivre de règle ni de méthode. — Je ferai même des zigzags, et je parcourrai toutes les lignes possibles en géométrie, si le besoin l’exige. Je n’aime pas les gens qui sont si fort les maîtres de leurs pas et de leurs idées, qui disent : « Aujourd’hui je ferai trois visites, j’écrirai quatre lettres, je finirai cet ouvrage que j’ai commencé ».
Mon âme est tellement ouverte à toutes sortes d’idées, de goûts et de sentiments ; elle reçoit si avidement tout ce qui se présente !… — Et pourquoi refuserait-elle les jouissances qui sont éparses sur le chemin si difficile de la vie ? Elles sont si rares, si clairsemées, qu’il faudrait être fou pour ne pas s’arrêter, se détourner même de son chemin pour cueillir toutes celles qui sont à notre portée. Il n’en est pas de plus attrayante, selon moi, que de suivre ses idées à la piste, comme le chasseur poursuit le gibier, sans affecter de tenir aucune route. Aussi, lorsque je voyage dans ma chambre, je parcours rarement une ligne droite : je vais de ma table vers un tableau qui est placé dans un coin ; de là je pars obliquement pour aller à la porte ; mais, quoique en partant mon intention soit bien de m’y rendre, si je rencontre mon fauteuil en chemin, je ne fais pas de façons, et je m’y arrange tout de suite. — C’est un excellent meuble qu’un fauteuil ; il est surtout de la dernière utilité pour tout homme méditatif. Dans les longues soirées d’hiver, il est quelquefois doux et toujours prudent de s’y étendre mollement, loin du fracas des assemblées nombreuses. — Un bon feu, des livres, des plumes, que de ressources contre l’ennui ! Et quel plaisir encore d’oublier ses livres et ses plumes pour tisonner son feu, en se livrant à quelque douce méditation, ou en arrangeant quelques rimes pour égayer ses amis ! Les heures glissent alors sur vous, et tombent en silence dans l’éternité, sans vous faire sentir leur triste passage.


1. Le P. Beccaria (mort en 1781), qu’il ne faut pas confondre avec le célèbre économiste du même nom, son contemporain, professa la physique à l’université de Turin. Il fut chargé par le roi de relever la mesure d’un degré du méridien en Piémont.

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Xavier de Maistre [XVIIIe s]
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